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    Afrique

    Vente du cacao suspendue: la manœuvre risquée du Ghana et de la Côte d'Ivoire

    media Plantation de cacao à Toumodi, en Côte d'Ivoire, le 13 octobre 2018. REUTERS/Thierry Gouegnon

    Le Ghana et la Côte d'Ivoire ont annoncé suspendre la commercialisation de la récolte de cacao 2020-2021 si elle n'est pas payée au minimum 2 600 dollars la tonne. Cette démarche des deux plus grands pays producteurs au monde est une première spectaculaire, mais elle comporte des risques.

    Cette alliance du Ghana et de la Côte d'Ivoire est historique. Ils étaient plutôt des concurrents du cacao jusqu'à présent, puisqu'ils faisaient même varier d'une frontière à l'autre le prix payé au producteur pour attirer de la marchandise chez eux. Mais depuis l'effondrement des cours en 2015-2016, ils se concertent beaucoup plus, pour envisager des actions conjointes, notamment pour lutter contre cette contrebande. Mais aussi pour peser, enfin, sur le marché mondial, puisqu'ils représentent à eux seuls 65 % de la production mondiale.

    Marché porteur

    Le bras de fer a-t-il des chances de réussir ? À court terme, peut-être. Le marché est favorable, il a d'ailleurs réagi dans le sens qu'attendaient le Ghana et la Côte d'Ivoire puisque les cours ont grimpé. Ils sont à leur plus haut niveau depuis près d'un an. Il faut dire que la demande de cacao est forte sur tous les continents, et que des craintes se font jour sur la production dans les cacaoyères du Ghana qui subissent un regain de « swollen shoot », le virus qui tue les arbres. En Côte d'Ivoire, la prochaine production pourrait aussi baisser faute de pluie. La hausse des prix reflète tout cela.

    Certains acteurs de l'industrie du chocolat estiment eux-mêmes que les cours sont trop faibles et que les planteurs devraient être mieux rémunérés, certains sont prêts à payer plus cher, mais pas tous et certainement pas sur la durée.

    Risques d’encourager les concurrents

    Si le Ghana et la Côte d'Ivoire parient à long terme, c’est risqué. Pour le moment, des gros acteurs comme Cargill ou Cemoi ont des capacités de broyage en Côte d'Ivoire. Ils ont investi et n'ont pas intérêt à délaisser le cacao ivoirien et ghanéen. Mais pour pouvoir peser de façon prolongée sur le marché, il faut pouvoir stocker les fèves longtemps, car c'est un produit fragile. Et le faire correctement coûte très cher. Le Ghana et la Côte d'Ivoire en ont-ils les moyens ? Cette dernière avait tenté l'expérience dans les années 1980 mais elle n'y est pas parvenue et elle a dû, in fine, brader son cacao.

    L'autre risque, c'est que les acheteurs de fèves, qu'il s'agisse de négociants ou de multinationales, se reportent peu à peu sur d'autres pays producteurs moins exigeants, tels que le Cameroun, le Nigeria ou l'Équateur, et encouragent l'augmentation des superficies dans ces pays concurrents, aux dépens du Ghana et de la Côte d'Ivoire.

    Période pré-électorale

    Le pari pourrait n’être qu’à court terme, la Côte d'Ivoire et le Ghana sont en période pré-électorale. Ils ont besoin des revenus du cacao. Les organes de régulation dans ces deux pays n'ont plus de réserves, en raison de la chute des cours de 2016, mais aussi de grosses erreurs de gestion. Il est aussi nécessaire d'afficher une volonté de faire remonter le prix au planteur, actuellement très bas. En Côte d'Ivoire, les producteurs ne reçoivent plus que 750 francs CFA le kilo, 40% de moins qu'avant la chute des cours de 2016. Et encore, les producteurs se plaignent du fait que ce prix garanti ne soit pas respecté. Obtenir, même ponctuellement, plus de rentrées du cacao permettrait de leur offrir un meilleur revenu, si l'industrie du cacao joue le jeu quelque temps.

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