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Près de trois ans après avoir stoppé ses exportations de riz, l'Inde ne sait pas quoi faire de ses stocks de grains, le riz commence à pourrir. Un paradoxe dans un pays où plusieurs dizaines de millions d'habitants souffrent encore de la faim.

Il y a deux jours, la Cour suprême indienne s'est fâchée contre le gouvernement : « Allez-vous laisser pourrir le riz dans les entrepôts, ou vous décider à le distribuer aux pauvres ? » Depuis quelques mois, les entrepôts de grains débordent en Inde. Résultat d'une décision cruciale prise à la fin de l'année 2007 : le gel des exportations de riz - à part le basmati - pour protéger la consommation intérieure.

De la part du deuxième producteur mondial, cet embargo avait été la première étincelle avant la flambée des prix mondiaux, nourrie aussi par la rétention du riz thaïlandais. On avait à l'époque montré l'Inde du doigt. « Mais a posteriori, la décision indienne était justifiée, tempère une spécialiste de la FAO, étant donné la mauvaise mousson qui a suivi, avec une récolte de riz catastrophique ». Cette année, au contraire, la production de riz sera généreuse, et on le sait depuis le début de l'année. « C'est à ce moment-là que l'Inde aurait dû se délester un peu de ses stocks, juge un autre expert. Les marchés craignaient d'ailleurs beaucoup que Delhi renonce à son embargo du jour au lendemain, ce qui aurait inondé le marché mondial et déprimé les prix, déjà bien bas ». Mais l'Inde n'a pas bougé, elle commence à peine à écouler une centaine de milliers de tonnes à destination du Bangladesh.

Aujourd'hui la situation est devenue ingérable : le riz indien commence à pourrir. Le représentant du gouvernement dit avoir été débordé par les quelques 20 millions de tonnes à entreposer, le double des stocks nécessaires. Réponse sarcastique des juges de la Cour suprême : « Si vous aviez un réfrigérateur pouvant stocker 10 kg de crème glacée chez vous, est-ce que vous en achèteriez 100 kg en sachant pertinemment que 90 allaient fondre ? ». Ces échanges relatés dans la presse indienne seraient drôles si ces stocks parvenaient au moins à remplir une de leur mission, à savoir nourrir les plus nécessiteux du pays. Mais ce n'est pas le cas, le système de cartes de rationnement est dévoyé par nombre de faux bénéficiaires et par la corruption. Faute de logistique appropriée, tel district regorge de riz tandis qu'un autre n'en voit pas un grain.

Plus de 600 millions d'Indiens souffriraient de malnutrition. Alors que faire ? L'Inde rechigne à procéder à une distribution généralisée de riz, qui ferait s'effondrer les prix payés à ses riziculteurs. Des paysans aux intermédiaires du commerce du riz, Indiens et étrangers, finalement, beaucoup ont intérêt à regarder le riz indien pourrir.

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