
Peut-on être catholique dans un des derniers pays communistes du monde ? Le Pape est attendu ce lundi 26 mars jusqu'au mercredi 28 mars 2012. Une visite déjà marquée par de nombreux incidents, alors que les opposants les plus critiques du régime veulent profiter de la visite papale pour faire entendre leur voix. Quatorze ans après la visite historique de Jean-Paul II, le pape vient soutenir la foi des Cubains. Etre catholique et communiste, c'est un grand reportage de Francois-Xavier Freland.
Le pape Benoît XVI ne vient pas que pour critiquer le régime qui est d'ailleurs en pleine mutation, mais bien plutôt pour sauver l'avenir de la religion catholique sur l'île. Certes, il va y avoir du monde autour du Saint Père pendant ces quelques jours de visite. Il est sûr de recevoir un accueil chaleureux, mais ceci reste une façade. L'église catholique elle aussi connaît des difficultés face à la montée des religions « afro-descendantes », comme la Santeria, qui se rapproche davantage du vaudouisme, que l'on retrouve en Haïti. Des croyances qui se sont développées dans le syncrétisme. Beaucoup de fidèles se disent catholiques, mais bien souvent pour pouvoir s'adonner à un culte pas entièrement autorisé. En gros, on se sert souvent de la religion catholique comme d'un bouclier. Et il est vrai, que finalement, dans cette crise des valeurs, vécues autant par le régime que l'Eglise catholique, même si elle fait encore salle comble, les deux autorités morales qui pourraient se rencontrer, Fidel CAstro d'un côté et le pape Benoît XVI de l'autre ont tout intérêt à marcher main dans la main.
Contexte de tension
Cette visite autorisée par les autorités cubaines va se dérouler sous le signe de la tension, alors que le pays s'ouvre trop lentement aux yeux des dissidents. La sécurité sera bien entendu maximale autour du pape Benoît XVI, mais surtout pour encadrer les quelques manifestions organisées par les dissidents pour tenter de faire passer le message d'ouverture. Ces dernières semaines et derniers jours, des dizaines d'opposants ont été arrêtés, alors que certains avaient pris une église en otage, que d'autres tentaient de manifester dans la rue. On voit bien que les autorités cubaines ont bien du mal à empêcher les Cubains mécontents de s'exprimer. Et en même temps, il faut rappeler que Raul Castro a montré plusieurs fois des signes de bonne volonté en libérant par vagues successives des centaines de prisonniers, dont certains politiques. Le régime veut montrer qu'il est à l'écoute, mais craint d'ouvrir trop rapidement les vannes de la démocratie qui pourraient mettre en péril la révolution castriste. Et Raul Castro l'a rappelé lors de la dernière conférence historique de février dernier : d'accord pour des changements, mais au sein du parti unique, le parti communiste cubain.
Le pape Benoît XVI est en visite à Cuba et pourrait rencontrer un autre visiteur de marque inattendu. Hugo Chavez est en effet arrivé dimanche à La Havane, en provenance de Caracas. Il est extrêmement malade, il a subi il y a peu une nouvelle opération chirurgicale pour soigner une récidive de son cancer. Depuis, le président vénézuélien, qui fait des allers et retours avec le Venezuela pour prouver qu'il est toujours aux commandes, va suivre de nouvelles séances de radiothérapie à Cuba pour éliminer toute métastase. Hugo Chavez engagé dans une double bataille, pour la vie d'abord, et électorale ensuite, puisqu'il brigue un nouveau mandat lors des élections présidentielles prévues en octobre 2012, pourrait rencontrer le Saint Père. Depuis qu'il est face à la maladie, le chantre du socialisme du XXIème siècle est de plus en plus croyant. Et cette rencontre, si elle avait lieu (les observateurs les plus virulents parlent d'extrême onction), lui permettrait du même coup de rassurer dans son pays, un électorat croyant quelque peu décontenancé par son discours toujours plus agressif.
François-Xavier Freland vient de publier un livre intitulé « Qui veut la peau d'Hugo Chavez » aux éditions du Cherche Midi, où il est beaucoup question de cette relation quasi filiale entre Hugo Chavez et Fidel Castro, et des liens d'amitié qui lient les deux pays.

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