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Littérature

Une rentrée sous le signe de la rigueur

par Elisabeth Bouvet

Article publié le 31/08/2009 Dernière mise à jour le 31/08/2009 à 08:52 TU

Des lettres et des chiffres. Qui dit rentrée littéraire dit aussi statistiques. En l’occurrence, le cru 2009 est à l’aune d’une conjoncture marquée par la crise avec une nouvelle baisse, pour la deuxième année consécutive, du nombre de publications entre la mi-août et la fin octobre. Avec à peine 660 romans, la rentrée s’annonce presque light. C’est en effet 2,5% de livres en moins qu’en 2008, une année déjà en (nette) baisse de 7% par rapport à la précédente. Résultat, les éditeurs ont misé sur les valeurs sûres. En d’autres termes, l’époque n’est plus aux scandales ni aux révélations, a priori. Même les tirages restent raisonnables voire modestes.

Assurancetourix aurait pu être le parrain de cette rentrée 2009 qui parait, à première vue, aussi étale qu’une mer d’huile. Pas de vagues, pas de remous : le temps est certes aux turbulences mais par grosse houle, c’est bien connu, on fait le dos rond en attendant l’accalmie voire l’embellie. Comme l’observe Christine Ferrand, la rédactrice en chef du mensuel Livre-Hebdo, avec seulement 659 romans (430 français et 229 étrangers) à paraître entre le 13 août et le 28 octobre, « on revient sur le score de 2002 ». Après avoir noté, et même dénoncé, la boursouflure des rentrées précédentes, on ne saurait critiquer cette nouvelle baisse sauf à regretter que les premiers romans (87 seulement), ainsi que l’on pouvait s’en douter, soient les plus exposés en cas de crise. De fait, les éditeurs ont privilégié les « classiques », ces écrivains déjà très suivis par la critique et le public et que l’une comme l’autre retrouveront qui avec impatience, qui avec plaisir qui avec bonheur.

Avant de feuilleter le bulletin littéraire tricolore, notons toutefois qu’une seule maison d’édition réussit à mettre sur le marché plus de titres que l’an passé : Gallimard avec 18 titres contre 16 en 2008. Toutes les autres au mieux marquent le pas (Stock, Lattès, Albin Michel, Flammarion, Actes Sud, Seuil, aux alentours de la dizaine), au pis enregistrent une baisse, de légère à conséquente, comme c’est le cas chez Fayard (11 titres contre 18 en 2008) et chez Grasset (12 contre 14).


Quant aux tirages, pas d’excès : seuls dix romans sont tirés à plus 50 000 exemplaires contre quinze il y a un an, au nombre desquels on reconnaitra l’inévitable Amélie Nothomb, de toutes les rentrées, et dont Le Voyage d’hiver (Albin Michel) sera d’emblée publié à 200 000 exemplaires. Qui dit mieux ? Seul l’Espagnol Carlos Ruiz Zafon (Le jeu de l’ange, Laffont) parvient à faire de l’ombre à la dame en noir. Derrière, on tombe déjà à 100 000 ; la 3e place revenant à Justine Levy qui nous livrera le 23 septembre le dernier volet de sa trilogie autobiographique intitulé Mauvaise Fille (Stock). Viennent ensuite l’hyper médiatique Frédéric Beigbeder (80 000 exemplaires d’Un roman français, Grasset), Eliette Abecassis (60 000 pour sa Sépharade, Albin Michel) et, surfant sur la vague plus qu’enviable des 50 000 exemplaires, Sylvie Germain (Hors champ, toujours chez Albin Michel) et Philip Roth dont la nouvelle livraison, Exit le fantôme (Gallimard), est attendue (comme le messie) pour la fin octobre.

(Source : Editions de Minuit)

(Source : Editions de Minuit)

En attendant, le lecteur devrait trouver matière à rassasier sa curiosité et apaiser ses attentes. Car si aucun auteur n’est propulsé sur le devant de la scène, éclipsant du même coup tous les autres (comme ce fut le cas avec Michel Houellebecq ou Jonathan Littell), ils sont à l’inverse un certain nombre cette année à pouvoir prétendre aux premières places. Voire se disputer les accessits. Chez Minuit, ils sont deux, et pas des moindres, à se partager l’affiche : Laurent Mauvignier avec Des Hommes, récit qui en passant par l’histoire d’un groupe d’amis dans un village français rejoint la grande histoire en l’occurrence, la Guerre d’Algérie, et Jean-Philippe Toussaint qui reprend langue avec Marie, son héroïne depuis 2002, pour un nouvel épisode intitulé La vérité sur Marie. Au Seuil, même choix haut de gamme avec, entre autres, Lydie Salvayre (BW, les initiales de son compagnon et fondateur de Verticale, Bernard Wallet, ndlr), Pascal Quignard (La barque silencieuse), Eric Holder (Bella Ciao) et Marc Augé (Quelqu’un cherche à vous retrouver).

(Source : Editions Fayard)

(Source : Editions Fayard)

Chez Fayard, c’est Patrick Besson qui tient le haut du pavé avec Mais le fleuve tuera l’homme blanc, un fort beau titre emprunté à une chanson congolaise. Et pour causes, les deux Congo et le Rwanda sont au cœur de ce roman d’espionnage et d’alcoolisme sur fond de « Françafrique », « tantôt SAS, tantôt Céline » selon la formule de Livre-Hebdo.

Les éditions POL misent sur Nicolas Fargues (Le roman de l’été) et Martin Winckler (Le chœur des femmes) tandis qu’Actes Sud se focalise sur l’Haïtien Lyonel Trouillot (Yanvalou pour Charlie) et Cécile Ladjali (Ordalie). Chez Gallimard, honneur aux femmes avec d’un côté, Anne Wiazemsky et son roman intimiste Mon enfant de Berlin et de l’autre, Marie N’Diaye et ses Trois femmes puissantes. Un doublé féminin auquel se joindra, entre autres, David Foenkinos (La délicatesse). De Gallimard au Mercure de France, il n’y a qu’un pas, et il nous mène à Philippe Delerm qui y publie Quelque chose en lui de Bartleby. Quant à Grasset, c’est là aussi une brochette d’auteurs confirmés qui sont aux premières loges. Outre la star maison F. Beigbeder, Dany Laferrière et Samuel Benchetrit (transfuge de chez Juillard) et Sorj Chalandon (La légende de nos pères) tenteront de se faire une place au soleil.

Chez Lattès, c’est Abdourahman A. Waberi qui s’expose tandis que François Bon pour le compte d’Albin Michel s’amuse dans L’incendie du Hilton avec les célébrités de Saint-Germain des Prés convoquant notamment les frères Rolin et le très vendeur Marc Levy dans un roman catastrophe et parodique. La tonalité également - la parodie - de L’élégance du maigrichon de Pascal Fioretto (Chiflet&Cie) qui pastiche les héros à succès. Suivez le hérisson…

De même qu’en termes de signatures, aucun écrivain ne se distingue forcément, pas davantage de thème plus fort qu’un autre. Entre l’histoire, le journal intime, le retour des personnages célèbres et un intérêt circulaire pour le microcosme germanopratin, le public pourra s’adonner à tous les genres. En regrettant la disparition des vitrines et autres tables des libraires des éditions de L’Aube (en pleine restructuration) et de Panama (qui n’a pas retrouvé de repreneur après son dépôt de bilan), mais en saluant l’arrivée d’Anabet qui se lance pour la première fois dans la course avec deux romans liés au monde de l’édition : Ma vie ratée d’Amélie Nothomb de François Huet et Un jour comme un autre de l’ancien éditeur Bertil Scali, ce qui s’appelle être dans le vif du sujet. Quant à savoir si le moins peut le mieux... Réponse dans quelques semaines.

Les romans étrangers

 

(Source : Vintage books)

(Source : Vintage books)

Nous l’évoquions plus haut. Avec ses 200 000 exemplaires, il sera difficile de manquer le Catalan Carlos Ruiz Zafon et son Jeu de l’ange (Laffont). Mais la tête d'affiche ibérique ne saurait, toutefois à lui seul, faire mentir les chiffres : si la rentrée 2009 est marquée par une hausse des romans étrangers avec 229 livres contre 210 en 2008, elle se place aussi sous le (fort) signe des Anglo-saxons avec rien moins que 121 titres. A commencer par l'Américain Philip Roth qui revient avec son double littéraire Nathan Zuckerman (Exit le fantôme, Gallimard). a suivre encore Charles Bock (Les enfants de Las Vegas, L'Olivier), Richard Price (Souvenez-vous de moi, Presses de la Cité) ou encore l'Irlandais Colum McCann (Et que le vaste monde poursuive sa course folle, Belfond). Derrière, en bonne place, la littérature de langue espagnole avec 22 traductions (soit 9 de plus qu'en 2008). Citons le Colombien Antonio Caballero (Un mal sans remède, Belfond), le Cubain d’origine José Carlos Somoza (La clé de l’abîme, Actes Sud) et l’Espagnol Antonio Soler (Le sommeil du Caïman, Albin Michel). A suivre également l’Indien Tarun J. Tejpal (L’Histoire de mes assassins, Buchet-Chastel), le Canadien d’origine indienne Neil Bisoondath (Cartes postales de l’enfer, Phébus), la Canadienne Alice Munro (Du côté de Castle Rock, L’Olivier), le Libanais Elias Khoury (Le coffre des secrets, Actes Sud), le Norvégien Gunnar Staalesen (Les chiens enterrés ne mordent pas, Gaia) ou encore le Tanzanien Abdulrazak Gurnah (Adieu Zanzibar, Galaade éditions).