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    Economie

    La menace des taxes américaines sur l’acier et l’aluminium européens se précise

    media Le président américain Donald Trump doit annoncer sa décision ce jeudi ou ce vendredi à propos des taxes sur l'acier et l'aluminium européens REUTERS/Kevin Lamarque

    Les États-Unis vont-ils taxer l'acier et l'aluminium européens ? Le président américain Donald Trump rendra sa décision ce jeudi 31 mai ou vendredi 1er juin, mettant fin à deux mois d’incertitude. La mise en œuvre de ces taxes pourrait déclencher une guerre commerciale entre Bruxelles et Washington.

    Donald Trump avait promulgué ces nouvelles et importantes taxes il y a deux mois : 25% sur les importations d'acier, 10% sur l'aluminium, et avait commencé par en exempter provisoirement l'Union européenne.

    Avec cette menace, les États-Unis ont en quelque sorte créé une épée de Damoclès pour négocier des avantages commerciaux, ou des quotas, sur divers produits ou matériaux. C'est ce qui s'est passé avec la Corée du Sud, l'Australie, ou encore avec l'Argentine et le Brésil. Des alliés des Etats-Unis, mais qui n'importent pas assez de produits américains au goût de Donald Trump.

    « Il y a un manque de cohérence assez flagrant dans la politique commerciale de Donald Trump, analyse Sébastien Jean, directeur du Cepii (Centre d'études prospectives et d'informations internationales), économiste et spécialiste du commerce international. Ce qui commande un peu tout le reste dans son esprit, ce sont les déficits commerciaux, avec l’idée qu’un déficit commercial est une défaite économique, ce qui est très simpliste et très erroné, et qu’en plus il faut en avoir une appréciation partenaire par partenaire, ce qui pour le coup n’a vraiment aucun fondement économique. »

    Selon le chercheur, une autre explication est à chercher du côté de la politique intérieure : « dans le cas de l’acier et de l’aluminium, il y a aussi l’objectif de lancer un message fort à un électorat d’ouvriers, qui ont joué un rôle très important dans son élection il y a un an et demi et que l’on n’est qu’à quelques mois seulement des élections de mid-terms », à savoir les élections parlementaires de mi-mandat.

    Dans un contexte légèrement différent, les États-Unis ont aussi négocié il y a dix jours une ouverture de la Chine à certains produits américains. Mais la situation est un peu confuse, la Maison Blanche ayant tout de même parlé avant-hier de sanctions contre la Chine. C’est en tout cas ce type d'accord que Trump veut obtenir de l'Union européenne.

    Pas de négociations mais des signes d'ouverture

    Mais l’Union européenne ne négocie pas pour autant avec les États-Unis. L’UE a été claire : pas question de négocier avec un revolver sur la tempe. Les 28 exigent une exemption totale et illimitée dans le temps de ces taxes avant de négocier quoi que ce soit.

    Cela étant dit, l'Union européenne a proposé des signes d'ouverture. Les Etats-Unis pourraient augmenter leurs exportations en Europe de gaz naturel, l'Allemagne est intéressée. Et pour d'autres produits, certains blocages règlementaires, techniques, pourraient être levés.

    Difficile de dire pour le moment si ces petits gestes sont de nature à satisfaire les Américains. Mais personne ne semble beaucoup y croire. Les discours n'ont pas évolué, et les diplomates européens ne cachent pas leur pessimisme.

    Si les États-Unis imposent ces taxes, les entreprises européennes du secteur vont être les premières à en subir les conséquences. Elles sont rassemblées au sein de l'association Eurofer. « Premièrement, cela va avoir un impact sur les 5 milliards d’euros d’exportation d’acier chaque année, estime Charles de Lusignan, le porte-parole d’Eurofer. De plus, on est déjà dans un monde en surcapacité de production sidérurgique. Donc ça va certainement déstabiliser le marché qui, depuis seulement 2-3 ans, augmente de nouveau après la crise financière. »

    Le spectre d'une guerre commerciale

    L’autre conséquence majeure à l’instauration de ces taxes, c'est que l'Union européenne va riposter, en procédant de la même manière. Une liste de plus de 400 produits américains est déjà prête : motos, Bourbon, tabac, jeans... Avec le risque que, derrière, les États-Unis enchaînent. Donald Trump a déjà évoqué la possibilité de taxer les voitures européennes. Le président américain a d’ores et déjà demandé à son administration d'étudier le sujet. Dans ce cas-là, il s’agirait à proprement parler d’une véritable guerre commerciale.

    « La nature même des représailles, c’est qu’il est difficile de savoir où ça s’arrête, rappelle l’économiste Sébastien Jean, directeur du Cepii. Mais là, en l’occurrence, c’est vraiment une spirale négative où on essaie surtout de faire le plus de mal possible aux partenaires. Les secteurs qui ont le plus de succès à l’exportation sont les cibles potentielles les plus claires. C’est pour ça que l’automobile est en premier lieu, ensuite l’agroalimentaire, notamment le vin, et on peut penser au luxe aussi… »

    Une telle escalade serait néfaste, des deux côtés de l'Atlantique. D'ailleurs les industriels américains de l'automobile l'ont eux-mêmes dit clairement : ils ne veulent pas de ces taxes pourtant censées les protéger.

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