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    «Errances» aux Francophonies, avec le danseur burkinabè Auguste Ouédraogo

    media Un solo à deux. Auguste Ouédraogo dans «Errances». © Cie Auguste-Bienvenue / Francophonies

    Pour le danseur et chorégraphe burkinabè Auguste Ouédraogo, « nous sommes des éternels errants ». Sur le plateau règne une énergie dense et intense, incarnée par le corps du danseur, mais puisée dans une sculpture. Cette dernière, nommée Le Fardeau, se retrouve au centre de « Errances », présentée aux Francophonies à Limoges. Une pièce poétique et ingénieuse, à la fois personnelle et universelle. Entretien.

    RFI : Le titre Errances, est-ce en écho avec votre vie ?

    Auguste Ouédraogo : Il est en écho avec la vie de tout le monde. En tant qu’humains, nous sommes des éternels errants. On a toujours besoin d’aller çà et là, où l’on peut vivre mieux, ou alors où l’on peut arriver à trouver de quoi vivre. C’est une question qui m’a touchée. C’est aussi la question des migrations. C’est également une question que tout le monde peut se poser, parce que, finalement, on a toujours une personne dans la famille qui est partie pour aller voir ailleurs ce qui est meilleur pour lui.

    C’est un solo, mais à la fin, vous saluez avec la sculpture Le Fardeau. Pour vous, elle est beaucoup plus qu’un objet ?

    Cette sculpture est un élément central de cette création. Je devrais traiter du thème de la migration. En même temps, j’ai découvert cette œuvre, Le Fardeau, de Jean-Philippe Rosemplatt. Elle m’a bouleversée, par sa stature, par tout ce qu’elle porte en elle, et aussi par ce regard hagard, cette attitude. Il y a tout le poids de sa vie qu’elle porte. Cela m’a révélé aussi la condition humaine. Je me suis dit : un jour, je pourrais être dans cette situation. Quand on doit tout laisser derrière soi pour avancer, parce qu’il n’y a plus rien, on prend ce qu’on peut et on avance. Cette sculpture a été un élément important pour moi, pour pouvoir créer. En fait, j’étais son parallèle sur le plateau et nous avançons ensemble dans cette errance.

    Sur le plateau, il y a une deuxième sculpture, une sorte de grande table, que vous allez renverser et vous mettre sur la tête. Vous la transformez en maison, en prison, en chaine d’esclave, en carrousel, en fardeau… Le but, est-ce de devenir une sculpture vivante ?

    Oui, je voulais travailler sur la vie de cette sculpture. Je me suis imaginé ce qu’elle a dû traverser comme épreuves. À travers cette structure, qui symbolise aussi une maison, je cherche partout. À un moment, je me dis : on prend la maison et on s’en va, même si cela n’est pas possible. Mais tout cela est là pour amener de l’imaginaire aux spectateurs.

    La valeur et la symbolique des sculptures sont aussi au cœur de la restitution des œuvres africaines en France aux pays africains. Quel est votre point de vue sur cette question sensible ?

    À mon avis, c’est important que ces sculptures repartent d’où elles viennent, parce qu’il y a des populations qui vivent à travers ça. Ce sont aussi des symboles pour ces peuples-là, qui ont perdu les sculptures qui étaient leur quotidien, qui étaient en quelque sorte leurs anges gardiens. Donc, il est nécessaire que ces sculptures repartent. Avec le temps, on s’est dit qu’on avait aussi perdu l’enracinement de ces sculptures qui sont venues en Europe et qui doivent repartir.

    Le danseur et chorégraphe burkinabè Auguste Ouédraogo. © Siegfried Forster / RFI

    Vous avez bientôt 40 ans, et cela fait presque 20 ans que vous avez fondé votre propre compagnie de danse au Burkina Faso. Votre génération de danseurs, quel rôle joue-t-elle aujourd’hui dans la vie culturelle de votre pays ?

    Pour nous, c’est un acte de défendre la culture, mais aussi de défendre un point de vue. En tant qu’artiste, on est souvent amené à parler de la société, de ses travers et ses bons côtés. Je me suis également engagé dans la culture, parce que je voulais raconter des histoires des hommes. À l’époque, l’art avait aussi besoin de se professionnaliser.

    On avait envie de faire de la danse notre métier, de faire avancer l’art, parce que beaucoup trouvaient que c’est plutôt de jeu, un temps de plaisir. Mais l’art est un métier et on doit lui donner sa place dans nos sociétés, parce que, chez nous, chaque moment de la vie est rythmé par la musique, la danse, les rituels… Et cette phase de création artistique doit aussi être reconnue. Pour cela, je me suis engagé avec Bienvenue Bazié. En créant notre compagnie Auguste-Bienvenue, on a voulu défendre cette cause-là. Parallèlement au travail de la compagnie, on a mis en place [depuis 2008, NDLR] le projet Engagement féminin qui vise à la professionnalisation des femmes dans la danse contemporaine au Burkina Faso.

    Le but est de donner à la femme sa place dans l’art. Bienvenue et moi, quand nous avons commencé la danse, il y avait plus de filles qui dansaient que de garçons. Puis, au fur et à mesure, avec l’âge, on s’est rendu compte que les filles arrêtaient, parce qu’il y avait le poids de la société et de la famille qui ne considèrent pas la danse comme un métier. Donc pour nous, c’était une façon de donner une place aux femmes pour qu’elles puissent donner leur point de vue et, à travers leurs créations, parler d’elles et de leur vie.

    Vous êtes ici au festival des Francophonies à Limoges, en France. Vue du Burkina Faso, quelle serait pour vous la francophonie idéale ?

    C’est une francophonie ouverte, avec du partage, des rencontres, comme cela se passe ici. C’est important de se parler. Si l’on échange, si l’on va voir chez l’autre ce qui se passe, je pense que le monde serait meilleur. La francophonie, cela peut être ça. C’est un moment de partage, de cohésion, de discussion, d’échange.

    Errances, spectacle de danse, interprété par Auguste Ouédraogo. Conception, direction artistique et chorégraphie : Auguste Ouédraogo et Bienvenue Bazié. Présenté au festival des Francophonies, Les Zébrures d’automne, à Limoges, France.

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