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    Afrique

    Fifda: «Black N Black», la relation difficile entre Africains-Américains et Africains

    media Zadi Zokou, réalisateur ivoirien de « Black N Black » sur les difficiles relations entre les Africains-Américains et les Africains aux Etats-Unis. Projeté au Festival international de films de la diaspora africaine (Fifda). Siegfried Forster / RFI

    Il y a au moins deux façons d’être Noir aux États-Unis. Le cinéaste ivoirien Zadi Zokou a exploré l’histoire et le présent très agité de la relation aussi complexe que difficile entre les Africains-Américains et les Africains aux États-Unis. La première européenne du documentaire « Black N Black » aura lieu dimanche 8 septembre dans le cadre du 9e Festival international de films de la diaspora africaine (Fifda) à Paris. Entretien.

    RFI : Vous êtes né en Côte d’Ivoire et vous vivez aux États-Unis. Vous vous considérez comme Africain ou comme Africain-Américain ?

    Zadi Zokou : Je n’ai pas ce dilemme-là, parce que j’ai gardé ma nationalité, je ne suis pas encore citoyen américain. Si je deviens citoyen américain, est-ce que je me considérerais Africain-Américain ? Non, je ne pense pas, parce qu’Africain-Américain, ce n’est pas seulement la couleur, c’est toute une culture et toute une histoire. Je ne possède pas cette histoire-là. Je viens directement de l’Afrique, donc, je me considère plus Africain du continent.

    Black N Black, est-ce une façon de dire qu’il y a deux manières d’être noir ?

    Il n’y a pas vraiment deux façons d’être noir, mais il y a différents « Noirs ». Il y a les Noirs du continent, comme moi, et il y a les Noirs de la diaspora, comme les Africains, les Américains, les Caribéens, et tous ceux qui sont descendants d’esclaves. C’est ce que Black N Black signifie.

    Vous parlez de 40 millions d’Africains-Américains et une évolution très profonde : en 1980, les États-Unis ont signé le Refugee Policy Act et en 1990 l’Immigration Act qui ont facilité l’immigration venue de l’Afrique subsaharienne. Le nombre d’Africains subsahariens aux États-Unis a été multiplié par treize, de 129 000 en 1980 à plus de 1,7 million en 2015. Cela explique-t-il une certaine urgence d’aborder le sujet que vous traitez dans votre film : la relation entre les Africains et les Africains-Américains ?

    Cette urgence a toujours existé, mais le dialogue ne s’est pas produit. Aujourd’hui, plus qu’hier, il y a une urgence, parce qu’il y a de plus en plus de contacts, il y a de plus en plus d’Africains qui arrivent aux États-Unis. Donc, une meilleure coopération est nécessaire et cela passe par un dialogue entre les deux communautés.

    Comment ressentez-vous cette urgence ?

    Mes relations personnelles avec les Africains-Américains ne sont pas mauvaises, mais il y a quand même quelques tensions qu’il faut régler. Je pense que les Noirs aux États-Unis ont un destin commun. Et c’est en nous unissant aux Africains-Américains que nous pourrons ensemble vaincre certains obstacles à notre promotion aux États-Unis.

    Y avait-il des propos ou des préjugés qui vous ont surpris ou choqué lors du tournage ?

    Il y a beaucoup de stéréotypes. On connait tous les stéréotypes à propos des Africains : continent pauvre, continent de maladies… Et beaucoup d’Africains-Américains ont ces points de vue. Ce qui m’a choqué, c’est l’ignorance que beaucoup Africains-Américains ont de l’Afrique. Encore plus choquant, c’était l’ignorance de beaucoup d’Africains vivants aux États-Unis par rapport aux Africains-Américains. C’est ce qui m’a poussé à faire ce film.

    Affiche (détail) de « Black N Black » du réalisateur ivoirien Zadi Zokou. © Fifda

    Quelles étaient les réactions après la projection de votre film aux États-Unis ?

    Il y a eu plusieurs projections en plusieurs villes. La réaction était positive. Il n’y a pas eu de batailles, il y a eu des débats utiles, intelligents. Les gens ont bien accueilli le film, parce que beaucoup se sont dit que ce dialogue est nécessaire et que ce film arrive à point nommé pour vraiment lancer la conversation entre les deux communautés.

    Vous avez tourné au Ghana, en Côte d’Ivoire, aux États-Unis. Vous avez aussi bien interrogé un conducteur de taxi qu’une professeure de l’université. Un sujet clivant était toujours l’histoire de l’esclavage. Pourquoi ?

    La grande différence entre les Africains de la diaspora et les Africains du continent, c’est la traite des esclaves. Sinon, on serait toujours ensemble. Cette histoire a eu des conséquences négatives sur nos relations. Ce que j’ai appris durant la production du film, à travers les interviews, c’est que beaucoup d’Africains-Américains accusent, par exemple, les Africains de les avoir vendus en esclavage. C’est un thème qui revient souvent. J’étais surpris que, après tous ces siècles, que ce ressentiment persiste, mais il persiste vraiment. Et plutôt que d’être sur la défensive, nous devrions tous ensemble, Africains et Africains-Américains, nous asseoir et avoir un dialogue, une conversation constructive sur notre histoire commune. Expliquer vraiment ce qui s’est passé. Et, s’il y a besoin, présenter des excuses aux Africains-Américains et essayer de ressouder nos rapports, parce que la traite des Noirs entame vraiment ces rapports.

    Quelles étaient les réactions après le film au Ghana et en Côte d’Ivoire ?

    Malheureusement, je n’ai pas encore eu l’opportunité de le présenter en Afrique, mais j’espère de pouvoir le faire. Je le dis aussi, parce que, récemment, en Côte d’Ivoire, il y a eu une cérémonie de présentation d’excuses aux Africains-Américains et à tous les descendants africains d’esclaves pour notre participation à la traite négrière. Donc, je pense que ce film pourra informer davantage les gens et aider à déclencher une conversation sur le sujet.

    Plusieurs personnages dans le film citent Barack Obama comme bâtisseur de passerelles et de ponts entre les deux communautés. Avec Donald Trump, qu’est-ce qui a changé ?

    Disons que le racisme est monté d’un cran aux États-Unis. Pas qu’il n’existait pas avant, mais auparavant les gens se cachaient un peu plus. Maintenant, ils le font à découvert et cela devient dangereux. Sinon, je crois que la division [entre Africains et Africains-Américains] s’est prononcée. Déjà, au temps de Barack Obama, il y avait une certaine division, mais sa présence avait rallié tous les Noirs et tout le monde s’est identifié à lui. Aujourd’hui, avec Donald Trump, un phénomène est en train de surgir : ADOS (American Descendants of Slavery). Il s’agit d’un groupe d’Africains-Américains, descendants d’esclaves, qui se démarquent de tout Africain et de tout Noir aux États-Unis qui n’est pas descendant d’esclaves ou qui n’est pas Américain descendant d’esclaves. En fait, ils approprient l’« américanité » des Noirs aux États-Unis. Par exemple, ils se démarquent des Noirs du continent et aussi des Noirs des Caraïbes. Ils se considèrent comme les « purs » Africains-Américains. Avec leur attitude, j’ai l’impression qu’il y a une espèce de xénophobie en train de se développer. Et tout cela est arrivé après l’avènement de Donald Trump.

    Qu’est-ce que vous attendez de la projection à Paris, en France ?

    J’attends surtout de voir comment le thème de ce film s’insère dans la réalité des relations entre immigrants africains aux États-Unis et les Français descendants d’esclaves.

    ► Black N Black, documentaire de Zadi Zokou, projeté dimanche 8 septembre à 19h45 au cinéma 7 Parnassiens, Paris, suivi d’un débat avec le réalisateur.

    ► Le programme du 9e Festival international de films de la diaspora africaine (Fifda), du 6 au 8 septembre, à Paris.

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