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    L’Histoire de l’Afrique entre au Collège de France

    media François-Xavier Fauvelle. Collège de France / Patrick Imbert

    Le Collège de France, à Paris, aura désormais une chaire permanente entièrement consacrée à l'étude du continent, et c’est inédit. Baptisée « Histoire et archéologie des mondes africains », elle est confiée à François-Xavier Fauvelle, qui prononce jeudi 3 octobre au soir sa leçon inaugurale.

    Ses cours sur l'Afrique médiévale, ouverts à tous, au Collège de France, commenceront à la fin du mois, à raison d'une heure par semaine. Et c'est un événement, tout un symbole, souligne le professeur Fauvelle. « Cela veut dire que quelque chose bouge dans nos perceptions, que nous ne soyons plus à une époque où l'on peut encore penser et dire qu’il n’y a pas d’Histoire sur le continent africain, ou qu’elle ne serait pas faisable », se réjouit-il, « au contraire, c’est un domaine de connaissance érudite, et la responsabilité de tous les historiens, c’est de diffuser ces savoirs détenus aujourd’hui par quelques dizaines de chercheurs ».

    Parce que ces savoirs n’ont pas été suffisamment exposés, explique encore François Xavier Fauvelle, « le vide relatif s’est meublé d’affirmations péremptoires comme quoi il n’y a pas d’histoire de l’Afrique. Il s’est meublé aussi d’idéologies, de discours faciles, identitaires, comme l’afrocentrisme, qui voit une parenté unique entre toutes les sociétés africaines et l’Égypte antique ».

    Pour mettre à bas les clichés dont souffre l’histoire du continent, François Xavier Fauvelle a lui-même publié des livres qui ont fait date, touchant le grand public. Parmi eux, Le Rhinocéros d’or. Histoires du Moyen-Âge africain, en 2013, traduit depuis en une dizaine de langues. L’an dernier, il a aussi coordonné un volumineux ouvrage collectif, L’Afrique ancienne, de l’Acacus au Zimbabwe. 20 000 ans avant notre ère – XVIIe siècle. Auparavant, en 2002, il avait publié sa thèse sur les Hottentots, ou plutôt sur le regard occidental porté sur ces populations d’Afrique australe depuis disparues, les Khoisan : L’invention du Hottentot. Histoire du regard occidental sur les Khoisan, XVe – XIXe siècle.

    C’est d’ailleurs ce travail qui l’a incité à creuser plus loin l’histoire ancienne de l’Afrique. « J’ai eu le sentiment, à la fin de cette thèse, d’avoir appris plus de choses sur les sociétés européennes que sur les Khoisan, ces sociétés pastorales qui parlent avec des langues à clics, qui avaient été décrites et en même temps détruites par les voyageurs européens », explique l’historien, « c’est ce qui m’a incité à remonter plus haut dans le temps, à me doter de compétences archéologiques, en espérant déchirer les voiles qu’avaient interposé les sources européennes entre les sociétés africaines, et nous ».

    C’est ce qui fait de lui aujourd’hui autant un érudit qu’un homme de terrain. François-Xavier Fauvelle a en effet depuis mené des recherches sur le continent. En Afrique du Sud. En Éthiopie aussi, où il a dirigé le Centre français d’Études éthiopiennes et co-découvert il y a une dizaine d’années des vestiges de cités musulmanes, et notamment d’Ifat, capitale du sultanat du même nom au XVe siècle. « Dans le grand public, on a l’idée d’une Éthiopie depuis longtemps chrétienne », raconte François Xavier Fauvelle, « en réalité, des sources chrétiennes du Moyen-Âge et des sources arabes extérieures mentionnent des sociétés musulmanes en Éthiopie. Longtemps, on a cherché au mauvais endroit, en se fiant aux écrits chrétiens qui laissaient entendre que l’ennemi musulman était forcément loin. On a fini par trouver ces villes musulmanes tout près du royaume chrétien », dit-il encore, « ce qui invalidait partiellement l’idée véhiculée par les sources écrites : toutes ces sociétés n’étaient pas simplement juxtaposées, ennemies les unes des autres, mais en conversation économique, politique ou culturelle les unes avec les autres ».

    Grande mosquée de Nora en Ethiopie (XIVe siècle) révélant un bâtiment intérieur sur poteaux de bois. Archives personnelles de François-Xavier Fauvelle

    François-Xavier Fauvelle vient aussi de terminer un chantier de fouilles de huit ans à Sijilmâsa au Maroc. Il voulait en savoir plus sur cette oasis, principal port des sables pendant 700 ans, qui permettait de traverser le Sahara en 50-60 jours pour atteindre les Royaumes du Mali ou du Ghana et commercer avec l’Afrique de l’Ouest. Alors que ses cours au Collège de France vont démarrer, alors qu’il enseignera également dans la foulée à l’université américaine de Princeton, il reste membre du laboratoire Traces de recherche en archéologie, qu’il a dirigé de 2013 à 2017 à Toulouse.

    Et ce jeune quinquagénaire volubile, qu’on dit boulimique de travail, avoue se chercher un nouveau terrain d’investigation, en Afrique de l’Ouest cette fois. Pourquoi pas en Mauritanie, ou au Mali ? « J’aurais par exemple envie de découvrir la capitale du royaume du Mali médiéval, à l’époque des rois Moussa et Souleymane, au milieu du XIVe siècle », précise le chercheur, « elle est sans doute quelque part sur la rive gauche du fleuve Niger. Deux auteurs arabes du XIVe siècle, Ibn Battûta et Al-Umari, la décrivent, si bien qu’on pourrait presque la dessiner, mais on n’est pas encore parvenus à la localiser. Cela reste un mystère ».

    Sijilmâsa, un mausolée musulman accroché à un pan de muraille au XIVe siècle. Archives personnelles de François-Xavier Fauvelle

    Pour François Xavier Fauvelle, rien de mieux que les projets collectifs, pluridisciplinaires, et cosmopolites, pour remonter le fil du temps en Afrique. Il faut, selon lui, croiser les sources, nombreuses, et variées. D’abord, des sources écrites existent, qu’elles émanent de voyageurs ou de marchands qui ont visité ces royaumes, ou qu’elles aient été produites par des sociétés africaines : « pensez à l’Éthiopie, par exemple, qui a une tradition écrite depuis plus d’un millénaire ; on a des milliers de manuscrits à notre disposition », souligne François-Xavier Fauvelle.

    À cela s’ajoutent d’autres types de sources : « l’épigraphie (l’étude des inscriptions sur la pierre), les traditions orales, recueillies depuis un siècle ou un peu plus, l’archéologie, qui à elle seule est un continent documentaire encore largement enfoui dans le sous-sol de beaucoup de pays africains », mentionne le chercheur, « l’art rupestre, du Sahara au Drakensberg, et puis on peut partir aussi de la génétique des populations, des animaux et plantes domestiques, qui nous raconte elle aussi beaucoup de choses », et de conclure : « ainsi, on peut reconstituer des nappes d’histoire remontant à 10 ou 15 000 ans en arrière ».

    D’où l’idée de faire appel à des confrères aux compétences croisées, pour ce cours au Collège de France. Il s’agira de raconter au mieux l’histoire des mondes africains, au pluriel, comme le souligne l’intitulé de la chaire créée au Collège de France. Car à la différence de l’Europe, des sociétés et des périodes très différentes ont pu cohabiter sur le continent.

    « En arrivant à l’embouchure du fleuve Congo au XVe siècle, les navigateurs portugais ont par exemple découvert un puissant état centralisé, le Royaume du Kongo, qui avait tous les attributs de l’État, et qui était pourtant contemporain de sociétés pygmées de chasseurs-cueilleurs avec lesquels il était en interaction, économique en particulier. » « L’Afrique est un continent géographique », insiste François-Xavier Fauvelle, « mais c’est plusieurs continents d’histoire, qui évoluent dans le temps et sont connectés les uns aux autres, connectés aussi avec les mondes non africains ».


    À l’occasion de sa leçon inaugurale « Histoire et archéologie des mondes africains », François-Xavier Fauvelle signe un texte que nous reproduisons ci-dessous dans son intégralité.

    L’historien de l’Afrique sait que son travail ne consiste pas seulement à renouveler des connaissances – il consiste à le faire contre les clichés dont souffre l’histoire du continent, qu’il s’agisse du déni d’historicité, de la fascination pour les origines (qui fait oublier que l’histoire n’a cessé de se continuer), ou encore de la grille de lecture « ethnique » du passé et du présent.

    C’est là le premier défi à relever, consistant à surprendre. Il en est d’autres : faire place à la diversité des mondes africains, pour observer que les sociétés africaines ont emprunté, au cours des millénaires, des trajectoires historiques diverses sur les plans des modes d’organisation politique, des techniques, des types d’économie. Cette diversité déroute nos réflexes évolutionnistes, car les sociétés de chasseurs-cueilleurs ou d’éleveurs actuels, que l’on aurait trop vite tendance à qualifier de « préhistoriques », sont bel et bien nos contemporaines. Dès lors, ce qui doit nous interroger, ce sont les choix sociaux qui président à la cohabitation des cultures africaines dans la longue durée, à leurs interactions et interpénétrations, aux formes de symbiose économique qu’elles ont entretenues. Un autre défi à relever est celui consistant à allier le terrain et l’érudition : les matériaux pouvant faire documents pour l’historien sont nombreux : art rupestre qui, du Sahara au Drakensberg, a laissé des images saisissantes de modes de vie passés et de représentations du monde ; systèmes d’écriture bien plus présents à travers l’Afrique qu’on ne le croit, et qui révèlent des usages multiples de l’écrit, épigraphiques ou manuscrits ; récits laissés par des témoins extérieurs, grecs, arabes, européens ; sources orales de ce type particulier que l’on appelle « traditions », qui réclament un patient travail d’examen critique ; archéologie, qui révèle un formidable potentiel ; histoire des paysages, linguistique comparée, génétique…

    Au point de convergence de trajectoires personnelles à la fois disciplinaire, géographique et chronologique, mes travaux campent, depuis les années 2010, autour du domaine des mondes africains médiévaux, que mon livre Le Rhinocéros d’or. Histoires du Moyen Âge africain (Alma, 2013) a fait connaître à un large public en France et à l’étranger. Conscient, cependant, de l’accumulation des strates du passé et de la présence des passés dans le présent, cette recherche ne m’interdit pas d’interpréter en historien les événements contemporains, comme j’ai pu le faire en éditant et annotant plusieurs discours politiques majeurs de Nelson Mandela (Convoquer l’histoire. Nelson Mandela : trois discours commentés, Alma, 2015).

    Soucieux de répondre, à la fois, au besoin de renouvellement de la documentation et à l’exigence de mise à disposition des savoirs, il s’agit de promouvoir une pratique pluridisciplinaire du terrain et une recherche de formes narratives en adéquation avec les registres de sources. De là le caractère fragmentaire du récit dans le Rhinocéros d’or, qui veut rendre justice tant à la précision du fragment documenté qu’au panorama de la mosaïque à large échelle qui offre à voir une Afrique médiévale connectée. De là également les narrations sous forme d’enquêtes qui, de l’abri peint de Christol Cave en Afrique du Sud (Vols de vaches à Christol Cave, Publications de la Sorbonne, 2009, avec François Bon et Jean-Loïc Le Quellec) aux cités islamiques d’Éthiopie (« Le sultanat de l’Ifât, sa capitale et la nécropole des Wâlâsma », Annales islamologiques, 2018, avec Amélie Chekroun et Bertrand Hirsch) ou encore aux Khoikhoi, ce peuple sud-africain victime de la colonisation (À la recherche du Sauvage idéal, Le Seuil, 2017), cherchent à restituer la conversation qu’est la recherche et à accorder une place identique aux « ratés » et aux « découvertes ».

    Je m’emploierai, dans le cours que je dispenserai au Collège de France, à illustrer l’actualité des recherches sur l’histoire de l’Afrique, de l’Éthiopie médiévale (où j’ai mis au jour, avec d’autres, de nombreuses données sur les sociétés chrétienne, islamique et non monothéistes, qui cohabitaient au Moyen Âge) aux interactions entre Sahel et Maghreb (directeur des fouilles de Sijilmâsa au Maroc depuis une dizaine d’années, je m’oriente à présent vers un renouvellement des recherches sur les royaumes du Ghâna et du Mâli médiévaux). De façon complémentaire, je souhaite faire de mon séminaire annuel, qui prendra la forme de mini-colloques, une plateforme collective, internationale et pluridisciplinaire permettant d’aborder plus largement des domaines d’histoire où les synthèses des connaissances sont encore attendues.

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