par Elisabeth Bouvet
Article publié le 18/08/2008 Dernière mise à jour le 05/09/2008 à 08:54 TU
Des milliers de jambes de jeunes filles vêtues de blanc, la peur au ventre visiblement de franchir le pont sur lequel elles se sont engagées… Une représentation, nous indique la légende, de la crainte du machisme que l’on doit à Cui Xiuwen, l’une des rares femmes présentes (elles sont deux) pour l’exposition China Gold qui se tient actuellement et jusqu’au 13 octobre au musée Maillol à Paris. Les 35 artistes exposés à cette occasion ont tous aujourd’hui pignon sur rue même si, comme l’indiquent les cartels qui jouxtent chacune de leurs œuvres, ils furent un jour non pas tant dans la dissidence (encore qu’un certain nombre d’entre eux aient dû quitter la Chine au moment des événements de 1989 avant d’y revenir) que dans une indigente marginalité à l’instar des pionniers de l’avant-garde chinoise regroupés dans ce qu’il était convenu d’appeler, à Pékin, l’East village.

« Lueur d'espérance », Wang Qingsong, 2007.
© Collection particulière, courtesy Galerie Thaddaeus Ropac, Paris et Salzbourg.
Les aînés sont nés dans les années 50 tandis que le benjamin de l’exposition, Li Qing, a 27 ans. Tous ne sont pas de Pékin mais tous, en revanche, se présentent comme des poli-artistes. Photographie, peinture, sculpture, vidéo, performance… Ils s’expriment sur tous types de supports, souvent avec ironie voire irrévérence si l’on se fie aux normes passablement coercitives qui semblent subsister dans l’empire du milieu. Témoin, dans la cour du musée Maillol, Idol nom donné à la sculpture de Wang Keping réalisée en 1978 soit 3 ans après le décès du Grand Timonier, une œuvre (qui a l'allure d'une toupie) à l’effigie de Mao, mais un Mao représenté comme un bouddha, informe et gris. Il ferait presque rire ! Si Wang Keping se tient à l’écart, à l’extérieur même, c’est sans doute parce qu’il est le seul artiste invité par le musée qui ne réside pas en Chine, mais en France. Il n’en reste pas moins une figure tutélaire.
On ne l’aurait peut-être pas imaginé de prime abord mais le sourire n’est pas absent de ce tour d’horizon de la création contemporaine. A l’instar de cette vidéo montrant, en gros plan un charmant bambin de 5 ou 6 ans prononçant un discours d’accueil à l’occasion de la tenue d’un forum sur la globalisation : l’habituelle rhétorique sur la grandeur de la civilisation chinoise devient subitement incompréhensible et, du même coup, très drôle. Même intention sans doute aussi avec ce Héros national imaginé par Sheng Qi et qui représente une sorte de cosmonaute doré (couleur longtemps tabou car réservée à l’empereur), le sourire barrant le bas de son visage et le bras droit levé, en signe sinon de victoire du moins de contentement. Un détail retient toutefois notre attention : l’absence sur cette main levée de l’auriculaire, ce même petit doigt que l’artiste lui-même s’était coupé en quittant la Chine, suite aux protestations étudiantes de 1989 de la place Tienanmen.
L’or, c’est aussi bien sûr, le libéralisme qui a déferlé sur ce pays d’un milliard et demi d’habitants avec ce que cela suppose de transformations, de mutations tant du point de vue de l’urbanisme que de la manière de consommer. Parodique, critique ou satirique, le travail photographique de Cang Xin, de Jiang Zhi, de Miao Xiaochun ou encore de Wang Qingsong est souvent intéressant voire passionnant. Mais à l’évidence plus universel, moins vindicatif que le travail des aînés dont les racines plongent dans cette historique résistance à la politique de contrôle particulièrement coercitive qui a sévi dans le pays au moins jusque dans les années 80.
kézako