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    Economie

    L’Argentine se porte mal… à nouveau

    media Buenos Aires, la capitale argentine, a des allures de ville morte alors qu'une grève générale a été lancée dans tout le pays, mardi 25 septembre. REUTERS/Marcos Brindicci

    En Argentine, la Confédération générale des travailleurs a appelé tous les travailleurs à la grève générale ce mardi 25 septembre pour dire non à la politique d'austérité du gouvernement. Le gouverneur de la Banque centrale argentine a démissionné à la surprise générale. Une démission motivée, selon le communiqué officiel, par «des raisons personnelles», alors que les économistes argentins y voient une mise à l'écart en raison des divergences avec le FMI sur la politique monétaire. 

    Depuis plusieurs mois, l'Argentine s'enfonce dans la récession. Parallèlement, la chute du peso fait grimper l'inflation. Et la vie est de plus en plus chère en Argentine, note Carlos Quenan, vice-président de l'Institut des Amériques : « En l'espace de quelques semaines, le change de peso est passé de 20 pesos contre un dollar à 40 pesos contre un dollar. Cette forte dépréciation de la monnaie nationale implique une nouvelle poussée inflationniste. Cela affecte aussi le pouvoir d’achat des gens. Le panier de la ménagère a du mal à se remplir. Une tension sociale monte. Il y a des suspensions d’activité dans de nombreux secteurs, comme l’automobile. Les usines de textile tournent à 40 % de leurs capacités. Il fallait s’attendre à la réaction des syndicats ». Et cette réaction c'est cette grève générale avec notamment une forte mobilisation dans les transports.

    Des années du boom économiques perdues

    Les Argentins contestent les mesures d'austérité décidées par le président Mauricio Macri début septembre. Condition imposée par le FMI pour le versement accéléré de 50 milliards de dollars, ces mesures ont pour but de réduire le déficit budgétaire du pays. Car l'Argentine ploie sous le poids de sa dette. Il ne suffit donc pas de couper dans les dépenses, il faut aussi augmenter les recettes. Et pour qu'elles rentrent dans les caisses, les réformes structurelles sont indispensables.

    Or, ces réformes ont été négligées par le passé, rappelle Gabriel Gimenez-Roche, enseignant-chercheur en économie à Neoma Business School : « Pendant des années Kirchner, les Argentins ont profité de la croissance très élevée grâce au boom des matières premières. Cela a permis à l’Argentine de récupérer après la profonde crise de 2001/2002. Mais ils n’ont fait aucune réforme structurelle. Par exemple, les prix du gaz, d’électricité, ou encore pour les transports ont été totalement contrôlés. La population, riche ou pauvre, payait très peu pour ces services publics ». Des services publics aujourd'hui dans un état de délabrement avancé.

    Les investisseurs méfiants

    Après trois ans au pouvoir, le bilan de Macri est mitigé. Pourtant, le nouveau président, porté par les milieux d'affaires, a ouvert le pays aux investisseurs étrangers. Certes, ces investisseurs commencent à être intéressés, mais ils restent très prudents. Ce sont surtout des fonds spéculatifs, surnommés en Argentine « des hirondelles », qui viennent pour profiter de taux d'intérêt inhabituellement élevés.

    La Banque centrale argentine a en effet fortement augmenté son taux directeur qui atteint aujourd’hui le niveau totalement démesuré de 60 %. Avec l’inflation qui flambe à 30 %, ces « fonds hirondelles » gagnent très vite des bénéfices et s’en vont aussitôt. Le pays manque de projets économiques viables à long terme. Son image s’est fortement dégradée.

    Selon Gabriel Gimenez-Roche, « la corruption est fortement pointée par les investisseurs comme un frein à leurs activités. Ce sont les pots-de-vin qui sont régulièrement demandés aux investisseurs pour réaliser un tel projet, embaucher quelqu’un ou encore accélérer les procédures. Il ne faut pas oublier qu’en Argentine, comme au Brésil voisin, les procédures durent très, très longtemps. Des mois et parfois un an peuvent se passer avant qu’une entreprise puisse être ouverte. La bureaucratie est lourde et le climat des affaires n’est pas favorable. Un investisseur qui va dans un pays qui ne paye pas ses dettes, dans un pays considéré comme trouble et instable, un tel investisseur ne sera pas un investisseur de très long terme. Il va investir pour un à cinq ans tout au plus, mais pas pour dix ans ».

    La crise argentine pèse sur l’économie de la région

    Certains se demandent s’il y a un risque de contagion de cette crise argentine vers les pays voisins. Selon le vice-président de l'Institut des Amériques Carlos Quenan, le risque n'est pas monétaire mais plutôt commercial. Par exemple, l'Argentine exporte des voitures. Mais pour les construire, elle importe les pièces détachées qui coûtent aujourd'hui cher.

    Les problèmes de l'Argentine commencent à peser sur le reste de la région. « La Commission économique des Etats-Unis pour l'Amérique latine et les Caraïbes (Cepalc) vient de corriger à la baisse ses prévisions de croissance pour cette région. Au lieu d'une baisse de 2,2 % prévue pour 2018, elle prévoit désormais que ce sera plutôt 1,5 %. En cause, la croissance en Argentine qui sera beaucoup plus basse que prévu. Et cela affecte le Brésil, et les pays voisins », explique Carlos Quenan. Un tiers des importations de l'Argentine (soit la majorité) proviennent des pays sud-américains et du Mexique.

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