Le débat se poursuit au sein de la presse ivoirienne et plus largement dans les médias de la sous-région. Pour les journaux ivoiriens proches du pouvoir, ce transfert de l’ex-président devant la justice internationale était inéluctable. Certes, admet L’Inter, c’est « une triste fin pour un homme d’Etat qui aura rythmé la vie politique ivoirienne ces dix dernières années. » Mais, souligne le journal, « on n’en serait pas là si l’ex-homme fort d’Abidjan ne s’était pas obstiné à vouloir confisquer le pouvoir après avoir perdu la présidentielle du 30 novembre 2010. Pour nombre d’observateurs, Laurent Gbagbo est victime de son entêtement à s’accrocher au pouvoir en dépit des appels incessants de la quasi-totalité de la communauté internationale à y renoncer. »

Analyse similaire pour Fraternité Matin qui reprend en Une les propos tenus hier par le Premier ministre, Guillaume Soro : « Gbagbo à la CPI, c’est le prix du manque d’humilité et de repentance… » Et pour Fraternité Matin, la Cour pénale internationale est on ne peut plus légitime pour juger Gbagbo : « la Cour pénale internationale semble être aujourd’hui un mal nécessaire pour un continent qui refuse d’inscrire le respect des droits de l’Homme au centre de ses priorités, affirme Frat’ Mat. (…) L’égoïsme et l’envie démesurée du pouvoir des petits princes ont trop fait de mal au continent. Il est sans doute temps de mettre fin à cela. En invitant la CPI dans l’imbroglio ivoirien, les nouvelles autorités jouent gros pour l’avenir. Un avenir qu’elles souhaitent porteur d’espoir. »

Pour Le Temps, quotidien d’opposition, c’est la France qui a tiré les ficelles dans cette affaire… « On va vu le roi Sarkozy décharger une grande haine contre le Président dans cette crise postélectorale, s’exclame le journal. Il voulait par tous les moyens, avoir sa tête. La France avait juré de l’avoir, comme elle l’a fait pour Sankara et autres. (…) Les ivoiriens sont ahuris, poursuit Le Temps, de voir la Côte d’Ivoire revivre de plain-pied, une recolonisation à visage découvert. On se rend compte que loin des discours purement politiciens il n’y a que la volonté de la France qui compte en Afrique. »

Gbagbo mais pas Seïf El Islam…

Dans la presse de la sous-région, on affiche une certaine perplexité… Pour Le Républicain au Mali, « le président Ouattara aurait tort de se frotter les mains. Car, en lieu et place du procès 'du pouvoir ou la mort' organisé sur les lieux du crime et qui aurait été d’une valeur pédagogique certaine pour la Côte d’Ivoire et pour l’Afrique, il s’est empressé de délocaliser sa responsabilité. (…) Gbagbo à la Haye est un martyr pré-positionné, affirme le quotidien malien, alors qu’à Abidjan des vainqueurs, il pouvait rester l’ordonnateur conspué de plus d’un charnier. (…) La plus grande faiblesse du procès Gbagbo résidera en ceci, relève encore Le Républicain : ce n’est pas que Gbagbo soit innocent mais qu’Ocampo ne soit plus crédible. Il ne veut pas de Seïf El Islam chez lui mais l’ancien homme fort d’Abidjan, il le veut. »

« Gbagbo à la Haye : Est-ce bien opportun ? », s’interroge pour sa part L’Observateur  au Burkina. « Pourquoi maintenant ? Au regard de la philosophie d’apaisement des nouvelles autorités ivoiriennes, on a de la peine à comprendre. (…) ADO a-t-il été l’objet de pressions de ses amis occidentaux au cours de sa dernière visite européenne ? (…) A-t-on décidé d’emballer le cas Gbagbo pour se venger du rigorisme de ses partisans ? »

Et dans le camp Ouattara ?

En tout cas, poursuit le quotidien burkinabé, « à qui le tour à présent ? Personne ne poussera l’angélisme jusqu’à oser croire que le diable avait établi ses quartiers du seul côté du FPI ; la CPI le sait à perfection qui a, dans son collimateur, des éléments qu’elle a pêchés, pour les uns, dans le camp de Gbagbo, pour les autres, dans celui d’ADO. »

Et « le plus délicat, pronostique L’Observateur, interviendra lorsqu’il faudra livrer Losseni Fofana, Ousmane Coulibaly, Chérif Ousmane ou Amadé Ouermi ; lorsque le moment en sera venu, ADO se devra d’avoir le cran de le faire ; par obligation d’impartialité, ne serait-ce que pour convaincre ses détracteurs qu’il n’est pas partisan d’une triviale justice des vainqueurs. »

Même constat pour Le Pays, toujours au Burkina : « Alassane Ouattara avait promis, de concert avec le procureur de la Cour internationale de La Haye, que tous les criminels de la période postélectorale seraient poursuivis, tous bords politiques confondus. Une parole donnée et que les deux hommes doivent respecter, affirme le quotidien burkinabé, au nom de la bonne conduite du processus de réconciliation. Il faut aussi éviter de donner raison à ceux qui crient à une justice des vainqueurs. Ouattara et Ocampo, sur ce point, sont sur la même longueur d’ondes : personne n’échappera au glaive de la justice. Qu’il en soit ainsi ! »

Fiche Pays :
Commentaires (2)

le transfert anonyme du

Le transfert anonyme du président Gbagbo à la Haye est une atteinte et un coup de tanneur à la souveraineté de l'Union Africaine que meme du peuple ivoirien. C'est une honte et indignation du Président OUATTARA pour quoi SEIF EL ISLAM n'a pas été extradé malgré la hâte d'OCAMPO par ce que les Africains Arabe n'acceptent pas le déshonneur alors que ce n'est pas notre cas. La justice ivoirienne est compétente pourquoi pas en Cote d'Ivoire cela montre bien que les décisions africaines viennent de l'extérieur....

Vraiment dans ce monde OU nous sommes il n'y pas de vérité, pas d'humanité et le terme de droit de l'homme devrait périr ou retirer par ces inventeurs qui eux même le viole quotidiennement.....à quand notre AFRIQUE comprendra ce monde injuste.

Fallait-Il transférer Gbagbo à la CPI?

Il y avait certainement une autre solution. Il y a toujours une solution lorsqu'on veut bien y mettre du sien, surtout lorsqu'on a le pouvoir de décider de la vie et de la mort. Mais dans ce cas de figure, la haine, l'obsession d'avoir été humilié poussent à des décisions ultimes. Que je sache le pire a été commis sous tous les cieux, jusque-là certains dirigeants qui l'auraient bien mérité n'ont pas été envoyés à la CPI... Honte à l'Afrique qui a abordé un nouveau tournant, bien sombre...

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