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Littérature

Milena Agus nous écrit de Sardaigne

par Elisabeth Bouvet

Article publié le 03/03/2008 Dernière mise à jour le 03/03/2008 à 16:16 TU

130 000 exemplaires vendus pour Mal de pierres…Le premier roman de Milena Agus traduit en français avait crée la surprise l’an passé, lors de sa parution. Critiques, lecteurs, libraires, tous de s’enthousiasmer pour ce court livre à l’écriture si singulière, et surtout à l’univers hors normes. Un univers à l’image de l’auteure, décalée, discrète, farouche et qui pour rien au monde n’abandonnerait son île, la Sardaigne, théâtre irremplaçable, inégalable de ses écrits. Battement d’ailes, le nouveau récit de Milena Agus ne déroge pas à la règle : même paysages, même personnages originaux et même poésie.

Milena AgusDR

Milena Agus
DR

« Notre position est 39°9’ au nord de l’Equateur et 9°34’ à l’est du méridien de Greenwich. Ici, le ciel est transparent, la mer couleur saphir et lapis-lazulis, les falaises de granit or et argent, la végétation riche d’odeurs ». Ainsi commence Battement d’ailes, au sud de la Sardaigne, là-même où vit, depuis l’âge de dix ans, Milena Agus. Pour son troisième roman, son deuxième traduit en français, celle-ci a une fois encore choisi comme décor, son île, « sa source d’inspiration, son équilibre », complète Anne Guerand des éditions Liana Levi. Ce nouveau récit, raconté par une jeune adolescente de quatorze ans, a pour héroïne « Madame ». Elle tient une petite maison d’hôtes, pilote une vieille guimbarde toute cabossée, a des amants de passage, et surtout s’est mise en tête de résister aux promoteurs immobiliers qui rodent autour de sa parcelle de terre située face à la mer. Dans son sillage, ou plutôt dans son voisinage, une cohorte de personnages tous plus ou moins extravagants à l'instar du grand-père, du trompettiste ou encore du blessé. Comme le personnage principal de Mal de pierres qui passait sinon pour folle, du moins pour « différente », Madame jouit d’une réputation d’illuminée qui explique qu’à l’âge d’être grand-mère, elle rêve encore du grand amour.   

Si, à en croire son éditrice, Milena Agus ne se considère pas comme un écrivain (mais plutôt « comme quelqu’un qui écrit »), elle noircit les pages depuis qu’elle est enfant. Des poèmes d’abord, puis à l’adolescence des nouvelles et maintenant des romans, « c’est vital pour elle d’écrire. Elle n’a pas de rituel particulier, simplement un besoin qui explique, par exemple, qu’elle ne sera pas à Paris pour le salon du livre ». Sans compter qu’elle n’aime guère les interviews au point de les fuir. Le succès, assure Anne Guerand, « n’a rien changé à sa vie. Elle reste enseignante, elle n’a pas quitté sa maison de guingois, sa montre date toujours de 1939 et sa voiture est toujours brinquebalante ». Pas du tout le prototype de l’auteur germanopratin, Milena Agus cultive comme ses personnages, le même goût pour la simplicité, l’authenticité. « C’est quelqu’un qui ne connait pas le mal. Ce qui ne fait pas d’elle, quelqu’un de naïf mais elle défend un certain idéal dans les rapports aux autres et à la nature. Elle est portée par une forme de résistance vis-à-vis du matérialisme ambiant ». Et c’est probablement cette description d’un monde « à part », où chacun ensemble cherche, loin des stéréotypes et des a priori, à trouver une forme de bonheur, qui accroche les lecteurs. « Rien en effet dans l’univers ni même dans l’attitude de Milena Agus n’est formaté », confirme Anne Guerand. 

Milena Agus(Photo : Daniela Zedda)

Milena Agus
(Photo : Daniela Zedda)

Tellement sauvage, tellement atypique que même son histoire tient du conte de fées. Quand Mal de pierres est publié à l’automne 2006, en Italie, aux éditions Nottetempo dirigée par Ginevra Bompiani, « il s’écoule à environ 2 500 exemplaires, et surtout, il ne bénéficie d’aucune presse. En d’autres termes, il passe inaperçu. C’est à la faveur de sa parution, en janvier 2007,  en France où très vite Mal de pierres suscite un vrai phénomène médiatique, que le livre est relancé en Italie avec le même succès qu’en France, 120 000 exemplaires ont à ce jour été vendus dans la péninsule ». Succès franco-italien et bientôt international puisque le roman est déjà traduit dans une douzaine de langues. Et ce n’est pas fini, ajoute Anne Guerand, « un film sera prochainement adapté. L’actrice et réalisatrice française Nicole Garcia a acquis les droits du roman ». Une suite qui ne pouvait, décidément, que s’écrire au féminin.

Battement d'ailes de Milena Agus aux éditions Liana Levi.