par Elisabeth Bouvet
Article publié le 29/10/2009 Dernière mise à jour le 29/10/2009 à 18:14 TU
Il est le premier lauréat de l’automne. Pierre Michon se voit couronné pour son roman Les Onze, publié aux éditions Verdier. Ce grand prix de l'Académie française 2009 récompense un auteur rare et discret, exigeant et précieux. En mai dernier, nous avions accompagné la publication de son « vrai faux » roman historique. A l’occasion de cette distinction, nous republions cet article.
Pierre Michon ne le prendra sans doute pas mal si, à la faveur de cette distinction qui lui est remise, l’on évoque d’abord la mémoire de Gérard Bobillier, le fondateur des éditions Verdier, décédé le 5 octobre dernier, à l’âge de 64 ans. Il fut en effet le plus fidèle éditeur de Pierre Michon, avec lequel il a entretenu « un long compagnonnage d’amitié et de pensée », selon les termes même de la maison installée à Lagrasse dans l’Aude. Ils ont ensemble publié une quinzaine de textes courts.
Une localisation, dans le Languedoc-Roussillon, qui ne pouvait que convenir à Pierre Michon, sans doute l’un des auteurs français les plus discrets de ces vingt cinq dernières années. Né dans la Creuse en 1945, il n’est pas écrivain à faire parler de lui même si son entrée en littérature avec Les vies minuscules, en 1984, fut aussitôt couronnée par le prix France Culture. Un « label » qui en dit long du reste sur sa « famille littéraire », car Pierre Michon s’inscrit dans la lignée des Julien Gracq et Louis-René des Forêts, de farouches références quand l’on sait que l’un et l’autre vivaient en quelque sorte retiré.Il partage également avec eux une langue d’une densité, d’une richesse, d’une justesse, d’une exigence, d'une érudition qui transparait derrière chaque mot, chaque phrase, chaque ponctuation, chaque respiration. Lors de la parution des Onze, Pierre Michon est longuement revenu, au fil des entretiens qu’il a pu donner, sur le lent travail de maturation qui accompagne chacun de ses livres. Et de rappeler que celui qui lui vaut aujourd’hui d’être salué par les Immortels a nécessité plus de quinze ans de travail à la fois de documentation et d’écriture.
Attaché à « l’insignifiant » dans ce qu’il a de révélateur et finalement d’essentiel, Pierre Michon donne à entendre la voix de ceux qui n’ont guère le choix de s’exprimer, de ceux qu’on remarque à peine. Avec Les Onze, il surprend encore en s’emparant de l’une des périodes à la fois les plus exaltantes et - c'est la couleur dominante des Onze - les plus sombres de notre histoire, la Révolution française à travers un tableau qui n’a pas existé, mais qui, selon lui, aurait dû exister : ce fameux tableau représentant les 11 membres du Comité de Salut public pendant la Terreur en 1793. En inventant ce tableau fictif, il comble d’une certaine manière un manque, révélant (on y revient encore) ainsi les parti pris de cette histoire que l’on dit avec un grand H.
Et si l’histoire est remplie de silences éloquents ou, dans le cas présent, d’absences parlantes, elle n’est pas non plus dépourvue d’ironie quand on songe que Michon, l’atypique, est récompensé par une institution tout ce qu’il y a de plus académique !
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