lundi 26 septembre 2011
Une taxe minière adoptée dans la douceur au Pérou
Les salines de Maras au Pérou.
Les salines de Maras au Pérou.
Emmanuel Dyan
Par Claire Fages

Lors de l'élection d'Ollanta Humala au Pérou, en juillet dernier, on s'attendait à un bras de fer avec l'industrie minière. C'est par la négociation que le président de gauche a obtenu un milliard de dollars supplémentaires pour financer ses programmes sociaux

Avec trois nouvelles taxes sur les profits des compagnies minières, dont une s'appliquera spécifiquement aux sociétés qui bénéficiaient d'un régime très favorable depuis l'ère Fujimori, le gouvernement d'Humala fait passer le fardeau fiscal, pour l'industrie minière, de 38% à 43%. Pourtant, la Société péruvienne des mines, du pétrole et de l'énergie s'est dite satisfaite de la loi adoptée jeudi dernier au Parlement. Quant au plus grand producteur d'or au monde, le Canadien Barrick Gold, il a dit continuer à parier sur le Pérou !

Ce que craignaient le plus les groupes miniers péruviens et étrangers, c'était le bras de fer autour de propositions qui leur auraient semblé inacceptables. Un tel blocage aurait mis en péril les 50 milliards de dollars d'investissements prévus dans ce pays, devenu en dix ans le deuxième producteur mondial d'argent et de cuivre et un producteur majeur d'or et de zinc. Le nouveau gouvernement n'y avait aucunement intérêt, sachant que le Pérou tire 60% de ses recettes d'exportation des mines, il a négocié tout de suite avec l'industrie le contour de son projet fiscal.

Le projet fut adopté immédiatement par le Parlement jeudi 22 septembre avec une condition extrêmement importante pour les compagnies minières, inscrite désormais dans la loi : les dispositions ne changeront pas en cours de mandat ! L'incertitude est tout ce que détestent les investisseurs, elle a pris fin. Par ailleurs, le taux d'imposition sera plus ou moins élevé selon le poids des bénéfices miniers. Une assurance pour l'avenir alors que l'économie mondiale ralentit, celle du Pérou y compris, et que les prix des métaux se sont nettement repliés. Au total, la contribution de l'industrie minière reste en ligne avec celle qui prévaut au Chili depuis l'an dernier.

Le gouvernement péruvien prévoit de percevoir 3 milliard de soles, soit un plus d'un milliard de dollars supplémentaires par an pour financer ses nouvelles mesures sociales, dont l'augmentation du salaire minimum de 25%. En revanche, ces prélèvements ne seront plus automatiquement reversés aux régions minières, comme autrefois, ce qui risque d'attiser les mécontentements locaux. Et ce en dépit de la loi votée au début du mois qui impose de consulter les populations locales avant tout projet minier car elles n'auront de toutes façons aucun droit de véto si elles sont insatisfaites.
 

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