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    Éric Baudelaire, prix Marcel Duchamp 2019: «voir ce qu’ils filment»

    media Image prise au Centre Pompidou lors de la projection du film « Tu peux prendre ton temps » d’Éric Baudelaire, lauréat du prix Marcel Duchamp 2019. © Siegfried Forster / RFI

    Entretien avec le « cinéaste et artiste » Éric Baudelaire, 46 ans. Il a remporté lundi 14 octobre au Centre Pompidou-Paris le prix Marcel Duchamp, la plus haute distinction dans le domaine de l’art contemporain en France. « Tu peux prendre ton temps » est un dispositif-film ovni, tourné et monté pendant quatre ans par lui et surtout par vingt élèves du collège Dora Maar de Saint-Denis.

    RFI : Félicitations pour le prix Marcel Duchamp ! Tu peux prendre ton temps. Pourquoi la notion du temps est si importante pour vous ?

    Éric Baudelaire : Parce qu’il en manque. On n’en a pas beaucoup, parce que les choses vont très vite. C’est un projet qui a pris quatre ans. On s’est donné ce temps-là, pour voir ce qui peut se passer quand on fait un film de cette durée. Tout particulièrement avec de tout jeunes collaborateurs. Ils avaient onze ans quand j’ai commencé à travailler avec eux. Ils ont quinze ans aujourd’hui. C’est un vrai temps dans une vie quand on est jeune,

    L’histoire se passe aussi bien en dehors du film que sur grand écran. Avec les jeunes, on traverse aussi bien les supermarchés avec leurs rayons de boîtes de conserve que les airs de jeux dans les cités, on assiste à leurs discussions à l’école ou à la maison. Qu’avez-vous cherché à établir avec cette relation très particulière entre la vie et le film ?

    La première chose était de trouver une manière à travailler ensemble. Donc, de revenir régulièrement dans le collège Dora Maar, d’ouvrir des discussions, des chantiers de travail, de réflexion avec les vingt élèves. Et puis, ensuite, progressivement, de leur donner des caméras, de voir ce qu’ils filment, sans leur apprendre, sans leur dire quoi faire, juste voir ce qui se passe. S’il y a une espèce de cinéma presque autodidacte qui se fabrique.

    Moi, je ne suis pas là pour enseigner. Je ne suis même pas là pour encadrer vraiment. Je suis là pour collaborer. On regarde les images ensemble, quatre années de travail, filmé par mes équipes et par les élèves eux-mêmes. Ensuite, on s’assoit à la table de montage avec Claire Atherton [la monteuse préférée de la cinéaste Chantal Akerman, ndlr] et on continue à travailler : on re-regarde tout, depuis le début, et on essaie de fabriquer ou de raconter une histoire qui est liée au processus de fabrication. Au final, cela devient ce qu’on appelle un film dramatique.

    Éric Baudelaire, né en 1973 à Salt Lake City, aux États-Unis, vit et travaille à Paris. Il est lauréat du prix Marcel Duchamp 2019 pour « Tu peux prendre ton temps », ici avec son trophée au Centre Pompidou-Paris. Siegfried Forster / RFI

    Au dernier Festival de Cannes, Ladj Ly, prix du Jury pour Les Misérables, a fait entrer avec ses jeunes acteurs de Montfermeil les sujets et l’esthétique de la banlieue sur la Croisette, le Graal du cinéma. Aujourd’hui, vous avez remporté le plus prestigieux prix de l’art contemporain en France avec des images tournées par de jeunes collégiens de Saint-Denis. La banlieue, se trouve-t-elle aujourd’hui au centre ?

    Je ne sais pas si la banlieue est au centre. J’ai peur que la banlieue ne soit pas au centre. En revanche, c’est en banlieue qu’on a fait ce film. Donc, la banlieue est au centre de ce film. Ce qui est certain, c’est que c'est un film fait par les gens qui y participent, ce n’est pas un film sur des gens. C’est un film d’abord fait avec les gens et, progressivement, cela devient un film fait par les vingt élèves. C’est leur voix, leur regard, leur manière à eux de filmer leur maison, ce qu’ils voient par la fenêtre, en allant au collège. Parfois, quand ils prennent la caméra et qu’ils partent dans les pays d’où sont originaires leurs parents, ils filment aussi la campagne en Roumanie ou à La Réunion. Ce qui me paraissait très important, c’est que ce soit le regard de chacun qui constitue ce tout.

    Les jeunes ne sont pas filmés, mais ils filment eux-mêmes. En conséquence, le rapport entre le spectateur et l’auteur change-t-il également ?

    Cela m'intéresse beaucoup de questionner ou mettre en crise la question de l’auteur. L’idée de l’artiste-auteur de manière magistrale m’intéresse beaucoup moins que la possibilité de fragmenter et fragiliser cette question d’« auteur ». Dans le film, l’auteur, ce sont des auteurs. Ce sont des gens qui, ensemble, fabriquent quelque chose. J’ai lu leurs noms en recevant le prix. En fin de compte, c’est ce groupe-là qui devient l’auteur du film.

    Image prise au Centre Pompidou lors de la projection du film « Tu peux prendre ton temps » d’Éric Baudelaire, lauréat du prix Marcel Duchamp 2019. © Siegfried Forster / RFI

    Vous êtes lauréat du prix Marcel Duchamp, prix nommé après l’artiste du ready-made et de l’urinoir inversé. Vous, avec votre film, vous vous sentez à votre place dans l’univers de l’art contemporain ?

    Marcel Duchamp a contribué énormément à élargir le champ de l’art. Je pense que cet élargissement se perpétue et cela continue. Aujourd’hui, cela s’ouvre à des formes qui n’auraient peut-être pas été considérées comme de l’art à l’époque de Marcel Duchamp. Mais notamment ce genre de travail, de pratiques et de cinéma est également l’endroit de l’art, de l’art contemporain en tout cas.

    Connaissez-vous déjà votre prochain projet ?

    Je travaille actuellement sur un film, c’est l’histoire d’un musicien expérimental américain, Alvin Curran [né en 1938, à Providence, Rhode Island, ndlr]. Et je pars à Dakar, pendant deux mois, pour accompagner un groupe de personnes dans une « académie ». La Raw Material Academy n’est pas une école, parce que c’est un lieu qui essaie de repenser différemment la manière d’enseigner et de se construire. C’est là où je pars pour organiser le travail de réflexion d’un groupe autour de ce que peut être le cinéma aujourd’hui, avec une dizaine de participants du monde entier, de Palestine, de Brésil, de partout…

    Image prise au Centre Pompidou lors de la projection du film « Tu peux prendre ton temps » d’Éric Baudelaire, lauréat du prix Marcel Duchamp 2019. © Siegfried Forster / RFI

    ► Tu peux prendre ton temps, film d’Eric Baudelaire et une vingtaine d'élèves (Anida Ait Abdesselam, Ambrine Belarbi, Andres Castro Henao, Assia Chaihab, Melinda Damis, Alyssa David, Dafa Diallo, Océane El Faqir, Sabou Fofana, Gaëtan Gichtenaere, Lina Ikhlef, Bintou Kamate, Guy-Yanis Kodjo, Ibrahima Konate, Basile Leignel, Gabriel-David Pop, Aissé Sacko, Rabyatou Saho, Mohammed Samassa, Fatimata Sarr, Manelle Zigh) du collège Dora Maar de Saint-Denis. Le prix Marcel Duchamp 2019 est projeté/exposé jusqu’au 6 janvier 2020 au Centre Pompidou-Paris.

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