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    5G : la France dégaine la « loi Huawei »

    media L'attribution des premières fréquences 5G devrait intervenir sur le dernier trimestre de l'année 2019 en France. Getty Images

    La 5G, nouvelle norme de téléphonie mobile, poursuit son développement dans le monde. Mais les Occidentaux s’inquiètent des risques pour leur sécurité, alors que l’équipementier chinois Huawei est soupçonné d’espionnage par les États-Unis. Pour fixer les règles du futur appel d’offres et limiter les risques, un nouveau texte de loi débute ce mercredi 3 avril son parcours à l’Assemblée nationale française.

    C’est un constat partagé par tous les acteurs de ce dossier complexe : le temps presse. Les appels d'offres pour attribuer les fréquences 5G en France devraient en effet débuter à l'automne 2019. Les Allemands, par exemple, ont déjà commencé le processus. Il faut donc fixer au plus vite les règles du jeu. Le rapporteur de la loi, le député LaREM, Eric Bothorel, explique qu’avec les nouveaux usages que promet la 5G (mobilité, e-santé, industrie, robotique, etc.), «  notre niveau d’exposition aux risques devient un peu plus important. Il faut donc faire évoluer le périmètre pour s’assurer que les usages puissent se dérouler dans de bonnes conditions. » Dans le détail, les opérateurs télécom ne pourront pas choisir n'importe quel équipement pour déployer leur 5G. En fonction de plusieurs critères, il faudra une autorisation préalable du Premier ministre. C'est lui qui dira s'il y a un risque pour la défense ou la sécurité nationale.

    Cadre et concurrence

    Ce cadre est d’ailleurs réclamé par les opérateurs télécom. Philippe Lucas, vice-président d’Orange, chargé de la standardisation et du développement des écosystèmes, « souhaite avant tout que la situation se clarifie. Ensuite, on verra si chacun des industriels répond aux besoins ou aux cahiers des charges qui seront fixés par le régulateur. On est au début d’un nouveau processus. On encourage nos partenaires opérateurs européens à contribuer à ces cadres de sécurité. D’où l’importance aussi d’avoir une saine concurrence sur les équipementiers au niveau infrastructures pour que nos clients puissent en bénéficier à des coûts raisonnables ». Une saine concurrence, pour le bien du consommateur. En effet, plus il y a de candidats dans la course à la 5G, moins les tarifs vont grimper. Pour l'instant, en Europe, le suédois Ericsson et le finlandais Nokia sont les mieux placés. La présence ou non de Huawei comme troisième larron changerait donc beaucoup de choses.

    « Ni naïf ni paranoïaque »

    Car le nom de l'épouvantail chinois est sur toutes les lèvres. Les Américains font pression sur leurs alliés occidentaux pour écarter le géant chinois de la 5G. Ils y ont réussi au Japon, en Australie, et en Nouvelle-Zélande. Sauf que pour le moment, les Européens résistent. La Commission de Bruxelles a lancé un plan pour sécuriser la 5G, mais Huawei n'est pas cité dans le texte. Il ne l'est pas non plus dans la loi que va présenter Eric Bothorel, apparemment imperméable à toutes les pressions. « La meilleure façon d’y répondre, ce n’est pas de désigner un acteur parce qu’il aurait telle ou telle nationalité. Sans être ni naïf ni paranoïaque, il faut conduire une proposition de loi qui est de nature à rassembler tous les éléments qui permettent de sécuriser les réseaux, et qui s’appliquent à tous. C’est la meilleure façon de ne pas succomber à des logiques géopolitiques. » Et le député de réfuter les titres lus dans la presse française évoquant une « loi Huawei ». Eric Bothorel parle plutôt d’une «  réponse technique et technologique à un problème technique et technologique. »

    Huawei en avance

    Quels que soient les questionnements, en France et ailleurs, Huawei est devenu incontournable sur ce marché stratégique. Le groupe chinois semble même avoir pris plusieurs longueurs d’avance dans le domaine de recherche. Rencontré dans une conférence organisée à l’Institut Mines Telecom, Yann Dietrich, vice-président de France Brevets, raconte que les Chinois et Coréens se déplacent en masse dans les groupes de travail sur la standardisation. « Huawei, ça va être des délégations de 50 à 80 personnes. Quant aujourd’hui, le seul équipementier télécom français comme Sequans ne va envoyer qu’une dizaine de personnes maximum. C’est là où l’on a vraiment besoin de déployer beaucoup plus de ressources. » Permettre aux industriels européens de lutter à armes égales, une piste pour éviter de dépendre de la technologie chinoise. Une semaine après la visite de Xi Jinping, et alors que les émissaires de Huawei multiplient les initiatives pour rassurer, la France s'engage enfin sur le chemin incertain et escarpé de la 5G.

    ► À lire aussi : Affaire Huawei, pourquoi les chinois font-ils si peur?

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