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Photographie

Les faux-semblants de Valérie Belin

par Elisabeth Bouvet

Article publié le 11/04/2008 Dernière mise à jour le 11/04/2008 à 16:04 TU

"Sans titre", 2001.© Valérie Belin.

"Sans titre", 2001.
© Valérie Belin.

Il y a quelque chose de dérangeant voire de flippant à déambuler au milieu des portraits de Valérie Belin, une galerie où la frontière qui sépare les notions de « beauté » et de « monstruosité » semble tout à coup terriblement friable. Pour sa première grande rétrospective qui couvre dix ans de son travail de 1996 à 2006, la photographe française a pris possession du deuxième étage de la MEP, la Maison européenne de la photographie. Aux murs, ses modèles, humains ou objets, qu’elle décline sous la forme de séries de 4 ou 5 images, pas plus, et selon un format à chaque fois plutôt impressionnant. Pas de contexte, pas davantage de décor, le fond est neutre, et le noir et blanc de rigueur si l’on excepte la série consacrée à des jeunes femmes métis rencontrées dans le métro. « Ce sont des typologies », explique Valérie Belin : « On reste dans le générique, si je prends par exemple la série sur les transsexuels, ma manière de les photographier gomme volontairement toute dimension psychologique, toute histoire personnelle ». D’où l’absence de toute légende autre que l’intitulé de la série. L’intérêt réside dans la surface même si le questionnement sur l’identité est bien au cœur du travail de l’artiste.     

"Sans titre", 2006.© Valérie Belin.

"Sans titre", 2006.
© Valérie Belin.

En alternance, vivants et natures mortes qui se répondent sans cesse. A cette nuance près que, chez Valérie Belin, les choses - moteurs, mannequins de cire, masques et autres robes - paraissent davantage animées que les êtres, pourtant de chair et de sang. « Paradoxalement, reprend-t-elle, quand je photographie des objets, c’est comme s’ils prenaient vie comme c’est le cas pour la série consacrée aux miroirs de Venise ou aux carcasses de voitures alors que les personnes sont comme pétrifiées ». Tant et si bien que le visiteur se retrouve confondu devant la série dédiée aux mannequins de cire qui, grimés sous leurs perruques, paraissent plus expressifs que les vrais mannequins, aux visages, aux expressions d’une telle similitude qu’on les croirait pour le coup, « de marbre » autrement dit sans vie.

"Sans titre", 2000.© Valérie Belin.

"Sans titre", 2000.
© Valérie Belin.

Le choix de ses modèles contribue bien évidemment à renforcer cette ambivalence, ce malaise. Qu’il s’agisse des corps sous tension des bodybuilders, du sosie « chirurgical » de Mickael Jackson, des jeunes mariées marocaines comme « englouties » sous le poids et l’opulence de leurs costumes d’apparat, ou encore, de ces jeunes métis dont Valérie Belin a tiré le portrait, une fois n’est pas coutume, en couleurs éclatantes. Ce qui du reste ne change rien à l’impression que l’on ressent devant elles. Elles sont 5 d’une beauté remarquable, et pourtant, le visiteur a du mal à les départager, pour au moins 4 d’entre elles qui, à force de travailler leur apparence, « de se façonner de la tête au pied, conclue Valérie Belin, apparaissent totalement artificielles, standardisées ». De vraies poupées Barbie. Et d’interroger : « Cette déshumanisation ne la ressent-on pas chaque jour ? ». Quand la réalité devient irréelle… Il y a effectivement quelque chose de glaçant à croiser le regard comme vitreux, sans âme de ces modèles dont Valérie Belin se sent proche : « L’origine de ce travail est à chercher du côté de l’autobiographie. Tous mes sujets ont un rapport avec mon vécu ». Et avec les corps et les apparences que la photographe, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, ne retouche pas. Tout est affaire de lumière.

Aux modèles figés vont bientôt succéder des personnes en mouvement, en action. 5 nouvelles séries sont en gestation qui, bien que différentes des précédentes, n’en continuent pas moins, précise Valérie Belin, de fouiller, triturer « la notion de fragilité ».