par Elisabeth Bouvet
Article publié le 01/08/2008 Dernière mise à jour le 04/08/2008 à 14:19 TU
De vertes collines à perte de vue. Maïs et troupeaux de vaches se partagent les champs en pente douce. C’est là, dans ce décor 100% champêtre, que se tient chaque année l’un des plus importants festivals au monde : le Jazz in Marciac, du nom de cette petite bourgade du Gers, forte de 1 000 âmes qui, le temps d’une quinzaine, accueille, le mois d’août venu, les plus grands noms de la scène jazzy. Pour cette 31e édition (1er -17 août), l’affiche n’a rien à envier à celle, particulièrement relevée, que les organisateurs avaient concoctée, l’an passé, pour le 30e anniversaire du festival. De Caetono Veloso à Herbie Hancock, de Paolo Fresu à Diana Krall, des frères Belmondo à Dee Dee Bridgwater, d’Omar Sosa à Chucho Valdès, de Bill Evans à Brad Mehldau… Le choix, cette année, a encore dû laisser pas mal de mélomanes écartelés. Jean-Louis Guilhaumon est à la tête du Jazz in Marciac depuis sa création en 1988. A bientôt 60 ans, celui qui cèdera bientôt son poste de principal du collège, n’a rien perdu de cet enthousiasme qui, trente ans plus tôt, lui a permis de se lancer dans cette aventure avec une poignée de bénévoles. Aujourd’hui encore, Jean-Louis Guilhaumon, par ailleurs maire de Marciac, ne se sent pas du tout menacé par une quelconque forme de ronronnement…
« Ne jamais céder à une forme de monotonie! »
Marciac, ce n’est donc pas que son foie gras et son armagnac, c’est aussi un état d’esprit qui a même réussi à attirer les plus réfractaires des musiciens à ce type de festivités sous chapiteau avec ce que cela peut, à première vue, supposer de folklorique voire d’anecdotique. Ainsi du Français Michel Portal ou de l’Américain Keith Jarrett qui, après avoir beaucoup résisté, ont fini par céder aux sirènes gersoises. Et par y revenir, à Marciac. « L’essayer, c’est l’adopter », ce slogan publicitaire pourrait être la devise de cette bastide du sud-ouest qui ne se contente pas d’être un décor. Jazz in Marciac est un vrai festival, insiste Jean-Louis Guilhaumon, avec sa scène principale près du cimetière, son festival bis sur la place de l’Hôtel de ville et son Off, ici ou là, et à vrai dire, un peu partout…
« Nous sommes un des rares festivals qui accordent autant d'importance à son festival bis avec une programmation gratuite, diverse et variée. »
Cet « esprit Jazz in Marciac » a su conquérir, au fil des années, des milliers d’adeptes voire d’aficionados. En moyenne, Marciac reçoit quelque 50 000 spectateurs le temps de son festival. Le chapiteau, implanté sur le terrain de rugby et qui abrite la scène principale, pouvant accueillir environ 6 000 auditeurs. Parmi les figures incontournables de Jazz in Marciac, Wynton Marsalis qui revient chaque année, en concert et pour animer les Master Class. Le trompettiste américain a même sa statue dans le village, il faut dire qu’il a écrit un morceau spécialement dédié à la commune gersoise, Marciac Suite. Mais même si la première quinzaine d’août constitue le point culminant de l’année musicale à Marciac, le cœur de la bourgade ne s’arrête pas de battre à la fin du festival. Tout le sens du pôle culturel développé parallèlement sur tout le territoire…
« Le pôle culturel, c'est la pérennisation de l'ensemble de nos initiatives sans être le subsitut du festival. »
Si le pôle culturel s’apparente à une forme d’aboutissement, l’éclosion de talents made in Marciac constitue sans nul doute un sujet de fierté pour tous ceux qui, depuis trente ans, s’échinent à faire vivre le festival. Parmi ces « pousses » gersoises, Emile Parisien. Passé par l’école de jazz de Marciac, le jeune saxophoniste se produit désormais dans le cadre du festival bis, en attendant, qui sait, de monter sur la grande scène du chapiteau.