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    Amériques

    Le Danemark invente la «techplomatie» pour négocier avec la Silicon Valley

    media Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, le 27 septembre 2015. REUTERS/Stephen Lam

    Le Danemark a annoncé qu'il allait nommer un « ambassadeur du numérique » auprès de la Silicon Valley et des entreprises qui y sont installées, comme Google, Apple ou Facebook. Il ne s'agira pas d'un simple conseiller sur les questions numériques, mais bel et bien d'un diplomate représentant directement son pays. Le royaume scandinave justifie ce geste politique, le premier du genre dans l'histoire des relations internationales, en soutenant que ces multinationales sont « une nation d'un nouveau genre ».

    L’accès à l’information, le numérique, le développement de la robotique et de l’intelligence artificielle… Face à la réalité d’un monde qui change sous l’impact des innovations technologiques, le Danemark a décidé de nommer un « ambassadeur du numérique » auprès des géants de la Silicon Valley, comme Google, Apple, Facebook ou Amazon, aussi connus sous l’acronyme GAFA.

    Si, à première vue, cette annonce faite fin janvier par le ministre danois des Affaires étrangères, Anders Samuelsen, peut ressembler à un coup de communication, elle est en réalité très sérieuse et soulève nombre de questions dans le domaine des relations internationales. Car bien que le poste ne soit pas encore pourvu et que les détails de sa mission restent flous, cet « ambassadeur » ne sera pas un simple conseiller spécialisé dans le numérique, mais bien un diplomate officiel, du rang d’ambassadeur.

    « De nouvelles nations »

    « Ce ne sera pas symbolique », a tenu à préciser le ministre. A priori, cet ambassadeur devrait effectuer des tâches similaires à celles de ses collègues, négociant au nom du Danemark. « Au même titre que nous avons un dialogue diplomatique avec d’autres pays, il faut aussi établir et privilégier des relations globales avec des acteurs de la technologie, comme Facebook, Apple, Google, etc », a déclaré Anders Samuelsen, dans un entretien au Washington Post.

    Le gouvernement danois ne s’en cache pas, il classe désormais le poids lourds de la Silicon Valley au même rang que certains Etats : « Dans le futur, nos relations bilatérales avec Google seront aussi importantes que celles que nous entretenons avec la Grèce (…) Ces sociétés sont devenues une nation d'un nouveau genre, et nous devons prendre cela en compte. » La puissance de ces entreprises, comparable donc à celle de certains pays, est l’argument-clé du chef de la diplomatie danoise pour justifier la création d'un canal diplomatique dédié.

    Influences économiques et sociales

    Dans un entretien à Politiken, Anders Samuelsen n’hésite pas à citer un rapport du Financial Times démontrant qu’au regard de leurs valeurs boursières, Apple et Google, s’ils étaient des nations, pourraient quasiment intégrer le G20. En 2014 déjà, les chiffres d’affaires cumulés des GAFA dépassaient le PIB du Danemark, justement. Aujourd’hui, c’est la capitalisation boursière de Google à elle seule qui surpasse le produit intérieur brut du royaume et rattrape celui de l’Argentine. Et le poids financier d'Apple approche celui de l’Arabie saoudite. Bref, leur puissance économique est vertigineuse.

    Mais l’influence de ces géants des nouvelles technologies va bien au-delà de la sphère économique. Le moteur de Google représente 90% des recherches sur Internet, et Apple représente 45% du trafic sur le Web via mobiles, selon une étude du cabinet Fabernovel. Cette étude met aussi en lumière qu’aux Etats-Unis, 16% du temps passé en ligne est consacré à Facebook, et que près de 40% des consommateurs utilisent AmazonFresh pour faire leurs courses. Airbnb a révolutionné le monde de l’hôtellerie, Uber celui du transport privé et Netflix celui de la consommation de certains biens culturels.

    L'influence de ces sociétés sur la vie des citoyens est considérable. « Nous voyons bien que ces entreprises et les nouvelles technologies vont affecter et font partie de la vie quotidienne des Danois », a déclaré le ministre des Affaires étrangères au Washington Post, listant également lors d’une conférence de presse les nombreux domaines où les GAFA sont incontournables : « l’intelligence artificielle, l’apprentissage des machines, les méga-données, les objets connectés, les voitures autonomes et toutes ces choses sur lesquelles les compagnies travaillent et avec lesquelles le monde va devoir traiter, font partie de notre quotidien au Danemark. »

    Accords commerciaux

    Tous ces sujets, ainsi que la question de la protection des données privées ou encore les « fake news et les guerres de l’information avec la Russie » devraient également faire partie du « dialogue diplomatique » que ce nouvel ambassadeur du numérique va engager avec les acteurs de la Silicon Valley. Il est probable néanmoins que ce soit sur le terrain du commerce qu’il soit amené à travailler le plus. Anders Samuelsen ne s’en cache pas : « Il y a bien sûr la question de savoir où investir prochainement et l’espoir de convaincre ces entreprises d’investir au Danemark ».

    Il faut dire que le royaume scandinave a déjà une relation privilégiée avec Apple et Facebook. L’un comme l’autre ont passé des accords commerciaux avec le pays pour y installer d'importants centres de données. Le projet d’Apple à Viborg représente 850 millions d’euros, celui de Facebook à Odense s’élève à 100 millions de dollars et devrait générer 150 emplois. Dans ce contexte, il paraît évident que le Danemark a tout intérêt à « établir des relations plus étroites » avec ses partenaires. Mais de là à leur accorder un statut politique unique ? La question se pose.

    Business et politique

    Car cette décision pourrait être lourde de conséquences en termes de relations diplomatiques. Au-delà du fait qu’un Etat est censé protéger les intérêts de ses citoyens alors qu’une entreprise défend ses propres intérêts, qu’adviendrait-il, dans le cadre d’une alliance entre un membre de l’UE et d’un géant de la Silicon Valley, des questions de vie privée, de modération des contenus ou d’évasion fiscale, autant de dossiers européens impliquant ces multinationales ?

    « En cas de litige, devra-t-on craindre d'agir de peur de provoquer un incident diplomatique avec une version 2.0 de la nation ? Les pratiques des GAFA ne relèveraient plus du droit commercial, mais du Quai d'Orsay (…) Les GAFA pourraient aller jusqu'à invoquer un principe de souveraineté, modelant et remodelant le droit selon leur intérêt du moment », s’inquiète Marc Rameaux dans une tribune publiée sur lefigaro.fr intitulée « Les GAFA élevés au rang de puissance diplomatique ou la tyrannie des géants du Web ».

    La journaliste anglaise Emma Woollacott s’interroge aussi, dans un article de Forbes : « Il est logique de reconnaître l’importance des grandes entreprises de technologie en nommant un conseiller avec une bonne compréhension de cette industrie. Mais donner à cette personne le titre d’ambassadeur, est-ce vraiment une bonne idée ? » Elle met en garde : « Les entreprises ne sont pas des Etats. En nommant un ambassadeur, Anders Samuelsen insinue que c’est l’argent qui compte. Amassez-en suffisamment, et vous aussi, vous obtiendrez non seulement une attention particulière de la part d’un gouvernement, mais également un statut politique unique. »

    Si les GAFA ne sont pas encore des Etats, ils agissent ces derniers temps de plus en plus comme des acteurs politiques à part entière. Le dernier exemple en date, et non des moindres, est leur fronde quasi-unanime contre le décret migratoire de Donald Trump. D’Amazon à Twitter en passant par Google, Facebook et bien d’autres encore, tous ont vivement dénoncé la mesure et ont défendu le rôle essentiel de l’immigration aux Etats-Unis. La Silicon Valley, qui avait déjà largement manifesté son soutien à la candidate Hillary Clinton, a ainsi ouvertement pris position dans le débat politique.

    Une nouvelle diplomatie ?

    Si leur influence dans ce domaine est encore difficile à déterminer, reste que la décision du Danemark interroge sur la place de ces entreprises dans le monde des relations internationales. Dans un édito sur France Inter, le journaliste Vincent Giret qualifie cette annonce de « signal faible », une expression employée par les spécialistes pour parler d’évènements a priori anodins, mais qui peuvent en réalité annoncer de changements majeurs.

    Cette « techplomatie », comme l’a baptisé le ministre des Affaires étrangères danois, est-elle amenée à se développer ? Et si tel est le cas, va-t-elle accompagner ou supplanter petit à petit la diplomatie traditionnelle ? Pour le moment, Anders Samuelsen l’a assuré : « Nous allons continuer à cultiver nos relations avec d’autres pays de la manière habituelle. » Ce qui, de toute évidence, n'empêchera pas Copenhague d'avoir aux Etats-Unis une ligne directe pour Washington et une autre pour la Silicon Valley, si la nomination de cet ambassadeur se concrétise.

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