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    Economie

    2015, une année noire pour les matières premières

    media Les prix des matières premières ont chuté de 10 à 50 % en un an. KENZO TRIBOUILLARD / AFP

    Pétrole, métaux, céréales... Les prix ont chuté de 10 à 50% en un an. La Chine est pointée du doigt, la surproduction également. Qui est gagnant, qui est perdant ?

    Pétrole, cuivre, nickel, minerai de fer, métaux précieux, charbon, céréales... Toutes ces matières premières ont vu leurs prix s'effondrer en 2015. Un plongeon dû en partie à l’absence de reprise de l'économie mondiale et au ralentissement chinois.

    L’économie mondiale déçoit dès juillet 2014. « Concomitamment à la baisse du pétrole, rappelle Didier Nedelec, directeur général de la société Offre et demande agricole, la patronne du Fonds monétaire international Christine Lagarde annonce que la croissance mondiale sera inférieure aux attentes, ce qui a pour beaucoup d’investisseurs remis en cause la reprise mondiale, alors qu’on pensait qu’on avait déjà repris ! Or la croissance mondiale explique beaucoup la croissance de la demande [de matières premières]. Croissance veut dire augmentation des revenus pour les populations, en particulier les classes moyennes dans le monde, et donc plus de consommation, par exemple de viande, ce qui veut dire plus de consommation de céréales… »

    Les surplus pèsent plus que la Chine

    Un an plus tard, en août dernier, c’est l’économie chinoise qui flageole. « L’éclatement de la bulle chinoise en août dernier conjugué à un ralentissement plus fort qu’anticipé de la croissance chinoise a immédiatement fait passer une onde de choc sur certains marchés de matières premières, reconnaît Philippe Chalmin, professeur à l'université Paris-Dauphine et directeur du rapport Cyclope, parce que la Chine en est en terme de demande le déterminant-clé (un tiers de la demande mondiale de métaux, par exemple). Mais lorsqu’on regarde les chiffres, on est obligé de convenir que pour l’instant, la Chine n’a pas diminué ses importations : sur les onze premiers mois de l’année nous avons toujours une croissance des importations chinoises, que ce soit de pétrole, de graines de soja, de sucre, d’un certain nombre de métaux ferreux. ça a peut-être légèrement décliné sur le minerai de fer et le charbon, mais globalement la Chine n’est pas responsable du véritable coup de grisou qu’ont connu les marchés en 2015. »

    Le plongeon des matières premières est essentiellement dû à l'augmentation effrénée des capacités de production depuis dix ans. Dans le pétrole, la révolution de la fracturation hydraulique, en doublant la production américaine de pétrole, a réduit les besoins d’importations des Etats-Unis : le brut léger d’Afrique a dû trouver d’autres débouchés, qui ne sont pas extensibles. Des stocks se sont reconstitués un peu partout, y compris sur les océans, dans les tankers. De même, nous faisons face à une surproduction de produits miniers.

    « L’augmentation de l’offre, elle est essentiellement liée à la période de prix élevés que nous avons connue de 2006 à 2014, rappelle Philippe Chalmin. De ce fait elle est liée aux investissements des producteurs, à l’arrivée de nouvelles capacités de production, aux nouvelles technologies - si l’on pense aux pétroles de schiste, et à une volonté des producteurs de ne pas s’ajuster à la demande, que ce soit de pétrole et de productions minières, pour essayer de sortir du marché les producteurs les moins rentables. La chute des prix du minerai de fer, ce sont les mineurs qui l’ont provoquée, résume-t-il, la chute des prix du pétrole, c’est l’Arabie saoudite qui l’a provoquée ainsi que les producteurs de schiste américains, la chute des prix de l’aluminium ce sont les producteurs chinois qui l’on provoquée tout comme ce qui concerne le prix du nickel. Alors, on ne peut pas incriminer la Chine de tous les maux. Pour l’essentiel, la baisse des prix, c’est la stratégie des producteurs, et dans le domaine agricole une météo excellente pendant trois saisons consécutives et un impact pour l’instant extrêmement mesuré de cet El Niño dont on nous menace. »

    Sans compter les effets de contagion. Les prix du pétrole ont entraîné dans leur chute les prix des biocarburants, et donc aussi les prix des produits agricoles qui entrent dans leur fabrication : sucre, maïs, blé, soja, colza, huile de palme, d’autant que la substitution était moins intéressante et moins encouragée par les Etats dans leurs mandats d’incorporation de biocarburants dans les réservoirs. Les surplus agricoles se sont alourdis d’autant : les silos sont pleins.

    Pas de gagnants dans ce « dumping »

    Si certains groupes, comme Glencore dans le cuivre, ont réduit leur production dans les mines les moins rentables à ce jour, pour limiter leurs pertes, d’autres géants cherchent en priorité à asphyxier leurs concurrents en produisant à des prix toujours plus bas, c’est le cas de BHP Billiton et de Rio Tinto, ils peuvent se le permettre, leurs coûts de production sont imbattables.

    Dans la même logique, l'Arabie saoudite a ouvert en grand les vannes pour garder ses parts de marché notamment face au pétrole russe, qui commence à lui disputer ses débouchés asiatiques. Ce qui accentue la chute des cours. La stratégie de Ryad est de « tuer » le pétrole de schiste américain, le pétrole saoudien peut encaisser le choc, il est à la fois le moins cher à produire au monde et le plus abondamment exporté en volume. Mais à l’arrivée, cette stratégie ne fait aux yeux de Philippe Sébille-Lopez, expert du pétrole au cabinet Geopolia, que des perdants :

    « Je ne vois pas qui sont les vrais gagnants aujourd’hui de ce véritable « dumping » du pétrole. Ça n’arrange personne, ni les compagnies privées qui doivent verser des dividendes quels que soient les résultats, ni les budgets des Etats producteurs. Dans cette histoire, tout le monde perd de l’argent. Les Saoudiens perdent 100 milliards de dollars, les Koweitiens perdent plus de 30 milliards de dollars et c’est encore plus pour les autres. Certains peuvent continuer à produire au maximum, comme l’Arabie saoudite, même à 36 dollars le baril. Ce n’est pas le cas du Venezuela, du Nigéria ou encore de l’Angola qui eux n’ont pas tellement d’autres ressources. » Le Nigeria, qui avait bénéficié d’un effacement de sa dette, va devoir à nouveau s’endetter pour faire face à ses obligations budgétaires.

    Même du côté des consommateurs, l’avantage n’est pas probant : « Les économies occidentales ne sont pas réellement les bénéficiaires parce que c’est artificiel, poursuit Philippe Sébille-Lopez. Pour l’instant certes le prix des carburants baisse, mais les Etats en profitent pour augmenter les taxes. Le pétrole doit être cher si la COP21 doit avoir un sens. Et puis, tous les investissements qui n’auront pas lieu dans les 4-5 ans à venir vont se traduire in fine par une hausse des cours. Quand le rebond va sonner, ça va faire mal. La baisse des cours, c’est perdant-perdant. Pour moi, c’est très clair, c’est perdant pour tout le monde. »

    Le dollar fort aggrave ou atténue la chute

    Autre raison de la baisse des cours : la réévaluation du dollar, monnaie dans laquelle sont achetées et vendues la plupart des matières premières sur les marchés mondiaux. La décision de la Banque fédérale américaine de remonter les taux du crédit était anticipée toute cette année 2015, ce qui a contribué à renforcer la monnaie américaine aux dépens d’autres actifs, comme les matières premières d’ailleurs, ce qui a fait chuter les prix en dollars des produits de base. Mais cela n’a pas forcément fait fondre les revenus de tous les producteurs, nuance Didier Nedelec.

    En fonction de leur zone monétaire, certains s’en sont sortis mieux que d’autres : « Si vous êtes agriculteur américain, le prix ne sont absolument pas rémunérateurs, reconnaît Didier Nedelec. Mais la politique agricole américaine va leur permettre de passer le cap. Par contre, si vous allez en Ukraine ou en Russie aujourd’hui, grâce ou à cause de la dévaluation de la monnaie locale, le rouble ou la hryvnia, les prix en monnaie locale pour les agriculteurs sont très intéressants. C’est une situation que vous retrouvez d’ailleurs au Brésil avec le réal, et depuis l’élection du nouveau président argentin pour tous les producteurs de l’Argentine. Donc cette notion de prix bas, oui en dollars, non quand on parle de l’Amérique latine ou de l’Europe de l’Est. L’Europe de l’ouest est dans une situation intermédiaire, la parité euro-dollar est passée de 1,35 – 1,40 à 1,10, ça permet aux prix européens de rester encore à des niveaux raisonnables. » De même la baisse de l’euro, et donc du franc CFA, a amorti pour les producteurs africains la chute des cours du coton.

    L’exception du cacao

    Le cacao est une des seules matières premières à s'être fortement appréciée en 2015 : plus 20%. Non seulement la demande de chocolat a continué d’augmenter y compris dans les pays producteurs mais surtout, l'offre de fèves est menacée par le réchauffement climatique. « La production subit certaines maladies inhérentes au cacaoyer, comme le balai de sorcière qui sévit à nouveau dans certains régions équatorial, observe la négociante en cacao Sylvie Bellanger-Guillaume. Et puis avec le phénomène du Niño on s’aperçoit que le climat change, que les températures augmentent aussi dans les zones équatoriales et le cacao n’aime pas ce climat, il a besoin de pluie, et nous manquons de pluie. »

    El Niño fait un retour plus tardif et plus discret que prévu, mais les perturbations n’en sont pas moins là. Et elles ont des conséquences en premier lieu sur les productions agricoles. La mousson n’a pas donné les pluies attendues, si les autorités de New Delhi décident de ne plus exporter de sucre et de céréales, voire d’en importer, on pourrait assister prochainement à une nouvelle flambée des cours des produits agricoles.

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