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    Economie

    [Interview] Les prévisions du FMI optimistes, mais à court terme seulement

    media Près de dix ans après le début de la récession mondiale, l'économie de la planète évolue dans une bonne dynamique, selon le FMI. REUTERS/Yuri Gripas/Files

    Dans ses prévisions économiques publiées mardi 17 avril, le Fonds monétaire international (FMI) reste optimiste à court terme, mais avertit qu’un ralentissement sensible pourrait intervenir au-delà de 2019. Dans ce contexte, l'institution de Washington plaide pour que l'environnement favorable actuel soit mis à profit afin d’engager des réformes qui permettraient d'enrichir la croissance à moyen terme. Analyse de Denis Ferrand, directeur général du cabinet Coe-Rexecode, un centre d’études et de conjoncture économiques.

    RFI : Après avoir progressé de 3,8% en 2017, le produit intérieur brut (PIB) mondial devrait accélérer à 3,9% en 2018 et 2019, selon le FMI. Quelles zones du monde suscitent cet optimisme et pourquoi ?

    Denis Ferrand : Selon le FMI on est bien sur un régime d’une croissance bien installée. Une croissance mondiale qui est aussi partagée, car toutes les économies mondiales en bénéficient. C’était déjà le diagnostic que faisait le FMI il y a six mois. L’institut a simplement rehaussé quelque peu ses anticipations, notamment pour prendre en compte un facteur déterminant qui est intervenu très récemment. C’est l’irruption de la stimulation fiscale aux Etats-Unis [NDLR : la réforme votée fin 2017]. Donc, oui, on est sur un aperçu qui est très positif, mais dont on voit bien que le FMI imagine quelques lignes de faille.

    Aujourd’hui, on ne sait pas bien comment l’économie va réagir à cette stimulation aux Etats-Unis. Et en particulier, une stimulation qui se fait au moment où le potentiel de croissance est déjà atteint. C’est-à-dire que l’économie américaine produit à hauteur de ce qu’elle est en capacité de produire. C’est une économie sur laquelle on administre une surstimulation qui risque de la faire déraper. On est vraiment sur une ligne de crête : la croissance est installée, elle va perdurer parce qu’elle est généralisée. Mais attention à ne pas pousser les feux trop loin pour la stimulation de l’activité. Et en particulier en les poussant trop loin du côté américain.

    Derrière cette croissance américaine qui est bien réinstallée, la zone euro a probablement passé son pic de croissance. Sur 2018, elle a encore une progression de croissance un petit peu supérieure à celle de l’an passé [NDLR : 2,4% en 2018, par rapport à 2,3% en 2017], mais cela retombe en 2019, parce que la zone euro vient aussi de buter sur sa capacité de croître. On voit notamment en Allemagne, mais aussi en France, un nombre d’entreprises croissant qui déclarent être dans l’incapacité d’augmenter leur production. C’est la lecture que l’on peut faire très globalement à l’égard des économies les plus avancées, les économies de l’OCDE.

    Ce n’est pas du tout le même pronostic pour les pays émergents ?

    Si l’on se tourne du côté des économies émergentes, et en particulier du côté de l’Afrique subsaharienne, on voit plutôt une accélération de la croissance avec une anticipation d’une hausse du PIB à 3,4% en 2018, par rapport à 2,8% en 2017. Ensuite, la croissance pourrait atteindre 3,7% en 2019. Ces prévisions tiennent compte des anticipations de remontée des cours des matières premières, notamment de ceux du pétrole, selon le FMI. Pour autant, il ne faut pas se leurrer : les croissances de moins de 4% sont encore trop limitées pour faire progresser le PIB par habitant dans nombre de ces économies.

    Dans les prévisions économiques du FMI, on assiste à une sorte de rotation entre les économies chinoise et indienne en termes de croissance. Qu’en pensez-vous ?

    C’est bien vrai. D’un côté il y a le ralentissement chinois qui est un processus enclenché depuis plusieurs années déjà. Ce ralentissement pourrait se prolonger à mesure que l’économie chinoise devient de plus en plus mature. Mais ce ralentissement de la croissance correspond aussi au tournant démographique fondamental que connaît la Chine depuis 2015. La population en âge de travailler est en contraction dans ce pays. Une population en âge de travailler qui recule, c’est aussi une capacité à croître qui s’amenuise. Le ralentissement de l’économie chinoise est finalement logique au regard de son déterminant fondamental. Il est aussi logique au regard de la maîtrise des déséquilibres financiers que connaît la Chine. Il s’agit pour Pékin d’avoir une économie qui repose un peu moins sur une forte dynamique de crédit, comme cela était le cas au cours des dernières années.

    Quant à l’Inde, il faut être prudent vis-à-vis des chiffres de la croissance en 2017, notamment parce que cette année a été marquée par les conséquences de la démonétisation surprise des billets de 500 et 1 000 roupies. Après un ralentissement relatif de la croissance indienne à la suite de cette réforme maladroite, on assiste à une réaccélération. L’Inde ne partage pas tout à fait la même démographie que la Chine. L’Inde a une population qui continue de s’accroître rapidement. Et notamment en ce qui concerne la population en âge de travailler. La question qui se pose par rapport à l’économie indienne est la suivante : est-ce qu’elle est en capacité de se projeter à l’extérieur sur un monde industriel ? On a vu que la mécanique du développement de l’Inde n’est pas du tout celle que l’on observe en Chine, qui jusque-là reposait en grande partie sur l’industrie. L’activité de l’Inde repose beaucoup plus sur les services. Est-ce ce mode de croissance présente les gages de la régularité que l’on a connue en Chine ? C’est toute la question qui se pose sur l’Inde. C’est en tout cas le pari que fait le FMI pour qui la croissance indienne sera encore au rendez-vous. Quelques risques se présentent à l’horizon : l’inflation et le déficit public. Ces risques sont toujours très forts dans le cas de l’Inde.

    Denis Ferrand est directeur général du cabinet Coe-Rexecode

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