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    Economie

    Pourquoi l'Iran impose un taux de change fixe face au dollar

    media A partir de mardi 10 avril, les Iraniens pourront payer 42—000 rials iraniens pour un dollar. AFP PHOTO/ATTA KENARE

    Téhéran a imposé un taux de change fixe pour le rial face au dollar, afin d’enrayer la chute de la monnaie iranienne qui en six mois a perdu un tiers de sa valeur. A partir de ce mardi 10 avril, les Iraniens pourront payer 42 000 rials iraniens pour un dollar. L’analyse de Thierry Coville, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques à Paris (IRIS).

    RFI : D’où vient le mouvement actuel de spéculation en Iran ?

    Thierry Coville : Il faut rappeler qu’il y a deux taux de change en Iran : l'officiel et celui du marché libre. C’est sur ce dernier marché qu’il y a eu ces derniers jours une forte spéculation. Le billet vert s’échangeait sur le marché libre contre plus de 58 000 rials. Le gouvernement iranien redoute que l’inflation revienne comme au temps de l’ancien président Mahmoud Ahmadinejad.

    Deuxièmement, Téhéran attend la décision de Donald Trump de retirer son pays ou pas de l’accord sur le nucléaire iranien [cet accord a été conclu en juillet 2015, ndlr]. Si cette décision devait intervenir, cela compliquerait la situation de l'économie iranienne. Les Iraniens ont peur de se retrouver dans la même configuration qu’avant l’accord. Rappelons-le, sous l’embargo pétrolier, ils avaient du mal à commercer avec le reste du monde, il leur était difficile de transférer de l’argent à l’étranger. Indéniablement, ils craignent que l’on revienne à avant l’accord sur le nucléaire.

    Malgré la levée partielle des sanctions américaines en janvier 2016, les investissements étrangers sont rares en Iran. Selon un rapport des Nations unies publié en juin 2017, le montant des investissements étrangers directs a atteint seulement 2,75 milliards d’euros en 2016. Bien loin des 40 milliards d’euros espérés par le président iranien Hassan Rohani pour relancer l’économie du pays. Pourquoi ?

    Depuis la révolution de 1979, l’économie iranienne était relativement fermée par rapport au reste du monde, en raison notamment des sanctions américaines. En outre, l’environnement des affaires avec le poids de l’Etat important n’était pas propice à l’investissement étranger massif.

    Certes, l’accord sur le nucléaire iranien était une bonne chose puisqu’un certain nombre de sanctions a pu être levé. Les entreprises étrangères ont pu enfin se tourner vers l’Iran sans risquer une amende de la part des autorités américaines, notamment dans le secteur pétrolier et gazier. Mais tout cela prend du temps. Il faut découvrir le nouveau marché, et ensuite rassembler les fonds que l’on compte investir sur ce marché. Cela explique pourquoi les investisseurs ne se sont pas précipités sur le marché iranien dès la fin de l’embargo.

    Sans oublier qu’un certain nombre de sanctions américaines est toujours en vigueur. Parmi elles, celles qui prennent en compte le rôle géostratégique de l’Iran dans la région, le programme balistique iranien ou encore la question des droits de l’homme dans ce pays. Tout cela freine énormément les entreprises étrangères qui ont peur de se retrouver sous le coup des sanctions américaines.

    Même son de cloche du côté des grandes banques internationales, notamment européennes. Il est très difficile pour les sociétés européennes de mettre en place des projets d’investissements en Iran, tant que les grandes banques ne les suivent pas.

    Que risquent, justement, ces entreprises et banques étrangères qui cherchent à investir en Iran ?

    Dans le passé, quelques grandes banques ont été très lourdement sanctionnées pour avoir travaillé en Iran. On pense notamment à BNP Paribas. Les banques font un calcul rationnel de comparaison de profits et du risque. Elles se disent probablement qu’il y aurait des profits à faire si elles retravaillaient en Iran. Mais le risque est trop important. Compte tenu d’éventuelles sanctions des Américains et compte tenu de manque de transparence qui caractérise l’économie iranienne elles ne sont pas prêtes à prendre ce risque.

    Sans oublier que le département d’Etat et le Trésor américain ont établi leurs listes noires d’entreprises et d’individus soupçonnés de contourner le programme de sanctions internationales contre l'Iran. Toute société américaine ou faisant des affaires aux Etats-Unis a pour interdiction de commercer avec eux. Cette interdiction inquiète les entreprises étrangères qui ont des activités aux Etats-Unis. Le cas échéant, ces activités pourraient être lourdement sanctionnées.

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