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    Europe

    Le poète grec Nanos Valaoritis, exilé au cœur du monde

    media Nanos Valaoritis, chez lui à Konolaki, juin 2012. © Olivier Favier

    « Je me suis réveillé à 40 ans », avait coutume de dire Nanos Valaoritis, poète grec qui a laissé une empreinte durable chez les modernistes anglais, les surréalistes français et la Beat Generation états-unienne, avant de devenir, à 90 ans, l’un des porte-paroles de la protestation athénienne contre les exigences allemandes du début des années 2010. Celui qui restera comme un contemporain capital pour plusieurs générations nous a quittés le 13 septembre 2019, à l’âge de 98 ans.

    « Nanos a accepté de vous voir, m’écrit Ersi Sotiropoulos, vous pouvez l’appeler de ma part. » À 91 ans, ce poète qui a été dit-on le plus grand de la diaspora hellénique depuis Cavafy vient de se lancer dans une bataille politique sans merci, à la limite parfois de l’outrance, où se ravivent toutes les douleurs de l’invasion italo-allemande de 1941 et de la dette de guerre jamais payée à une Grèce martyrisée. Pour la première fois, la gauche radicale représentée par Syriza apparaît comme une alternative électorale crédible, sans trop qu’on sache si, une fois au pouvoir, elle aura les moyens de réaliser tout ou partie de son programme. Pour essayer de comprendre mieux ce qu’il se joue à Athènes en ce mois de juin 2012, j’ai décidé d’aller écouter les poètes.

    Ce que disent les poètes

    La Grèce est l’un des rares pays d’Europe où la poésie contemporaine, loin des spasmes du post-modernisme, compte encore un peu, et Nanos Valaoritis est alors connu de toutes et de tous. Je dois décider, comme on accorde un immense privilège, qui de toutes les personnes que je connais ici, partagera ma chance de le rencontrer. Et je choisis Nikos, l’ami de Paris rentré à Athènes peu de temps avant la crise, et qui vit désormais partiellement dans la rue. Il deviendra plus tard un personnage du roman de Léonard Vincent, Athènes ne donne rien.

    Nanos - c’est ainsi qu’on l’appelle - vit dans le quartier de Kolonaki, un peu à l’écart des deux places choisies par les adversaires du jour pour leurs derniers meetings : à Omonia - la concorde - s’exprimera Tsipras, tandis que le favori de la droite parlera à Syntagma - la constitution. Concorde ou constitution ? Il me semble que derrière cette alternative géographique se cache un message sur l’avenir du continent. Ou peut-être n’est-ce qu’une façon parmi d’autres d’énoncer un dilemme.

    Lorsque nous arrivons, Nanos nous accueille avec sa fille dans la pénombre d’un appartement ancien, aux volets mi-clos pour se protéger de la touffeur d’un été précoce. Je me souviens de ses cheveux en bataille, de sa barbe foisonnante et de ses vêtements très simples et très élimés, qui forment un contraste apparent avec un discours où affleurent sans arrêt les marques d’une culture classique, comme seuls ont pu en bénéficier les enfants aisés de sa génération.

    De Paris à Londres

    Né à Lausanne, dans une famille cosmopolite, qui compte parmi ses ancêtres un poète et député des temps héroïques de l’indépendance, Nanos étudie à Athènes, où il vit bientôt l’occupation allemande, laquelle lui laisse un traumatisme profond : comment oublier en effet qu’après la Pologne, la Grèce est le pays qui a payé le plus lourd tribut au nazisme en proportion de sa population globale. Je me souviens très bien de son geste indiquant une autre pièce de l’appartement : « Les Allemands étaient ici. »

    Fuyant plus tard vers la Turquie puis l’Égypte, il habite presque dix ans en Angleterre où il rejoint le cercle des poètes modernistes. Cette après-midi-là, il évoque comme il aime le faire, conscient ou non de l’effet qu’il produit, les noms de T.S. Eliot qu’il fréquente à Londres, ou de Lawrence Durrell et d’Henry Miller croisés en Grèce, ou d’autres encore, comme ceux de W. H. Auden ou de Dylan Thomas. Je reste pétrifié devant ce vieil homme si présent au monde, dont les souvenirs sont ceux d’un musée vivant.

    Au milieu des années 1950, il habite Paris, où il rencontre une peintre surréaliste californienne au regard hypnotique, Marie Wilson, qu’il épouse et qui le présente à André Breton. Il m’évoque une agate parfaite trouvée dans le lit de la rivière près de Saint-Cirq Lapopie, où le chef de file du surréalisme, installé là depuis 1950, a « cessé de se désirer ailleurs ». Dans sa maison ouverte à tous, le trésor finit par lui être volé.

    « Désemparé d’amour »

    Mais, Nanos, éternel expatrié, ne fait dans ce mouvement comme dans d’autres qu’un long passage, assez toutefois pour qu’en 1991 lui soit confiée la grande exposition du Centre Georges Pompidou sur le surréalisme grec. Politiquement aussi, il se rattache à une gauche non marxiste, à une époque où ces idées ne sont pas des plus confortables. Rentré en Grèce, il doit de nouveau s’exiler avec l’arrivée des Colonels. À San Francisco, il fréquente Allen Ginsberg et Lawrence Ferlinghetti.

    À l’issue de notre entretien, je repars les bras pleins de livres, dont une magnifique anthologie de la poésie grecque traduite en anglais. Nikos me sourit sans rien dire. C’est lui qui m’écrit après quelques années de silence une lettre étrange dont il a le secret, qui s’ouvre ainsi : « Je garde toujours un souvenir très doux de cette visite. » Il m’apprend ensuite que Nanos vient de nous quitter, dans la force de l’âge oserais-je dire, la force de ses 98 ans.

    Pendant les quelques mois qui ont suivi cette rencontre, nous avons échangé quelques lettres. Dans la dernière que j’ai reçue, il y avait un poème en pièce jointe que je n’étais pas arrivé à ouvrir. En apprenant son décès, j’ai usé de tous les artifices pour en connaître la teneur. Il s’achève ainsi, dans la traduction de l’auteur.

    « Avec mes deux mains
    J’écartais la pierre tombale
    J’ai abjuré mon serment
    Et j’en suis sorti métamorphosé
    En singe et je le suis encore
    Celui que j’étais et que je serai
    Mage apprenti sorcier
    Toujours beau parleur
    Désemparé d’amour »

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