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    France

    Les «ados-combattants» de la Grande Guerre, sous le regard de Manon Pignot

    media Couverture (détail) de « L’Appel de la guerre », de Manon Pignot. © Anamosa

    Une histoire délicate ? Telle est la première question que pose l’historienne Manon Pignot pour aborder un phénomène difficilement quantifiable : celui des adolescents de moins de 17 ans qui ont cherché et sont parfois parvenus à rejoindre le front comme soldats des différentes armées de la Grande Guerre. Si des récurrences se dessinent, entre autres le désir de servir son pays alors que la propagande patriotique est omniprésente, cette spécialiste de l’enfance en guerre nous montre aussi la diversité des parcours et de la nécessité de ne pas réduire les « ados-combattants » à l’image contemporaine de « l’enfant-soldat ».

    Le centenaire de la Grande Guerre a été l’occasion d’un véritable renouvellement de l’historiographie d’un conflit aujourd’hui considéré comme la tragique ouverture du XXe siècle. À cette occasion, des études fouillées ont abordé des questions pratiquement inédites, levant les tabous encore nombreux autour d’un conflit qui fit près de 20 millions de morts, civils et militaires.

    Le centenaire de la Grande Guerre : une historiographie renouvelée

    On se souvient par exemple de l’étude de Julien Bogousslavsky et Laurent Tatu sur les blessés psychiques de guerre, dont les souffrances ont été niées ou perçues comme une forme de désertion, ou des ouvrages de Jean-Claude Delhez et de Jean-Michel Stegsur le 22 août 1914, le jour le plus meurtrier de l’Histoire de France, où plusieurs armées françaises et allemandes s’affrontèrent simultanément sur un front de plusieurs centaines de kilomètres sans qu’aucune des batailles du jour ne rentre dans l’Histoire.

    Dès 2013, la copieuse synthèse de Christopher Clark, Les Somnambules, avait donné le ton, présentant une vision équilibrée et kaléidoscopique d’une problématique encore sensible et propice aux lectures partisanes : les causes et donc les responsabilités d’un conflit sans précédent dans l’Histoire.

    À l’issue de cette saison florissante, on pouvait donc raisonnablement penser que cette période allait pour un temps du moins susciter moins de découvertes historiographiques et de ferveur éditoriale. Paru chez Anamosa, L’Appel de la guerre de Manon Pignot nous montre qu’il n’en est rien.

    Manon Pignot, historienne de l’enfance en guerre

    Maîtresse de conférence à l’Université de Picardie, membre de la Mission du Centenaire, Manon Pignot s’est spécialisée dans l’enfance en guerre, s’efforçant de retrouver et d’exploiter les écrits et les dessins des plus jeunes témoins du conflit, complétant ces sources par des témoignages oraux de celles et ceux qui ont grandi dans les années 1910, et qu’elle nomme la « génération Grande Guerre ».

    Pour mieux comprendre les spécificités de sa période de référence, elle a dirigé pour les éditions Armand Colin un ouvrage collectif remarqué sur L’enfant-soldat, dont les études portent aussi bien sur les « fils de la guerre » du Rio de la Plata au début du XIXe siècle que sur les tragédies récentes du Népal, du Nicaragua et de la guerre Irak-Iran. Elle y parle déjà des « ados-combattants » de la Grande Guerre, des volontaires pour le front de 13 à 17 ans, qui parviennent parfois à y rester en mentant sur leur âge.

    ► À lire aussi : «La guerre des enfants», l’épicentre d’un séisme national

    C’est à elles et à eux que se consacre son dernier livre, qui couvre cette fois quelques-uns des principaux acteurs du conflit, de la France à la Russie et l’Allemagne, en passant par les États-Unis, le Royaume-Uni et ses dominions. L’ouvrage, riche en photographies émouvantes de silhouettes frêles perdues dans des uniformes et sous des casques démesurés, témoigne de l’intérêt constant de l’historienne pour les sources iconographiques. Chez le même éditeur, en 2017, elle avait notamment apporté sa contribution d’historienne au catalogue de l’exposition Déflagrations, Dessins d’enfant - Guerre d’adultes, sous la direction de Zérane S. Girardeau.

    Loin de la figure contemporaine de « l’enfant-soldat »

    « Il n’y pas de figure universelle de l’enfant-soldat », peut ainsi affirmer Manon Pignot, qui s’applique au contraire à montrer la spécificité générationnelle de ces adolescents que le désir d’aventure ou de vengeance, l’endoctrinement patriotique, l’errance ou le besoin de rupture familiale conduisent à « tenter leur chance » auprès des armées. « En 1914, dans des sociétés encore très proches du XIXe siècle, la présence de très jeunes gens au front est partout condamnée, car elle traduit un trouble à l’ordre social et militaire, mais elle ne constitue pas (encore) un scandale moral et politique » ajoute-t-elle, montrant combien la vigilance des recruteurs, au fond rarement prise en défaut, ne doit pas être forcément lue à l’aune de notre société soucieuse de protéger ses enfants.

    À défaut de statistiques globales, mais aussi par nécessité de comprendre les mécanismes psychologiques et sociaux qui poussent ces adolescent.es vers les armes, l’étude offre une large place aux trajectoires d’individus, dont certains ont défié la chronique. C’est le cas par exemple de Christian Sarton du Jonchay, longuement présenté au début du livre, héros juvénile de la Grande Guerre sous un nom d’emprunt, puis vichyssois dès 1940, condamné à mort par contumace à la Libération.

    Le « Bara de la Grande Guerre »

    Par-delà les histoires connues, comme celle de Corentin Jean Carré, « le petit Poilu de Faouët » aussi surnommé le « Bara de la Grande Guerre » par similitude avec le destin d’un adolescent martyr des guerres de Vendée, Manon Pignot exhume nombre de cas saisissants, étudiant les motivations comme la résilience au sortir du conflit. Elle s’attarde en particulier sur la trajectoire de trois adolescentes russes dont l’engagement témoigne d’une « transgression redoublée (…) parce que filles et parce que mineures ».

    Sa conclusion, inattendue, nous invite à repenser un phénomène très minoritaire, sinon marginal, à l’aune d’une adolescence qui, dès cette époque, ne se voit plus sollicitée comme actrice du monde dans lequel elle grandit. « Contrairement à la jeunesse des sociétés traditionnelles, qui se voit toujours donner l’occasion de prendre sa part, écrit-elle, celle de la Grande Guerre, une partie d’elle du moins, a réclamé son dû. »

    Manon Pignot,
    L’Appel de la guerre 
    Paris 
    Anamosa
    avril 2019

    23 euros.

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