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    Asie-Pacifique

    «Halte», du Philippin Lav Diaz: «le cinéma ne peut jamais atteindre la réalité»

    media Le cinéaste Philippin Lav Diaz, réalisateur de « Halte ». © Siegfried Forster / RFI

    Il a remporté l’or dans des festivals de Locarno et Venise et continue à fabriquer de très longs métrages hors pair, conçus « comme un roman, une chanson, un poème ». Le nouveau film de Lav Diaz, « Halte », se déroule en 2034, aux Philippines, et sort en salle en France. Entretien.

    C’est un film d’anticipation où le soleil ne se lève plus. Où toute l’Asie du Sud-Est est plongée dans le noir, avec des millions de morts. Où des fous dirigent les pays. Un état de lieux du désespoir de notre monde actuel et des possibles espoirs à naître, filmé par le cinéaste philippin Lav Diaz avec des plans-séquences hors normes pour s’approcher à pas de loup de la réalité.

    RFI : L’histoire de Halte se déroule en 2034. Que signifie « futur » pour vous ?

    Lav Diaz : Cela signifie beaucoup pour moi. On ne connait pas le futur. On a beaucoup de doutes et de peurs, à cause de ce qui se passe aujourd’hui et ce qui se passait avant. En même temps, l’humanité est toujours capable de résilience. On peut et on doit dépasser cette situation. Donc, le futur est une situation complexe et il n’y a pas de certitudes.

    Votre film est truffé de situations apocalyptiques, de problèmes tragiques, de pensées malsaines… Est-ce une sorte d’Apocalypse Now de Lav Diaz ?

    D’une certaine manière [rires]… Le film est très apocalyptique, mais, en même temps, il y a aussi un discours d’émancipation. Il y reste de l’espoir et de l’optimisme, malgré la noirceur et le monstre.

    C’est un film noir et blanc, exclusivement tourné pendant la nuit. Pourquoi avez-vous privilégié le noir par rapport au blanc ?

    À cause de la perspective du film. Tout est sur l’obscurité et ses métaphores, la noirceur et les maladies qui entourent l’humanité, le cercle vicieux avec le dictateur fou contrôlant son peuple. Le film est plus noir que blanc, parce qu’il y a beaucoup d’obscurité, littéralement et d’un point de vue métaphorique. On traverse un précipice et si l’on ne prend pas conscience de ce qui se passe, on continuera à plonger dans l’abysse.

    Mais, une phrase donne de l’espoir : « Save Our children ».

    Notre avenir, c’est toujours les enfants, la nouvelle génération. Ce sont eux qui vont hériter du monde. Quel monde leur laissera-t-on ? Ce sont eux qui vont affronter l’avenir. Donc, le futur, c’est eux. On doit prendre soin d’eux. C’est une réalité très simple.

    Il s’agit d’un film-fleuve de quatre heures et demie mélangeant les formes artistiques : la forte présence de dialogues renvoie au théâtre ; l’histoire apparaît très romanesque ; le graphisme noir et blanc rappelle des gravures ; d’autres parties font penser aux dessins animés. Il y a aussi des morceaux de musique qui surgissent. Quel est le rôle des autres arts dans votre cinéma ?

    Je conçois mon cinéma comme un roman. C'est pour cela que le film est si long. Il est écrit comme un roman, avec de vrais caractères et de vraies narrations. Il y a beaucoup d’espaces différents en même temps. Certaines choses, on ne les voit pas, mais on peut les sentir. Il y a beaucoup de similitudes. Par exemple, le fait que les détails sont importants. Dans mon travail, je ne réfléchis pas aux grandes choses, mais surtout aux petites choses et aux détails qui vont créer la vérité de toute l’histoire. C’est écrit comme un roman, comme une chanson, comme un poème. Mes films sont comme ça.

    « Halte » du réalisateur philippin Lav Diaz. © Lav Diaz

    Vous cherchez plutôt à ralentir le cours des actions. Quelle est votre relation avec le temps ?

    Je fais toujours de longs plans pour que le temps et l’espace soient unifiés. C’est approprié pour le temps historique, politique, culturel. Pour moi, cette sorte de combat est plus proche de la vérité et de la réalité, même si l’on ne peut jamais atteindre la réalité dans le cinéma, parce que c’est de la fiction, créée par quelqu’un. Cela reste toujours quelque chose qui ressemble seulement à la réalité et au temps illimité de notre univers. J’essaie d’atteindre cela dans le cinéma : une vision unifiée du temps et de l’espace. Pour cela je ne souhaite pas couper des scènes mais manipuler le temps et l’espace dans mes plans.

    Vos films durent parfois 4, 5, 8, 9, 11 heures, parfois seulement 1 ou 30 minute(s). Et personne ne peut dire comment il faut regarder un film de Lav Diaz. Pourquoi ?

    Le cinéma parle de nous. De la manière comment nous vivons dans cette « réalité » ou « non-réalité ». La question de l’espace et du temps est toujours une très grande question. L’espace et le temps sont illimités. La seule chose certaine est notre mortalité. Nous mourons. Donc, le temps est toujours un défi pour nous. La seule chose qui met au défi le temps, c’est l’image, le cinéma. Parce que, une fois vous avez créé le cinéma, le temps et l’espace deviennent immortels. Vous ne pouvez plus les changer, sauf si vous détruisez le film. Dans le cinéma, vous immortalisez l’image, le temps, l’espace. Dans le cinéma, le passé et le futur deviennent le présent. Pour cela, le cinéma est puissant, car le cinéma met au défi le temps.

    Malgré l’omniprésence de la tragédie, votre film est truffé d’humour. Pour le caractère de votre dictateur fou qui envisage d’exterminer son propre peuple et qui jette ses opposants dans un bassin aux crocodiles, est-ce que Le dictateur de Charlie Chaplin était un modèle pour vous ?

    Oui, il a eu une grande influence. J’ai vu beaucoup de films de Charlie Chaplin. Le personnage du dictateur Hynkel est tellement génial. La manière comment il a caricaturé Hitler est fantastique. En même temps, c’est aussi flippant. Comment ces hommes fous peuvent-ils devenir des leaders ? Comment s’en débarrasser de tous ces régimes autoritaires ?

    Votre film porte sur un dictateur, mais surtout sur le peuple, la psychologie des masses qui rend possible un tel régime.

    Le sujet est l’ignorance. Pourquoi l’ignorance gagne toujours ? On manque d’engagement… toutes ces choses qui devraient être faites, on ne les fait pas. On a toutes sortes d’excuses de ne pas faire ce qu’on devrait faire. On ne satisfait pas les vrais besoins de l’humanité. Le problème est psychologique. On sait, mais on ne le fait pas. On sait, mais on le tolère. On voit, mais on préfère de détourner le regard. On connait les solutions, mais on ne les applique pas…

    « Halte » du réalisateur philippin Lav Diaz. © Lav Diaz

    ► À lire aussi: Philippines: début du procès de Maria Ressa, journaliste critique envers Duterte, rfi, 23/7/2019

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