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    Culture

    Paris Photo: Ming Smith, une légende de la photographie afro-américaine

    media La photographe afro-américaine Ming Smith à Paris Photo 2019, sur le stand de la galerie Jenkins Johnson. © Siegfried Forster / RFI

    C’est la première photographe afro-américaine dont les œuvres ont été acquises par le Museum of Modern Art (MoMA) de New York. Rencontre avec Ming Smith, artiste née en 1950, à Détroit. Du 7 au 10 novembre, elle expose ses photographies délicates et flottantes à Paris Photo, la plus grande foire de l’art photographique au monde.

    Elle est toute menue, dotée de tresses africaines couchées et d’un regard parfois songeur, parfois dubitatif. Le boa autour du cou lui confère une allure de danseuse. C’est d’ailleurs lors d’une des premières tournées du grand chorégraphe américain Alvin Ailey en France, qu’elle a vu et photographié Paris pour la première fois. « Deux des danseurs de la compagnie étaient mes amis. Ils se promenaient sur la tour Eiffel. J’ai toujours la scène en tête. Ici, il y a aussi une photo avec Judith Jamison, qui deviendra à la mort d’Alvin Ailey [1989] la directrice artistique. »

    Née en 1950 à Détroit, d’un père pharmacien, elle grandit à Columbus, dans l’Ohio. Après des études de médecine et de microbiologie à Washington D.C., elle gagne sa vie surtout en tant que mannequin [ainsi, elle rencontre Grace Jones...]. Mariée à David Murray, un musicien de jazz, elle s’installe à New York, entre Harlem et Greenwich Village et parcourt le monde, sans jamais oublier d’emporter son appareil photo…

    Témoin de la culture afro-américaine

    À Paris Photo, sur le stand de la galerie Jenkins Johnson basée à San Francisco et à New York, elle déploie un petit panorama de ses photographies des années 1970 à 1990. Des précieux témoignages de la vie – tantôt ordinaire tantôt extraordinaire – et de la culture des Afro-Américains : un petit garçon très bien habillé accroupi dans la rue, une mère avec sa fille dans une cabine téléphonique, une serveuse dans un fast-food…

    Ming Smith : Amen Corner Sisters (detail), New York City, NY, 1976. © Ming Smith / Jenkins Johnson Gallery

    ► Regarder aussi la vidéo : L’artiste afro-américain Kehinde Wiley: un mot, un geste, un silence

    Elle immortalise surtout des artistes afro-américains entre temps devenus légendaires : Duke Ellington, James Baldwin, Nina Simone, Stevie Wonder, Tina Turner, Sun Ra ou Grace Jones : « Grace Jones était mon amie, longtemps avant qu’elle ne soit devenue une star. J’ai fait des photos d’elle avant qu’elle ne soit partie à Paris et devenue Grace Jones. Ici, on la voit habillée en tant que danseuse classique [dans un tutu en noir et blanc]. »

    Tina Turner pose pour elle devant le Brooklyn Bridge. « Elle réalisait une vidéo pour sa chanson What’s Love Got to Do With It [1984]. Et j’étais une des danseuses dans le film. À l’époque, en tant que femme noire, ce n’était pas possible pour moi de vivre de la photographie. Donc, j’ai fait plein de choses différentes, par exemple des photos pour des gens que j’aimais bien, comme Tina Turner. C’était sa première chanson après son divorce avec Ike Turner. »

    Chaque photo un acte artistique

    Sa façon très personnelle de faire agir la lumière sur la pellicule donne à ses tirages une autre dimension. Comme si elle réussissait à fixer l’esprit d’un instant tout en laissant passer le temps. Par exemple quand elle capte Sun Ra, pianiste mythique de l’afro-futurisme et du free-jazz, transcendé par la lumière dans un petit club de jazz à New York. Ou l’image de James Baldwin assis dans les rangs d’un théâtre vide dont les sièges sont légèrement colorés d’un ton de violâtre. À Paris Photo, chaque photo semble exprimer un acte artistique : double exposition, jeu avec la mise au point, des photos parfois marquées par le flou, mais toujours en noir et blanc :

    « Quand j’ai commencé avec la photographie, il y avait un grand débat : la photographie, est-ce un art ? Ce sont des photographes comme Brassaï qui m’ont mené vers la photographie. À l’époque, si l’on voulait être un photographe sérieux, c’était en noir et blanc. Couleur, c’était impensable. Parfois, j’ai regretté de ne pas avoir fait des photos en couleur. Plus tard, j’ai trimballé deux appareils avec moi, un pour le noir et blanc, un autre pour la couleur. Et à un moment même une caméra pour faire de la vidéo. »

    Ming Smith : Sun Ra Space II, New York City, NY, 1978. © Ming Smith / Jenkins Johnson Gallery

    « Il n’y avait personne d’autre que moi »

    Dans les années 1970, elle devient la première femme photographe afro-américaine dont l’œuvre est entrée aux collections du Museum of Modern Art de New York. « À l’époque, c’était comme de recevoir un Oscar, mais personne n’était au courant de cela. En revanche, cela m’a beaucoup encouragé. Donc, j’étais dans la collection, mais rien ne se passait vraiment suite à cela. Il n’y avait pas d’exposition, pas de discussions, pas de collectionneurs qui se précipitaient sur mon travail. Il me fallait alors quarante ans pour avoir une vraie reconnaissance. Mais cela m’a donné du courage. Car il n’y avait personne d’autre que moi.

    À lire aussi : «The Color Line», une réévaluation des artistes africains-américains

    J’avais discuté sur ce point avec mon ancien mari, le musicien de jazz David Murray. Je lui disais : en tant que musicien, au moins, tu as des modèles ou quelqu’un dont tu peux suivre ses traces. Il y a des clubs de jazz, des points de rencontre. En tant que photographe femme, il n’y avait rien. Donc cela m’a permis de prendre de l’assurance. »

    Certes, en entrant en 1975 dans la collection du MoMA, elle avait franchi la « color line », la ligne de couleur. Peu avant, elle devient le premier membre féminin du collectif de photographes afro-américain Kamoinge, basé à Harlem et désireux de changer le regard sur les Afro-Américains. Malgré cela, sa vie en tant que photographe restait un combat « pour la survie, pour devenir quelqu’un ». Sa philosophie de la photographie, elle l’explique ainsi :

    « La photographie, c’est comme du jazz »

    « Pour moi, la photographie est d’abord une activité spirituelle. Après, c’est comme du jazz. Il y a une grande partie d’improvisation et de composition. Il faut faire avec quand quelqu’un apparait tout à coup dans le cadre, quand la personne bouge ou tourne sa tête, quand la lumière change à cause d’un nuage… Comment capturer la meilleure image au bon moment ? Tous ces éléments contribuent à obtenir la photo que je souhaite faire, pour avoir le sentiment de faire de l’art photographique. »

    En 2010, elle fait partie d’une grande exposition qui, depuis, a fait date : Photographies de femmes : une histoire de la photographie moderne, au Museum of Modern Arts de New York. Depuis, son travail est de plus en plus remarqué. En 2017, une exposition au Brooklyn Museum of Art, sur le combat des artistes noires, honore également son œuvre photographique : We Wanted A Revolution : Black Radical Women, 1965-85.

    À lire aussi : Les femmes photographes, toute une histoire

    Le regard sur les femmes, et en particulier sur les femmes noires, a-t-il changé ? « Les femmes aujourd’hui, surtout les jeunes femmes, sont des pionnières. Elles commencent quelque chose de nouveau. Je pense c’est une évolution naturelle. Le plus qu’on essaie à comprendre nous-même, notre entourage et les injustices… Mon arrière-arrière-grand-père était un esclave ! Mon grand-père avait encore le souvenir de devenir un homme libre… »

    Vue sur une photo de Ming Smith montrant Grace Jones en 1975, exposée à Paris Photo sur le stand de la galerie Jenkins Johnson. © Siegfried Forster / RFI

    ► Solo Show de Ming Smith à Paris Photo, au Grand Palais, du 7 au 10 novembre 2019

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