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Sélection officielle

" L'échange" : Eastwood, comme de juste

par Elisabeth Bouvet

Article publié le 20/05/2008 Dernière mise à jour le 27/05/2008 à 06:38 TU

Angelina Jolie© Universal Pictures

Angelina Jolie
© Universal Pictures

Nouveau portrait de femme. Il est signé Clint Eastwood qui, pour sa 5e participation cannoise, présente L’Echange, l’histoire d’une femme dont le petit garçon a été kidnappé. Un récit inspiré d’un fait divers qui avait défrayé la chronique dans le Los Angeles des années 20. Pour camper cette mère en butte à la police corrompue et aux institutions, le réalisateur américain, 78 ans dans quelques jours, a confié le rôle à Angelina Jolie. Cinq ans après Mystic River, reparti bredouille, Clint Eastwood reprend certains de ses thèmes favoris, à commencer par l’enfance maltraitée et la corruption. D’une sombre beauté.

Dès 8 heures, ce mardi matin, le théâtre Lumière, qui chaque jour accueille la première projection de presse de la journée, était quasi plein, une demi-heure avant le début de la séance. Une première depuis l’ouverture du festival. Pas de doute, après Sean Penn et Indiana Jones, Clint Eastwood est bien le 3e homme de cette 61e édition. Et de fait, la montée des marches lors de la projection officielle était un festival à elle seule, un festival de célébrités. Ambiance hollywoodienne pour l'un des films les moins cannois de la sélection. A la fois abouti et sans surprise. 

L’Echange, le nouveau film du réalisateur américain, est tirée d‘un fait divers, la disparition dans la Californie des années 20, d’un petit garçon de neuf ans. Cinq mois plus tard, la police annonce avoir retrouvé l’enfant et, forte de ce succès, donne à cet épilogue une publicité qui se retournera bientôt contre elle. Car la mère du petit Walter ne reconnaît pas son fiston dans l’enfant que le LAPD, la police de Los Angeles, lui remet. S’engage dès lors un bras de fer entre cette mère célibataire qui veut que les recherches reprennent pour retrouver son vrai fils et la police qui n’entend pas se faire bousculer, et surtout pas par une femme.

Nous sommes vingt ans avant l’affaire du « Dalhia noir », mais déjà Los Angeles porte bien mal son nom. Au sein de la police, ce n’est que corruption et abus de pouvoir, et devant l’obstination de Mrs Collins, le LAPD n’hésite pas à l’interner sans autre forme de procès, la faisant passer pour folle avec la bénédiction des autorités médicales. Seul, un pasteur particulièrement charismatique va la soutenir dans cette « mission » en faveur de la justice. Dans le même temps, à une vingtaine de kilomètres de L.A, est découvert, dans une ferme, un charnier où reposent les cadavres d’une vingtaine de petits garçons.

A travers ce fait divers et ce portrait de femme, Clint Eastwood reprend quelques-uns des motifs qui irriguent son cinéma : l’enfance maltraitée, le sexisme, la corruption, l’injustice et même la peine de mort. La longue scène de l’exécution du sérial killer, par pendaison, est aussi terrifiante que celle filmée par Richard Brooks, en 1967, dans De sang-froid. Le blanc des murs du hangar où a lieu la « mise à mort » ne saurait suffire à restituer l’innocence perdue ni à consoler les familles. Comme toujours chez Clint Eastwood, la mise en scène est d’un classicisme assumé, pour ne pas dire revendiqué. Linéaire dans sa construction, le film est d’un équilibre et d'une sobriété assez époustouflants quant aux thèmes abordés, aux personnages qui traversent cette fresque et à la manière de dépeindre le Los Angeles de la Prohibition. Même Angelina Jolie, pas toujours convaincante, est à son meilleur dans ce rôle de mère courage qui refuse d’abdiquer. 

« Ne commence pas une bagarre, finis-la », quels que soient les obstacles. Cette phrase prononcée par deux fois par l’héroïne pourrait être la devise de L’Echange et, plus généralement, le « message » de l’un des septuagénaires les plus prolifiques d’Hollywood, les plus inclassables aussi. Etonnante carrière décidément que celle de Clint Estwood quand on songe que ce jeudi soir, le Cinéma de la plage présentera Dirty Harry, du nom de l’inspecteur sacrément machiste et peu recommandable qui a lancé sa carrière dans les années 70.

© Universal Pictures

© Universal Pictures