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    Asie-Pacifique

    Alliance Renault-Nissan: les Japonais menacent de revoir la structure du capital

    media Le numéro un de Nissan, Hiroto Saikawa, en décembre dernier à Yokohama. REUTERS/Kim Kyung-Hoon/File Photo

    Le patron de Nissan avertit que le constructeur pourrait revoir sa structure capitalistique avec Renault. Si elle n'est pas rééquilibrée, dit-il, elle pourrait vite « se briser ». Hiroto Saikawa ajoute que la priorité, c'est le redressement de Nissan, et non un renforcement de l'alliance. Des déclarations tout sauf apaisantes, même le chaos a été évité lors de l'AG du groupe japonais ce mardi 25 juin 2019.

    Hiroto Saikawa s'est exprimé dans le cadre de l'assemblée annuelle des actionnaires de Nissan, organisée ce mardi 25 juin 2019 à Yokohama, en présence de son homologue le président de Renault, Jean-Dominique Senard.

    Les actionnaires - plus de 2 800 s'étaient déplacés - ont, lors de cette réunion tendue, validé la nouvelle composition du conseil d'administration, profondément remanié et élargi à onze membres, dont sept administrateurs externes.

    Mais à cette occasion, le patron du constructeur japonais a refroidi ceux qui espèrent que l'alliance avec Renault pourra survivre sans un rééquilibrage après l'arrestation de son architecte Carlos Ghosn, accusé de malversations financières.

    « Nous voulons une relation gagnant-gagnant avec Renault. » « Si la relation bascule dans un rapport gagnant-perdant, elle se brisera très vite », a-t-il déclaré, comme le rapporte notre correspondant à Tokyo, Frédéric Charles.

    « Nous devons trouver une structure qui rende l'alliance pérenne : devons-nous revoir les participations croisées ? Peut-être, peut-être pas. » « Si le déséquilibre devient facteur d'instabilité, nous mettrons le sujet sur la table. »

    « Si nécessaire, nous réviserons la relation capitalistique entre les deux partenaires », prévient le Japonais. Renault contrôle 43% du capital de Nissan, qui ne possède que 15% de la « marque au losange », sans droit de vote.

    Le projet avec Fiat Chrysler, « occasion perdue »

    De son côté, M. Senard a été critiqué par des actionnaires individuels, qui lui reprochent notamment d'avoir poussé à une absorption de Nissan, de n'avoir pas informé Nissan dans l'affaire Fiat Chrysler, et d'avoir menacé de bloquer l'AG.

    « En tant qu'administrateur de Nissan, quelle est votre mission, M. Senard ? », s'est énervé un petit porteur. « Les six premiers mois, vous auriez dû prendre le temps d'observer et de bâtir une relation de confiance. »

    « Depuis que je suis arrivé, j'ai tout fait pour apaiser » les tensions au sein de l'alliance, a répondu Jean-Dominique Senard, propulsé après l'arrestation de M. Ghosn. Et d'ajouter qu'il avait « abandonné son droit » à présider Nissan...

    Accusé d'incarner « la sournoiserie des Français », le patron de Renault s'est répété : « Je vous prie de me croire, je n'avais aucune intention agressive », « je m'excuse encore si vous en éprouvez du ressentiment à mon égard ».

    Au sujet du projet de fusion avec Fiat Chrysler, le patron de la « marque au losange » a regretté qu'il n'aboutisse pas. Une « occasion perdue » selon lui. Et de nier s’être opposé au projet de réforme de la gouvernance de Nissan.

    Saikawa devrait être maintenu à son poste

    En fait, le président de Renault avait bien menacé, au début du mois de juin, de ne pas approuver la nouvelle gouvernance de Nissan si le constructeur français n’était pas mieux représenté dans cette nouvelle instance.

    Le président du conseil d'administration de Renault voulait simplement « équité et parité », dit-il. Il a finalement réussi à placer ses représentants dans la nouvelle structure de gouvernance, et Renault a voté le projet lors de la réunion du jour.

    Jean-Dominique Senard, mais aussi le directeur exécutif de Renault, Thierry Bolloré, siégeront ainsi tous les deux au sein de deux des trois comités créés pour renforcer les contrôles internes - nominations, audit et rémunérations.

    Grâce à Renault, M. Saikawa devrait être maintenu à son poste, même s'il lui est reproché d'avoir sa part de responsabilité dans les malversations reprochées à M. Ghosn, et s'il aurait enfreint les règles pour s'offrir une propriété à Tokyo.

    Malgré les critiques, cet ancien fidèle de Carlos Ghosn - qui lui avait confié les commandes exécutives en 2017 -, est considéré comme le seul dirigeant capable de s'opposer à toute tentative de Renault de fusionner avec Nissan.

    Réunion tendue, donc. Le chaos a toutefois été évité, avant l'arrivée au Japon du président français. Emmanuel Macron souhaite rappeler « l'attachement fort de la France à l'alliance » née il y a 20 ans entre Nissan et Renault.

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