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Musée

Le premier musée archéologique de Gaza ouvre ses portes

par Karim Lebhour

Article publié le 15/08/2008 Dernière mise à jour le 15/08/2008 à 13:22 TU

Un musée à Gaza. C’était le rêve de Jawdat Khoudary, un entrepreneur en bâtiment qui a décidé de construire lui-même un musée pour exposer la collection d’objets qu’il accumule depuis vingt ans. Des pièces qui témoignent du riche passé de ce territoire qui a longtemps été un passage stratégique entre l’Asie et l’Afrique et une porte vers la méditerranée. 

Al Mathaf, le musée de Gaza construit par un entrepreneur en travaux publics.(Photo : Karim Lebhour/ RFI)

Al Mathaf, le musée de Gaza construit par un entrepreneur en travaux publics.
(Photo : Karim Lebhour/ RFI)

Ce pourrait n’être que le caprice d’un homme d’affaires bien né, collectionneur de beaux objets, comme un pied de nez à la misère qui l’entoure. Pour Jawdat Koudary, le musée qu’il a fait construire sur le front de mer de Gaza en bordure du camp de réfugiés de Shati, se veut essentiellement le témoin du prestigieux passé de cette bande de terre meurtrie par les vicissitudes du conflit israélo-palestinien. « Je veux montrer un autre visage de Gaza. Depuis cinq mille ans différentes civilisations se sont succédées ici. C’est important que les gens de Gaza se rendent compte que la misère, l’ignorance et le terrorisme ne sont qu’un passage temporaire de notre histoire », explique cet entrepreneur en bâtiment de 48 ans.

Son regard survole la centaine de pièces exposées dans la petite galerie de son musée : des vaisselles de l’âge de bronze, des amphores chypriotes, des statuettes perses, jusqu’à une boîte métallique où figure le portrait du président égyptien Gamal Abdel Nasser… Les vitrines révèlent la diversité des civilisations qui ont façonné la destinée de Gaza, à la fois zone tampon entre l’Asie et l’Égypte ancienne et débouché maritime de la péninsule arabique, aujourd’hui cadenassé par le blocus israélien, et cela depuis un an. « Nous étions une nation maritime et aujourd’hui nous n’avons même plus de port, mais ce siège n’est pas le premier », avance Jawdat Khoudary qui trouve dans l’histoire de Gaza de quoi se rassurer. « Alexandre le Grand, Les Perses, les Britanniques, ils ont tous voulu nous conquérir, mais nous sommes toujours là. Le siège israélien passera comme les autres ».

Pour cet archéologue autodidacte, tout commence par hasard, il y a une vingtaine d’années, dans les sables d’un chantier de Gaza. Jawdat Khoudari trouve une pièce de monnaie de verre, datant de l’époque islamique. L’homme se met alors en tête de sauver le plus d’objets possible avant qu’ils ne soient détruits par l’urbanisation galopante de ce territoire surpeuplé. Les ouvriers de Gaza prennent alors l’habitude de lui apporter les amphores ou les colonnes de marbre exhumées par les pelleteuses et que cet homme d’affaire prospère rachète à bon prix. « J’ai mis beaucoup de temps à convaincre les gens de l’importance des objets qu’ils trouvent. Pour eux, ce ne sont que des pierres. Parfois les pêcheurs ramènent dans leurs filets des objets extraordinaires. J’en donne un bon prix pour les inciter à ne pas les détruire».

En une vingtaine d’années, sa collection personnelle s’enrichit de plusieurs centaines d’objets couvrant une période de cinq mille ans. Dans un premier temps, Jawdat Khoudary les entrepose sans but précis dans sa maison de Gaza. Puis, avec l’aide de l’Ecole biblique de Jérusalem qui inaugure en 1995 la mission archéologique française de Gaza, il organise sa collection et commence à faire le tri entre les vieilleries sans grand intérêt et les raretés comme un casque de soldat hellénique du V° siècle avant J.C.

Une centaine de pièces couvrant une période de cinq mille ans sont exposés dans le musée de Gaza.(Photo : Karim Lebhour/ RFI)

Une centaine de pièces couvrant une période de cinq mille ans sont exposés dans le musée de Gaza.
(Photo : Karim Lebhour/ RFI)


En avril 2007, ses plus belles pièces sont au centre de l’exposition Gaza à la croisée des civilisations, au musée de Genève (Suisse), inaugurée en présence de Mahmoud Abbas. Le président palestinien promet à Jawdat Khoudary la construction d’un musée à Gaza pour exposer sa collection. Un décret présidentiel a même été signé en ce sens en 2005. Les affrontements entre le Hamas et le Fatah et l’embargo de la communauté internationale envers le mouvement islamiste qui contrôle la bande de Gaza, repoussent le projet aux calendes grecques. 

Lassé d’attendre, Jawdat Khoudary décide de prendre les choses en main en finançant lui-même la construction du musée. Dans Gaza sous embargo où les matières premières ne rentrent plus, les travaux relèvent du tour de force. L’entrepreneur récupère les pierres des maisons détruites dans le vieux quartier de Gaza. La chute du mur de Rafah en janvier 2008, lui permet de faire passer quelques chargements de ciment. Mais l’hôtel et le restaurant adjacents au musée devront encore attendre : « Nous avons besoin de verres, des fourchettes, d’assiettes, de cuillères… Rien de tout cela n’est disponible à Gaza. J’ai obtenu une autorisation, mais la cargaison est bloquée depuis plus deux mois dans le port d’Ashdod. Visiblement, les fourchettes et les cuillères sont une menace pour la sécurité d’Israël ».

« Al Mathaf », le musée de Gaza sera officiellement ouvert au public d’ici la fin du mois d’août. Une objet ne sera pas exposé : la première pièce de monnaie trouvée dans les sables. Jawdat Khoudary la conserve précieusement convaincu que c’est là l’origine de sa bonne fortune.