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« Du jamais vu depuis 1898 ! (…) Depuis l’affaire Dreyfus », relève Le Figaro. « De mémoire d’observateur parlementaire, nul n’avait le souvenir hier d’avoir vu le gouvernement quitter l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Un groupe politique, oui, souvent avec fracas. Mais des ministres, non. »

La raison du départ tonitruant : les propos du député de la Martinique, apparenté PS, Serge Letchimy. En réponse aux déclarations de Claude Guéant, samedi, sur l’inégalité des civilisations, celui-ci a contre-attaqué hier en évoquant le nazisme… Et la polémique est repartie de plus belle. « Le dérapage d’un député PS enflamme la campagne », s’exclame Le Figaro. « L’escalade des mots vide l’Assemblée », constate La Nouvelle République. « “Civilisations” : la polémique dérape », lance Le Républicain Lorrain. « L’Assemblée nationale dans le tourbillon des civilisations », affirme Libération.
 
Pour bon nombre de commentateurs ce matin, le député PS n’a fait que rajouter de l’huile sur le feu. « Il a transformé la polémique en clash, déplore La Voix du Nord. Incident de séance certainement prémédité, car un élu connaît le poids des mots et le choc qu’ils peuvent provoquer. Comparaison n’est pas raison. »
 
« L’outrance a changé de camp, renchérit La Nouvelle République. L’indignation vire de bord, on se déchire une fois encore au nom de la civilisation, lui rendant bien mal hommage. »
 
Pour Libération, « cet incident rarissime présente pour la majorité un double avantage : le dérapage du député Letchimy efface celui de Guéant, lequel n’a même pas eu à s’expliquer devant la représentation nationale. »
 
Le piège de Guéant
 
En fait, relève La Dépêche du Midi, « dans la jungle électorale, notre ministre de l’Intérieur est un redoutable poseur de piège. Et par malheur, en s’en prenant vertement à lui, le député martiniquais Serge Letchimy est tombé dedans. Sa réponse à Guéant, les mots utilisés – “camp de concentration”, “régime nazi” – ne pouvaient que provoquer un esclandre “surjoué” dans cette enceinte parlementaire où, en période électorale, les postures se font plus grosses que de raison. »
 
Certes, reconnait La République du Centre, « la gauche a sauté à pieds joints dans le piège tendu par Claude Guéant. (…) Il n’empêche que, dans le climat pestilentiel qui s’est installé, le pouvoir porte une grande responsabilité. Si escalade il y a, c’est parce que Claude Guéant s’est posé en premier de cordée. Nul n’était besoin d’aborder la question des civilisations en un moment où elle allait forcément donner lieu à récupération. »
 
« Il est décidément des débats qui n’honorent pas la politique et dont on se passerait volontiers », soupire La Charente Libre.
 
En effet, en cette période électorale, relève Le Journal de la Haute-Marne, « le chômage demeure la préoccupation numéro un. Et certainement pas l’analyse comparative des civilisations. Et encore moins les débats et les polémiques qu’elle peut déclencher. Il revient aux deux leaders dans les sondages, François Hollande et Nicolas Sarkozy, de calmer les ardeurs guerrières de leurs troupes, s’exclame le quotidien champenois. Et de ne pas laisser le débat politique s’écouler dans le sillon des provocations et des répliques disproportionnées. »
 
Finalement, ironise Le Canard Enchaîné, « qu’est-ce qu’il est fort ce Guéant ! Il ne s’abaisse pas à parler du chômage qui explose. Ni des usines qui ferment à tire-larigot. Ni du déficit commercial record. Ni des SDF qui s’entêtent à mourir de froid. »
 
Echanges d’amabilités…
 
En tout cas, la polémique n’est pas terminée… Le Figaro reprend l’offensive ce matin contre les socialistes : « plutôt que d’injurier Claude Guéant, ils feraient mieux de se demander par quel incroyable retournement de l’histoire Marine Le Pen prétend défendre aujourd’hui les valeurs de la République à leur place et séduit près d’un Français sur cinq. Si elle a capté des électeurs de gauche en déshérence républicaine, le ministre de l’Intérieur n’y est pour rien. Il n’a fait que mettre en lumière les remords du PS. »
 
Voilà pour la position du Figaro. De son côté, L’Humanité fait sa Une sur le 50ème anniversaire du massacre de Charonne, c’était à Paris, pendant la guerre d’Algérie. L’Humanité qui en profite pour tacler le ministre de l’Intérieur : « les villages incendiés, la torture banalisée, la discrimination institutionnalisée faisant des Algériens des étrangers dans leur propre pays, tout avait été justifié par le colonialisme au nom de cette odieuse prétention à la supériorité de la civilisation française et européenne, que le très sarkozyste ministre de l’Intérieur Claude Guéant tente de ranimer pour glaner des voix dans le fonds de commerce de l’extrême droite et établir des ponts entre UMP et FN. Par ce qu’elle charrie de criminel dans l’histoire de notre pays, conclut L’Humanité, cette relance de ce qui doit être pris pour ce qu’il est – le racisme – doit être vigoureusement combattue. »

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Commentaires (1)

Anders et Claude

Anders Behring Breivik n'est pas un nazi de la première moitié du XXe siècle. Il est le psychopathe qui a massacré 77 victimes dont une majorité d'adolescents, le 22 juillet dernier en Norvège. Claude Guéant n'est pas un psychopathe. C'est, selon François Baroin, un "profond républicain" ("ce qui ne veut rien dire mais a l'air profond", comme le fait remarquer Jean-Luc Porquet dans le Canard enchaîné), et également un ministre de l'intérieur et des cultes.
A l'ouverture de son procès, Anders Behring Breivik n'a manifesté aucun remords. Il a prétendu avoir agi "pour défendre son peuple, sa culture, sa religion". "Nous n'allions pas rester les bras ballants alors que l'on fait de nous une minorité dans notre propre pays", a-t-il dit.
Claude Guéant s'est illustré dernièrement par un discours sur les civilisations qui "toutes ne se valent pas", concluant ainsi : "En tout état de cause, nous devons défendre notre civilisation." Dans une précédente déclaration, le ministre avait affirmé : "Les Français, à force d'immigration incontrôlée, ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux..."
Toutes ressemblances entre les propos tenus par l'un et l'autre de ces deux personnages ne sauraient être que fortuites.

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