par Elisabeth Bouvet
Article publié le 20/12/2007 Dernière mise à jour le 21/12/2007 à 08:30 TU
Christian Bourgois est décédé ce jeudi 20 décembre, à Paris, des suites d'un cancer. L’éditeur français était âgé de 74 ans. Le nom de Bourgois restera associé à la littérature américaine mais aussi, plus généralement, à des dizaines d'auteurs étrangers que cet homme longiligne et élégant a contribués à faire découvrir en France. Incontournable référence, encore aujourd‘hui, la collection baptisée « Domaine Etranger » dans laquelle furent édités, entre autres, Allen Ginsberg, William Burroughs, Jim Harrison ou Fernando Pessoa.
Rien, pourtant, ne prédestinait Christian Bourgois à devenir éditeur. « Je n’avais pas la vocation à devenir un éditeur », reconnaitra-t-il, d’ailleurs, fin 2005, lors d’une exposition que la Bibliothèque publique du Centre Pompidou a consacrée aux éditions Christian Bourgois, en prévision de leur quarantième anniversaire. Jeune, et sur les insistantes recommandations de son père, il intègre Sciences-Po où il côtoie Jacques Chirac. Il entre ensuite à l’ENA, l’Ecole nationale de l’administration dont il va claquer la porte au bout d’un an, pour cause, sinon d'incompatibilité, du moins d'ennui. Du jamais vu dans l’histoire de la prestigieuse institution. C’est à ce moment-là, en 1959, que Christian Bourgois, renonçant à une carrière de haut-fonctionnaire de l’Etat, effectue ses premiers pas dans l’édition au côté notamment de René Julliard. A la mort de son mentor, il reprend la maison d’édition en main et devient l’un des éditeurs les plus en vue.
En 1966, à la suite de démêlées avec les Presses de la cité, Christian Bourgois crée sa propre maison d’édition. Les éditions Christian Bourgois vont alors rapidement bâtir, asseoir leur réputation sur le domaine étranger.C’est toute une génération de jeunes lecteurs français qui, dans les années 70, aura accès à des auteurs que Christian Bourgois, qui n'est pourtant absolument pas polyglotte, non sans sourire , d’« impubliables », autrement dit des auteurs dont personne, à l’époque, ne voulait. « J’ai toujours refusé la ligne de la plus grande pente », ajoutait-il pour expliquer ces choix et notamment celui de William Burroughs dont la critique répétait à l'envi qu’il était illisible. « Je ne suis pas un éditeur d’avant-garde ni un éditeur militant. Mais mon action a consisté à faire entendre des voix qu’on n’attendait pas forcément et à ouvrir des voies qui pouvaient sembler mener à des impasses ». C’est ainsi que les éditions Christian Bourgois ont abrité tous les écrivains de la Beat Generation. Sous ses couvertures se côtoieront également Susan Sontag, le prix Nobel de littérature Toni Morrison, Jim Harrison, Gabriel Garcia Marquez, Alexander Soljenitsyn ou encore Salman Rushdie. « C’est vrai que les auteurs d’ailleurs me sont souvent beaucoup plus proches que la plupart de ceux d’expression, de langue française », avouait-il, il y a deux ans, avant de conclure que son action aura finalement consisté à « mettre des livres sur la table ». Pour évidente qu’elle soit, cette mission, Christian Bourgois l’aura incontestablement menée à bien, laissant derrière lui, en quarante sept ans de métier, un catalogue riche d’environ 4 000 titres dont près de la moitié sous son propre label.
20/12/2007 par Elisabeth Bouvet
20/12/2007 par Elisabeth Bouvet