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    Avignon: Maëlle Poésy met l’identité en mouvement «Sous d’autres cieux»

    media Maëlle Poésy, metteuse en scène du spectacle «Sous d’autres cieux» au Festival d’Avignon. Siegfried Forster / RFI

    C’est un coup de cœur au Festival d’Avignon. Un spectacle à la fois évident et percutant, avec la puissance du récit L'Énéide de Virgile et la poésie d’aujourd’hui. Sur le plateau du cloître des Carmes, Maëlle Poésy, 34 ans, renouvelle avec Sous d’autres cieux le langage théâtral d’aujourd’hui. Avec intelligence et sensibilité, cette « Virgile du XXIe siècle » renoue avec la force performative originale inhérente à ce poème écrit entre 29 et 19 av. J.C. d’après L’Odyssée d’Homère. Entretien.

    RFI : Vous ne commencez pas votre spectacle avec une phrase, mais avec un mouvement chorégraphié. Une danse intense et puissante : répétitive, rythmée, lancinante, avec des pulsions, des moments saccadés. Pour vous, le corps et le mouvement sont-ils aussi voire plus importants que le mot ?

    Maëlle Poésy : Ce n’est pas plus important, mais c’est aussi important. J’avais très envie que le récit de ce voyage se passe par le corps, et non pas uniquement par la narration, le poème. Je voulais utiliser la métaphore possible de la danse pour ça. C’était un travail de longue haleine, avec les acteurs, avec les danseurs, pour trouver des mouvements qui puissent parler comme ça de cette détermination, de cette survie dans le voyage. Que la multitude des arrivées, des départs, l’épuisement, puissent se traduire par le corps des interprètes.

    C’est la première fois que je vois un spectacle sur une épopée grecque, - même si c’est écrit en latin par un poète romain, Virgile - et que je comprends tout. Pourtant, le spectacle n’est ni didactique ni pédagogique. L’ambition d’être compris par tous, est-ce une priorité dans votre travail théâtral ?

    En tous cas, je souhaite faire un théâtre qui soit un théâtre de la sensation, de l’émotion et qui soit accessible. Je ne veux pas que ce soit un théâtre donneur de leçons ou un théâtre théorique. En plus, quand on se plonge dans des poèmes anciens, dans des poèmes épiques, je pense qu’il y a une dimension de violence, même physique, et une dimension de la rythmique de la langue. C’est extrêmement important pour que l’essence même du poème puisse être comprise, de façon intellectuelle, mais aussi physique.

    Pourquoi avez-vous choisi Énée pour montrer le destin d’un exilé ?

    Il porte en lui quelque chose que je trouve magnifique. Après s’est battu pour la sauvegarde de sa cité, qu’il voit se faire détruire sous ses yeux, il part avec un petit groupe. Dans l’histoire de l’Énée, il y a vraiment cette idée d’être en quête d’une terre hospitalière. D’être face à une épreuve du destin considérable, de devoir changer quasiment l’identité, le pays et la terre. C’est une identité en mouvement, en perpétuel « perte et recommencement ». Ce récit de « fondation » est aussi un récit de métissage.

    Vous racontez sur scène la mythologie grecque, la naissance de l’Empire romain, et finalement aussi en filigrane la création de notre Europe actuelle avec ses disputes inhérentes. Quel était votre point de départ dans votre réflexion politique de la pièce ?

    Là où Énée questionne quelque chose de vraiment fort d’aujourd’hui, c’est que ce n’est pas un récit de l’identité unique. Ce n’est pas un récit de l’origine. Il y a des récits et des origines. Il n’y a pas un récit et une origine. C’est cette question du métissage qui m’a d’abord intéressée. Cette identité en mouvement. De parler des origines qui soient plurielles et qu’on arrête avec cette histoire d’identité nationale.

    « Sous d’autres cieux », de Maële Poésy. © Christophe Raynaud De Lage / Festival d'Avignon

    La deuxième chose, dans les interviews que j’ai pu avoir avec des médecins et des réfugiés au centre Primo Levi [centre spécialisé sur la question de la mémoire traumatique des réfugiés et des victimes de tortures, ndlr], j’ai découvert cette question incroyable : être à la frontière entre deux mondes. Il y a un rapport à l’espace et au temps qui est extrêmement sensible dans l’exil. On est à la fois dans un espace de présent total, et en même temps son passé et l’âme sont là-bas, la vie est là-bas. Ils se télescopent en permanence. La réminiscence du pays d’où l’on vient et le pays dans lequel on est. Cela crée un trouble qui est pour moi extrêmement fort et assez poétique à porter au plateau. Ce mélange de temporalités et d’espaces.

    On dit souvent « traduction = trahison ». Vous mettez en scène le texte de Virgile avec des brouillards, des projections de flammes, des surtitres, du tango, du rap… En même temps, vous affirmez que Virgile lui-même a fait un remake, une sorte de bric-à-brac à partir de L’Odyssée d’Homère. Est-ce que vous êtes en quelque sorte le « Virgile du XXIe siècle » ?

    Peut-être (sourire). Virgile a cette chose très drôle : il reprend Homère et s’amuse des codes. On traverse quasiment le même voyage qu’Ulysse, mais avec un autre point de vue, complètement différent [celui des vaincus au lieu des vainqueurs, ndlr]. Et puis, c’est un récit fragmentaire, ce n’est pas du tout linéaire. Il n’y a aucune linéarité dans le spectacle. Ce sont comme des bribes de souvenirs décousues qui reconstruisent finalement la narration globale du spectacle. Surtout, c’était un poème qui n’était pas fait pour être lu, mais pour être « performé », en mouvement, en mime, avec des musiciens, avec du chant. Il y avait une force performative dans le poème. Pour nous, c’était aussi important d’être dans cette ligne-là pour essayer de le transcrire de nos jours.

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