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    Economie

    De la Chine à l'Afrique, le grand remue-ménage des délocalisations

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    Des usines qui relocalisent en Occident, des Chinois qui courent après le déménagement de grands groupes ou encore des multinationales qui lorgnent l'Afrique comme un nouvel eldorado : rien ne va plus dans le petit monde de la délocalisation. Cette logique de stratégie mondialisée, en vogue depuis la fin des années 1990, se transforme depuis la crise de 2008.

    Dans l’imaginaire collectif, délocaliser, c’est avant tout fermer une usine dans un pays riche pour aller produire dans un pays pauvre. Cette logique, largement décriée, a été le principal moteur d’une tendance qui a progressivement gagné en ampleur depuis la fin des années 1990. Pourtant, aujourd’hui, on préfère parler d’optimisation de la chaîne de valeur : on délocalise pour installer la bonne fonction, au bon endroit, avec le bon sous-traitant.

    Délocaliser est aussi devenu un pari sur l’avenir. L’un des fondements de cette logique, explique l’économiste Jean-Louis Levet, est une « stratégie de présence sur les marchés de demain ». La main d’œuvre bon marché est de moins en moins la motivation principale et cela se comprend, remarque-t-il : « prenons l’exemple d’une automobile Toyota produite en France, la masse salariale ne représente plus que 3 à 5% de son coût de production, contre 20% il y a une vingtaine d’années ». « Une usine, ajoute-t-il, ce n’est plus seulement le site d’où je sors des voitures mais un pôle cognitif avec des ingénieurs et des compétences en recherche, en développement ou en marketing ». Autant de fonctions qui ont besoin de rester proches du marché sur lequel elles travaillent.

    La destination de la délocalisation, ce n’est donc pas seulement là où la main d’œuvre est bon marché. C’est surtout là où la main d’œuvre est compétente et où se trouve un potentiel foyer de consommateurs. Pour prendre l’exemple de la France, les destinations privilégiées du transfert de certaines parties de la chaine de production sont avant tout en Europe (55%, dont 22% dans les nouveaux pays membres), suivies de l’Afrique (24%), de l’Inde (18%) et enfin de la Chine (18%).

    La Chine court après les délocalisations

    L’empire du Milieu a longtemps attiré les multinationales du monde entier grâce à une main d’œuvre bon marché. Pékin, en captant tout ce qui pouvait se manufacturer, a ainsi directement conquis des savoir-faire. Le développement de gigantesques pôles industriels et d’une main d’œuvre toujours plus compétente a pourtant progressivement fait grimper les prix. « Aujourd’hui, affirme l’économiste Jean-Joseph Boillot, conseiller au club du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII), il y a un arrêt complet des nouvelles délocalisations vers la Chine. Par contre, on investit dans une montée en gamme de celles qui existent déjà ».

    Produire en Chine coûte désormais trop cher. Les industries nationales ont elles-mêmes entrepris une politique de délocalisation vers les terres moins développées – et donc moins chères - comme la Mongolie intérieure ; ou vers l’étranger, à destination du Bangladesh, du Vietnam ou même du Cambodge. Surtout, les Chinois cherchent à délocaliser les activités les plus polluantes, comme la teinture du textile ou la production de caoutchouc : un moyen de respecter les normes environnementales en Chine sans remettre en question ni les méthodes, ni les volumes de production.

    De plus en plus, Pékin court après les délocalisations des autres acteurs internationaux. « La Chine, explique Jean-Joseph Boillot, accompagne les relocalisations des grands groupes vers les nouveaux pays destinataires. » Sur la période 2011-2014, un quart des délocalisations mondiales sont en réalité un transfert d’un pays en développement à un autre. Pour optimiser les coûts, on préfère aujourd’hui répartir la production. La Chine, l’Inde et les Philippines, aimants à délocalisations en 2004, doivent à présent partager le gâteau avec une myriade de nouveaux acteurs : Vietnam, Thaïlande, Singapour, République Tchèque, Hongrie, Pologne, Ukraine, Roumanie, Argentine, Mexique, Brésil, Costa Rica ou encore Guatemala.

    L’inconnue africaine

    L’Afrique, surtout, est au cœur d’un questionnement des grands groupes mondiaux. Turcs et Israéliens commencent à y installer une partie de leurs activités, notamment dans le textile. La France y déploie de nombreuses activités de service, facilitées par la proximité linguistique de nombreux pays francophones. La semaine dernière, c’est le géant suédois H&M qui annonçait l’installation d’une usine en Ethiopie. D’autres pays suscitent toutes les attentions : aux côtés d’Addis-Abeba, ce sont aussi le Nigeria ou encore la Tunisie qui pourraient, en plus d’une main d’œuvre peu coûteuse, représenter les grands foyers de consommation de demain.

    Mais si l’Afrique offre en avantage certain, notamment en se situant aux portes de l’Europe, elle souffre encore de l’inexistence de grands foyers industriels. Rien de comparable, par exemple, à ce que l’on trouve dans le Guangdong chinois. La plupart des pays du continent restent de plus marqués par les crises politiques et sécuritaires : c’est le cas de la Tunisie qui avait pourtant commencé à attirer de nombreux industriels du textile.

    Les grandes tendances de la délocalisation, aujourd’hui, sont contextuelles plus que géographiques. Jean-Joseph Boillot les résume ainsi : « fin de l’avantage chinois, absence d’un bassin industriel substituable à celui-ci, grande incertitude sur l’Afrique et surtout, une question lancinante dans les pays développés : et si, finalement, nous commencions à reproduire chez nous ? » Sur la période 2012-2014, c'est 19% du volume manufacturé délocalisé qui pourrait être rapatrié dans les pays d'origine des producteurs.

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