Une conférence qui en rappelle une autre… Celle de Berlin, à la fin du XIXe siècle, estime Le Républicain au Mali, la conférence de Berlin « qui procéda au partage de l’Afrique comme un gâteau d’anniversaire. » Les présidents sud-africains et nigérian, Zuma et Goodluck n’étaient pas à Paris, relève le quotidien malien : « ils ne voulaient sans doute pas être témoins de la danse du scalp que ne cesse de danser Sarkozy depuis la victoire héroïque des plus grandes armées du monde liguées contre un petit pays désemparé. Ils ne voulaient pas être les gros plans d’une campagne électorale qui, faute de résultats intérieurs probants, exhibera les têtes de Gbagbo et de Kadhafi, s’exclame Le Républicain. En essayant d’intimider et d’étouffer le débat sur la signification réelle de la guerre contre la Libye. Et puis en inhibant les réactions africaines au motif que Kadhafi avait corrompu nos dirigeants alors que ses milliards de dollars de réserve sont gérées par un occident qui a le don de s’auto-disculper. »
Recolonisation ?
Le Nouveau Courrier en Côte d’Ivoire renchérit : « l’Afrique est en cours de recolonisation, affirme-t-il. Pour s’en convaincre, il faut analyser avec froideur la chorégraphie des sangsues exécutée lors de la Conférence de soutien à la Libye nouvelle tenue à l’Elysée jeudi dernier. La Libye est tombée ! », déplore le quotidien ivoirien. « Hier nation liquide, dont le fonds souverain allait sauver Unicredit, première banque italienne, de la banqueroute, la Libye est aujourd’hui un Etat mendiant paradoxal, qui supplie des Etats quasiment en faillite de lui rétrocéder un peu de son argent. La Libye est sous curatelle occidentale, poursuit Le Nouveau Courrier. Et ses tuteurs sont sadiques : ayant créé eux-mêmes les conditions de son irresponsabilité, ils comptent désormais bien la lui reprocher pour conserver entre leurs mains son fabuleux trésor, et le soumettre à tous types de chantages. »
On revient au Mali avec le journal Le Pouce qui estime pour sa part que « la guerre en Libye aura des répercussions graves voire dangereuses pour la sous-région ouest-africaine. En proie déjà au terrorisme et autre banditisme dans la bande sahélo-saharienne, les Etats africains notamment ceux qui partagent cette bande, auront fort à faire, affirme Le Pouce, puisque la France, dans son seul souci d’en finir rapidement avec Kadhafi, s’est offert le vilain plaisir de distribuer des armes dont personne ne connait aujourd’hui, la destination finale. A coup sûr, elles vont finir entre les mains de terroristes ou de bandits de grand chemin. Certes, poursuit le quotidien malien, les objectifs ne sont pas les mêmes en ce qui concerne la crise en Libye. Pour les Grandes puissances qui interviennent aux côtés des rebelles, l’objectif est clair et est le même pour toutes : décrocher des contrats énormes (…). Pour cela, il faut détruire plus pour reconstruire plus. Mais pour l’Union Africaine, notamment les pays membres qui avaient gardé des liens étroits avec le Guide, la solution de la crise doit, avant tout, être pacifique, politique afin d’éviter à la Libye des lourdes pertes dont elle ne se relèvera jamais. »
Vers une « nouvelle » Libye ?
« Quelle Libye après Kadhafi ? », s’interroge Le Soleil au Sénégal. « Troisième producteur mondial d’un or noir de haute qualité, la Libye dispose actuellement de réserves financières estimées à 129 milliards de dollars, sans compter ses autres biens disséminés à travers le monde, affirme le quotidien sénégalais. Cela fait naturellement l’objet de convoitises de la part des Occidentaux qui veulent chacun jouer les premiers rôles dans la reconstruction de la Libye. Le départ de Kadhafi, poursuit Le Soleil, entraînera une réorientation politico-économique de la Libye, à qui le CNT promet des élections dans huit mois. (…) Mais après 42 ans de pouvoir absolu, les Libyens, qui n’ont jamais voté, redoutent cette perspective politique. » Et Le Soleil de conclure : « il ne faudrait pas injurier l’avenir dans ce pays où les lueurs de sorties de la dictature politique contrastent avec les risques de pertes d’une autonomie économique. C’est un vrai dilemme pour les Libyens qui, bien que asservis par le régime de Kadhafi, jouissaient d’un pouvoir économique qui faisait que leur pays figurait comme un Eldorado. »
En tout cas, pour le site d’information Fasozine, la « nouvelle Libye » n’est pas encore pour demain… « Pressés par ses alliés de prendre les rênes d’un pays qui a le malheur d’être trop riche en pétrole, le Conseil national de transition est visiblement plus préoccupé à dérouler une feuille de route pour la forme. En effet, relève Fasozine, il semble illusoire de vouloir mettre la Libye sur les rails d’une démocratie qu’elle n’a jamais expérimentée. Le plus dur sera certainement de créer des espaces de liberté (…). Et il faudra beaucoup de tact pour passer de l’héritage de 42 ans de pouvoir sans partage de Kadhafi à une véritable république respectueuse des droits des minorités, des femmes et des faibles. (…) Les rebelles n’échapperont pas à la dure épreuve de la réalité d’un terrain, conclut Fasozine, qui n’est du reste pas encore pacifié. »

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