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Cinéma

Le cinéma nord-coréen : un inconnu en Corée du Sud

par Thomas Ollivier

Article publié le 26/12/2007 Dernière mise à jour le 01/01/2008 à 10:58 TU

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Pour les amateurs de films de propagande, sortie en France ce 26 décembre du premier film nord-coréen jamais montré dans l'hexagone. Le journal d'une jeune nord-coréenne, c'est son titre. A la réalisation, Jang In-hak. Un cinéaste évidemment inconnu sous nos latitudes. Et même en Corée du Sud. Car même si ce film a été présenté lors d'un festival sud-coréen, on ne peut pas dire que le cinéma nord-coréen soit très populaire chez les voisins. Rien d’étonnant à cela : la loi sur la sécurité nationale reste en vigueur. Cette loi, héritage des années de plomb de la dictature militaire, férocement anti-communiste, condamne tout contact avec la Corée du Nord. Aujourd’hui, et malgré les demandes de nombreuses organisations de défense des droits de l’Homme, elle n’a toujours pas été amendée. Autant dire que le 7e art nord-coréen n'y fait guère recette.

Depuis juin 2000 et la visite dans la capitale nord-coréenne, Pyongyang, du président sud-coréen de l’époque, Kim Dae-jung, les relations entre les deux Corées se sont considérablement réchauffées. Et les visites des uns chez les autres, qui tombent pourtant théoriquement sous le coup de la loi, se sont multipliées. Pour autant, le cinéma nord-coréen n’est pas nécessairement le bienvenu en Corée du Sud. Bien sûr, depuis l’an 2000, précisément, il y a eu de timides tentatives pour le faire connaître aux sud-Coréens. Ainsi, en 2003, le festival international de films de Busan (le PIFF, qu’on ne manque jamais de qualifier ici de « Cannes de l’Asie »), a-t-il organisé une rétrospective de films nord-coréens. Mais deux des sept films présentés au public ont été réservés aux visiteurs « professionnels » : journalistes, producteurs etc. Le grand public n’a pas eu le droit de les visionner : trop de propagande, ont estimé les autorités sud-coréennes. Un autre festival, celui de Jeonju, a projeté trois films nord-coréens en 2005. Mais à ces deux occasions, le public sud-coréen ne s’est pas vraiment rué pour voir ces raretés.

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Et puis il reste difficile de trouver des œuvres nord-coréennes qui ne fasse pas ouvertement de la propagande : « Même dans les film nord-coréens les plus légers, vous verrez toujours au moins un passage qui remercie, vante ou félicite le 'Grand leader' Kim Il-sung ou son fils, le 'Cher leader' Kim Jong-il » explique Kim Hyeon-jong. Elle est une des rares étrangères d’origine coréenne à s’être rendue au Festival international de films de Pyongyang, une biennale âgée de 20 ans.

 Mlle Kim est Allemande, née de parents Coréens. Elle travaille au Goethe Institute de Séoul. Une sorte d’Alliance française qui, dans de nombreux pays, diffuse la langue et la culture allemande. Or, depuis 2004, le Goethe Institute a ouvert un centre d’information à Pyongyang. Responsable des programmes culturels, Kim Hyeon-jong se rend en moyenne deux fois par an à Pyongyang. En 2004 et 2006, elle a eu le privilège de participer au Festival international de films. 

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« J’ignore comment ils choisissent leurs films. Sur place, j’ai rencontré des réalisateurs, tout étonnés d’avoir été invités. Nous avons cherché à savoir comment ils avaient été choisis, mais sans succès. Par contre, je sais que des nord-Coréens sont déjà venus au Festival de Berlin, et qu’ils y reviendront l’année prochaine, pour y sélectionner des films. »

Le Festival de Pyongyang est réellement international, même si les nationalités représentées sont surtout celles des pays amis. Pourtant, en 2006, on a pu voir Mr Bean, et même, pour la première fois, quelques visiteurs et films français (dont Caché, de Michael Haneke), même si le nombre d’invités occidentaux reste très faible. Bien sûr, aucun film sud-coréen ou américain, les ennemis traditionnels, n’est programmé. Les films nationaux sont évidemment à l’honneur. En 2006, Mlle Kim a ainsi pu voir le Journal d’une jeune nord-coréenne. « Oui, ce film est intéressant. Je ne dirai pas que c’est le meilleur que j’ai vu cette année-là, mais je garde un bon souvenir de l’histoire de cette jeune fille qui en veut à son père parce qu’il travaille trop et qu’il est trop souvent absent de la maison. Bien sûr, l’intrigue est orientée vers la découverte de l’égoïsme de l’héroïne, qui se rend compte que son père ne travaille en fait si dur que pour le bien de la patrie. »

Dans l’ensemble, les films nord-coréens parlent surtout d’histoires de la vie quotidienne, mais aussi de guerre, d’espionnage et de contre-espionnage (les deux catégories existent). Et beaucoup sont des films d’animation. La Corée du Nord est réputée, sur le plan international, pour la qualité (et les prix défiant toute concurrence) de ses professionnels de l’animation. Le Roi lion ou Pocahontas, de Disney, auraient ainsi été en partie sous-traités à Pyongyang (car la loi américaine sur le Commerce avec l’ennemi interdit aux entreprises américaines de travailler directement avec la Corée du Nord). 

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Mlle Kim a été émue par la gentillesse et les efforts déployés par les habitants de Pyongyang pour faire bonne figure face aux visiteurs. Et c’est avec un sourire amusé qu’elle décrit les cinémas de la capitale nord-coréenne : « Pendant le festival, on peut voir des films dans plusieurs endroits de la ville. Même il n’y a très peu de programmes imprimés, et qu’ils sont réservés aux visiteurs et aux hôtes de marque. Sur place, les gens vous demanderont votre programme pour savoir quel film se joue, et où. Et attention à ne pas le perdre, il n’y en aura pas d’autre ! » Mais l’endroit le plus impressionnant reste le Palais du festival. « Il y a plusieurs salles et la plus grande peut accueillir 2 000 spectateurs. Il faut toujours beaucoup marcher et c’est si grand qu’on s’y perd ». Là-bas, c’est l’architecture stalinienne, massive et pompeuse qui règne. Au détriment du confort des spectateurs, qui reste souvent spartiate.