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    La fête du beaujolais nouveau ternie par les taxes américaines

    media Des amateurs de beaujolais nouveau dans les rues de Lyon, le 14 novembre 2018. AFP/Romain Lafabregue

    Les amateurs du vin primeur se sont donné rendez-vous ce 21 novembre. C’est l’occasion de (re)découvrir la belle région du Beaujolais et son cépage roi, le gamay, si apprécié des Japonais et des Américains. Ces derniers risquent toutefois de payer plus cher leurs bouteilles en raison des taxes supplémentaires qui frappent les vins français.

    Sentiment d’injustice et stupéfaction règnent parmi les producteurs du Beaujolais depuis l’entrée en vigueur le 18 octobre 2019 des droits de douane supplémentaires sur les exportations de vins aux États-Unis. « C’est la colère ! », lance Dominique Piron, président de l’Inter Beaujolais et vigneron à Morgon. Et pour cause : les États-Unis sont devenus le premier marché des vins du Beaujolais à l’exportation devant le Japon, leur marché historique.

    À lire aussi : Donald Trump a-t-il raison de vouloir surtaxer le vin français ?

    Un travail de longue haleine

    Les Américains ont été séduits par le côté fraîcheur, digeste et peu tannique du beaujolais. Un type de vin qu’ils ne trouvent pas forcément chez eux. Si les appellations Beaujolais-Villages semblent les attirer le plus (40 % de l’offre), ils s’intéressent aussi aux dix crus du Beaujolais. Cela fait un moment que le marché américain était dans le viseur des producteurs du Beaujolais. Ils ont mené un travail acharné auprès des leaders d’opinion avec des cours, des dégustations et d’autres événements organisés de l’autre côté de l’Atlantique. Des sommeliers, des journalistes, des importateurs, des cavistes ainsi que des représentants de l’e-commerce ont fait le déplacement pendant la troisième édition de Vinexpo Explorer consacrée cette année au Beaujolais. Tout au long de l’année, viticulteurs et négociants ont fait des tournées « pédagogiques » dans les grandes villes américaines, mais aussi sur les côtes est et ouest des États-Unis, car c’est notamment là-bas que leurs vins plaisent.

    Édouard Parinet dirige le Château du Moulin-à-Vent, un domaine familial. Présent sur le marché américain depuis six ans, il y vend 25 000 bouteilles. « L’augmentation des taxes est un frein à notre progression », confirme-t-il. Si jusque-là il n’a pas eu d’annulations de commandes, le vigneron a dû s’adapter à cette nouvelle donne.

    Un « gentleman agreement »

    En temps normal, le vin subit deux sortes de taxes aux États-Unis : la première à son arrivée sur le territoire national, puis la seconde en fonction de l’État où il est vendu. L’augmentation imposée par Donald Trump correspond à la taxe d’entrée sur le territoire américain. Celle-ci est passée à 25 %, une somme considérable qui pourrait faire grimper le prix de la bouteille de 45 %. Afin de ne pas faire porter le poids de cette augmentation au consommateur américain (le risque, c’est qu’il se tourne vers des vins plus accessibles), les importateurs et les distributeurs se sont tournés vers les producteurs pour trouver un arrangement. Si pour l’instant il n’y a pas eu d’annulations de commandes, c’est parce que tous les acteurs ont accepté de jouer le jeu. Chacun paie une partie de la taxe. Le but est que le prix n’augmente pas pour le client final. Sachant qu’aux États-Unis une bouteille de beaujolais coûte entre 22 et 27 dollars. Et pour certains crus, ce prix peut monter jusqu’à 70 dollars !

    S’adapter, mais ne pas abandonner

    Mais cet arrangement pourrait ne pas tenir sur le long terme, tandis que la taxe, elle, risque de s’installer, redoute Dominique Piron. « Le maître mot sera s’adapter », abonde Édouard Parinet. Maintenant qu’ils se sont établis aux États-Unis, premier marché mondial de vin, les producteurs du Beaujolais comptent bien y rester. Conscients des enjeux, ils n’abandonnent pas l’idée de faire évoluer les choses. « Notre objectif est que les taxes à l’importation baissent », martèle le président de l’interprofession. La question reste : qui aura le dernier mot, l’administration Trump ou le consommateur américain ?

    ►À écouter aussi : Foire aux vins : les vins de France se font une place dans les rayons

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