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    France

    «Être beau», la beauté et le handicap

    media Vue de l’exposition «Être beau» sur la beauté et le handicap, à l’occasion de la Journée mondiale des personnes handicapées, au Musée de l’Homme, à Paris. © Siegfried Forster / RFI

    Comment regarder la beauté ? Est-ce une question de culture, de continent ? « Être beau » nous révèle surtout notre handicap d’être souvent incapable de voir la beauté chez des personnes en situation de handicap. À l’occasion de la Journée mondiale des personnes handicapées, ce mardi 3 décembre, cette exposition de photographies ouvre nos cœurs et ses portes au Musée de l’Homme à Paris.

    De grandes images et de petits textes pour un résultat bluffant, présenté après trois ans de recherches et 18 rencontres jubilatoires réalisées par la photographe Astrid di Crollalanza et l’écrivaine Frédérique Deghelt. Une invitation de partager, par exemple, la joie de vivre des jumelles Pauline et Éva, approcher l’âme de Jérôme, se laisser surprendre par la splendeur de Violette… Et j’ai oublié de vous dire : ils sont trisomiques, grand brûlé avec une greffe de visage, personne de petite taille, etc., mais surtout merveilleux.

    Frédérique Deghelt a trouvé les mots justes pour présenter sur de petits cartels les protagonistes de cette exposition. Au vernissage, elle est venue avec son fils Jim, curieux de scruter le smartphone qui est en train de filmer sa mère, et porteur d’une maladie génétique. Lui aussi a été somptueusement pris en photo par Astrid di Crollalanza signant ces images pleines de créativité et de finesse pour nous faciliter l’accès à ce monde resté largement inconnu. Entretien.

    RFI : C’est quoi la beauté pour vous ?

    Frédérique Deghelt : Pour moi, la beauté est quelque chose d’intérieur qui jaillit à l’extérieur. C’est ce qui nous a frappées avec les êtres beaux que nous avons photographiés. Ils étaient dans l’impossibilité de cacher la beauté qu’ils ont et la façon dont ils la répandent n’a rien à voir avec l’égo. Ils n’ont pas conscience d’être beaux, parce qu’ils sont rejetés partout. Donc, c’est une beauté très naturelle.

    Sur les photos et dans les textes accompagnant les images, la beauté et les personnes en situation de handicap, cela fait une. C’est à l’unisson. Pourquoi, dans la société, c’est souvent séparé?

    C’est séparé, parce que nous, on les regarde d’une certaine façon. On les regarde comme n’étant pas dans la norme. Et ils finissent à se regarder comme nous les regardons. Au lieu de sentir leur singularité. Je discute beaucoup avec des personnes en situation de handicap, et je leur dis : il y a une ambiguïté. Oui, ils doivent vivre comme les autres. Oui, ils doivent avoir les mêmes droits, aller dans les mêmes endroits, travailler dans les mêmes entreprises, gagner les mêmes salaires, acquérir les mêmes compétences, l’enseignement… Mais, non, ils ne doivent pas être comme les autres. Ils ne sont pas comme les autres. Et ils doivent le revendiquer, parce que c’est ce qui fait leur singularité. Et le fait qu’ils ne soient pas comme les autres est aussi quelque chose qui est un cadeau pour nous, parce qu’ils ont accès à quelque chose que nous n’avons pas. Clairement.

    Vue de l’exposition «Être beau» sur la beauté et le handicap, à l’occasion de la Journée mondiale des personnes handicapées, au Musée de l’Homme, à Paris. © Siegfried Forster / RFI

    Ont-ils une autre vision ou une vision élargie de la beauté ?

    Oui et non. L’un d’entre eux m’a fait remarquer : « quand je vois un handicapé, je le juge. Je dis : c’est un handicapé. J’ai le même regard que les autres sur le handicap ». Mais, en réalité, ils ont quand même une autre façon de considérer l’Autre être au monde. Ils ont une autre façon être au monde. De relativiser les choses.

    Sur deux parmi les 26 photos exposées, on voit deux jeunes sœurs, des jumelles, trisomiques. Quelle beauté découvrons-nous sur cette image ?

    Leur père a dit : « oui, bien sûr, on les regarde dans la rue. Mes filles sont belles, jumelles et trisomiques, pourquoi on ne les regarderait pas ? » Et elles font le show. Elles se font remarquer. Elles sont dans une sorte de spectacle qui leur fait plaisir. Ce qui est peut-être gênant pour certains, mais tout dépend comment on les regarde. C’est toujours la question du regard qui revient tout le temps.

    Avec l’exposition, voulez-vous redéfinir la beauté ?

    Je n’essaie pas de redéfinir la beauté. La beauté est là. Quand vous êtes en face d’un coucher de soleil, vous êtes ce coucher de soleil. Cela fait partie de votre nature solaire intérieure. Et quand vous êtes face à des êtres beaux, ils vous rendent beau. Donc, moi, je ne redéfinis rien. Je me contente de regarder et de traduire avec des mots et Astrid di Crollalanta avec des images. C’est un cadeau qu’on reçoit avec gratitude.

    La relation entre beauté et être en situation de handicap, dépend-elle du pays, de la culture, du continent dans lesquels on vit ? Ici en France ou en Europe est-ce autre chose qu’être handicapé en Afrique, par exemple ?

    Probablement. De toute façon, il y a une grosse partie culturelle dans le handicap. [Certains pensent] que le handicap est porté par des gens qui recevaient quelque chose venant du diable. Il y a vaguement quand même des choses… [D’autres ont la conception qu’après la vie] il y a une deuxième ou troisième vie et quand on porte un handicap, c’est parce qu’on a fait des choses pas bien dans une vie précédente. Cette partie culturelle est pesante et fait qu’on doit aussi, à des moments de l’histoire, cacher le handicap, ou pas.

    Vue de l’exposition «Être beau» sur la beauté et le handicap, à l’occasion de la Journée mondiale des personnes handicapées, au Musée de l’Homme, à Paris. © Siegfried Forster / RFI

    Les canons de beauté ont toujours changé, selon les cultures et les époques. Quand on pense, par exemple, aux femmes africaines dotées de spirales autour du cou, autrefois exposées dans des « zoos humains », ou au fétichisme des petits pieds pratiqués en Chine, mais aussi aux tatouages, longtemps considéré en Europe comme signes extérieurs de marginaux, aujourd’hui élevé au rang d’un art à part entière. Le handicap, pourrait-il un jour faire partie de la beauté pour la majorité de notre société ?

    Je ne sais pas. Je donne toujours l’exemple de Star Wars où ils sont tous avec des tronches pas possibles, mais cela ne choque personne, parce qu’ils viennent d’une autre planète. Cela serait magnifique si l’on pouvait être dans cette vision-là de l’Autre. C’est-à-dire que l’Autre peut avoir une forme de corps différent. C’est également intéressant de regarder comment « l’homme augmenté » va changer notre perception du corps. Par exemple, vous avez un mannequin, qui a 27 pairs de jambes [amputée sous les genoux à l’âge de 1 an, l’Américaine Aimee Mullins est devenue athlète, mannequin, actrice et revendique d'être une « femme augmentée », ndlr] et fait tantôt 1,82 m, tantôt 1,70 m. Elle court avec certaines jambes, elle sort avec de jambes transparentes, avec de jambes sculptées… Du coup, tout est envisageable.

    ► Être beau, exposition avec des photographies d’Astrid di Crollalanza et des textes de Frédérique Deghelt au Musée de l’Homme, à Paris, du 4 décembre 2019 au 29 juin 2020.

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