par Elisabeth Bouvet
Article publié le 13/07/2009 Dernière mise à jour le 15/07/2009 à 17:18 TU
Alors que le 6e volet des aventures d’Harry Potter (Harry Potter et le prince de sang-mêlé) déferle cette semaine dans les salles françaises, un film d’auteur tentera de se frayer une place au soleil, devancé par une belle réputation justement acquise lors du dernier Festival de Cannes où il a été présenté dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs. J’ai tué ma mère est le titre de ce premier film écrit, réalisé et produit par un jeune Canadien du Québec, Xavier Dolan, 20 ans. Trois prix sont venus couronner cette comédie détonante, éclipsant du même coup les autres films de la Quinzaine. Réussira-t-il pareillement à faire de l’ombre à l’apprenti sorcier ? Quoi qu’il en soit un pareil aveu méritait bien un arrêt sur image.
Impossible de le rater. Au terme de la Quinzaine, les films qui ont reçu une distinction même honorifique font l’objet d’une nouvelle projection. Or cette année, les trois prix dont le « Regard Jeunes 2009 » et le prix de la SACD sont allés au premier film d’un autodidacte de 20 ans (17 ans à l’écriture, 18 ans au tournage), Xavier Dolan, réalisateur de J’ai tué ma mère, récit brut de décoffrage d’un matricide fantasmé. Résultat, le vendredi 22 mai 2009, la mère fut tuée trois fois, lors de trois projections publiques où il ne restait pas un siège inoccupé.
Mère, je te hais
Il est vrai que si le film n’est pas à proprement parlé sanguinolent, il n’en reste pas moins sanglant. L’histoire est donc celle d’Hubert Minel (auquel Xavier Dolan, véritable homme-orchestre, prête ses traits) qui ne supporte pas sa mère avec laquelle il vit depuis le départ du père. Il la hait même. Tout en elle l’agace, l’ulcère, lui fait honte. Il ne voit que ses décolletés navrants, son absolu mauvais goût en matière de décoration ou, pire encore, les miettes de pain ou de gâteau qui se fixent aux commissures de ses lèvres quand elle mange. Mais au-delà de ces seules apparences, c’est à une critique en règle des manipulations dont sa mère use, entre culpabilisation et attentions sirupeuses, que le cinéaste se livre avec une rare violence.
Car même si l’accent québécois altère la bonne compréhension des « vacheries » que le jeune Hubert lance à sa génitrice avec une ardeur qui n’a d’égal que l’impudeur des propos, nul besoin d’avoir un diplôme en québécois pour prendre l’ampleur du ressentiment qui anime (c’est le mot) ses relations avec sa mère alors que dans le même temps l’adolescent cherche sa voie, comme tout ado de son âge, entre ostracisme (il est homosexuel), découvertes artistiques (grâce à sa complicité avec une professeure de français) et expériences plus ou moins illicites.
Catharsis inspirée
C’est ce bouillonnement d’ailleurs qui retient l’attention même si le rapport amour-haine entre le héros et sa mère obsède littéralement le personnage et, partant, occupe une place essentielle dans le film. Tout un chacun se reconnaîtra dans ces critiques à l’emporte pièces, crues et méprisantes qu’un père ou une mère nous ont un jour inspirées. Bien plus qu’une simple incompatibilité, le réalisateur évoque avec justesse ces rôles qui nous sont assignés de mère, de père, de fils ou de fille et qu’il n’est pas toujours aisé d’assumer.
Outre l’outrance des échanges - déjà notable en soi -, Xavier Dolan se distingue également par un sens du comique sûr et par le choix de plans pour le moins inattendus et inspirés, preuve que ce Québécois n’est pas qu’un jeune homme en colère mais bel et bien un cinéaste en herbe, plein d’inventivité et d’audace. Inspirée de sa propre vie, cette histoire qu’il a due produire faute de trouver un soutien financier fait souffler un vent de fraîcheur et une énergie qui emportent tout, y compris ces accès de prétention à mettre sur le compte de la jeunesse de l’auteur de J’ai tué ma mère, catharsis à la fois réussie et prometteuse.