
A Cuba, en marge de la réunion extraordinaire des membres du PC où l'on discute de l'ouverture politique du régime, avec peut-être plus de liberté d'expression, une presse moins censurée, la jeunesse se donne rendez-vous comme tous les week-ends sur la Calle G, l'un des plus grands axes de La Havane, devenu le symbole d'une jeunesse libre.
De notre envoyé spécial à La Havane
Ils sont le visage de l'ouverture du régime. Ces jeunes déambulent une bouteille de rhum Havana blanc à la main… C'est ici qu'ils s'expriment, qu'ils sortent, refont le monde, jouent de la guitare dansent, à défaut de pouvoir se payer l'entrée d'une discothèque. Luis Alberto apprécie cette liberté. « On lui doit quelque chose à ce pays. Avec le peu qu'on a, on peut être reconnaissant. Parce dans combien de pays, des personnes, aimeraient être assises à notre place. Dans beaucoup d'autres, rien que le fait de t'assoir librement comme ça, on peut t'attaquer, te tuer, ou on t'arrête parce que t'es juste assis librement dans un parc, tu comprends ? »
Au milieu de cette désormais mythique Calle G, une avenue large, une promenade piétonne au centre, avec bancs et statues à l'effigie des héros révolutionnaires, on trouve de tout. Des rappeurs qui font du skate, des gothiques habillés tout en noir, avec de grosses croix sataniques, des punks coupe iroquoise, comme Ivan, un anneau dans le nez. « Le punk aimerait faire sa propre loi. Pourquoi vivre dans ce monde si ce n'est pas selon notre loi, nos règles, notre justice. En fait, c'est une posture anarchiste mais qui n'est pas contre la révolution. »
A La Havane, on a entendu parler bien sûr de ces jeunes indignés européens ou américains, qui critiquent le système capitaliste. On sait aussi que d'autres ont participé à des révoltes contre les régimes autoritaires en Egypte, en Tunisie ou en Libye, même si souvent, l'information reste plus caricaturale. Assis par terre au milieu de ses amis, Raul, joue les porte-parole du groupe : « L'information qui nous arrive c'est que les musulmans, c'est un mouvement révolutionnaire dont la motivation principale est Allah. Et ils aiment par dessus tout ce que veut et décide Allah. Et être Taliban, c'est un privilège pour eux ».
A première vue, ces jeunes jouissent d'une liberté enviable, lorsque faire la fête au coeur d'une place publique en Europe devient de plus en plus difficile voire interdit. Une liberté néanmoins sous contrôle, telle cette vieille Lada de la garde policière opérationnelle, qui fait des rondes, tous feux éteints, autour de l'avenue. Une patrouille qui n'échappe pas au regard d'Andres. « Regarde la police, même si t'as rien fait, ils vont te faire parler pour te mettre en prison. Ils ont dans la tête le vieux sentiment du mérite pour obtenir telle ou telle chose. Alors ils sont jaloux de nous, qui faisons un peu ce qu'on veut. Ce dont on a besoin, on l'obtient. Mais ça veut pas dire qu'on va lutter contre ça, car si tu luttes tu disparais. »
Les jeunes de la Calle G ne sont pas forcément représentatifs de la jeunesse cubaine. Ils appartiennent déjà à la petite bourgeoisie locale. D'ailleurs, à Cuba, face aux difficultés du quotidien, on dit : « Hay que Tener fe » : (« Il faut conserver la foi »). Mais Tener FE dans le double langage cubain, c'est aussi lorsque les initiales de FE, ou F.E. signifient Famille à l'Etranger, avoir la chance d'avoir des parents à Miami.

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