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    Pierre Boilley directeur du Centre d’études des mondes africains, spécialiste du monde touareg

      « Il y a des islamistes d’Ansar Dine qui sont présents à Gao et à Tombouctou. Ils n’étaient pas présents lors de l’attaque de Tombouctou, puisque cela a été essentiellement le fait du MNLA (Mouvement national de libération de l'Azawad). En revanche, à Gao ils étaient présents et ils ont rejoint Tombouctou, donc il y a actuellemen, en tout cas si j’en crois mes sources, des éléments d’Ansar Dine qui sont présents et Iyad Ag Ghali, leur chef lui-même présent à Tombouctou. Mais ce qui domine de fait numériquement ce sont toujours les gens du MNLA… »

      Au Nord Mali, les vainqueurs ne sont pas tous d’accord entre eux. Les uns veulent l’indépendance, les autres la charia. Mais qui prend le dessus ? Et quel rôle joue Aqmi, (Al-Qaïda au Maghreb islamique) ? Voici le point de vue d’un spécialiste français. Pierre Boilley est le directeur du Centre d’études des mondes africains (Cemaf). Il enseigne aussi à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier. 

      RFI : Pierre Boilley, est-ce que vous avez été surpris par la vitesse à laquelle tout le nord Mali est tombé ?

      Pierre Boilley : Oui, on ne peut qu’être surpris. Mais c’est vrai qu’avec la désorganisation de l’armée, la démotivation, et puis le départ aussi, d’unités entières de leurs positions, les choses étaient beaucoup plus évidentes. D’autant plus qu’à l’issue de cette affaire, des éléments entiers de l’armée malienne, d’origine touareg notamment, se sont ralliés avec Colonel Gamou.

      RFI : Justement, est-ce que ce ralliement du colonel Gamou a beaucoup pesé dans le succès de l’offensive ?

      P.B. : Non, parce qu'en réalité le colonel s’est rallié après le succès de l’offensive. Quand il l’a fait, il a annoncé qu’il ne tirerait pas sur ses anciens camarades de l’armée malienne. Donc il n’a pas vraiment combattu dans cette attaque généralisée sur Tombouctou, Gao et Kidal.

      RFI : Mais il n’empêche que ça a dû désorganiser toute la défense de Gao qui abritait l’état-major de l’armée malienne, non ?

      P.B. : De fait, on peut imaginer que ça a été une défection quand même importante, puisque c’était une des unités les plus combattantes de l’armée malienne, qui connaissait bien le terrain, etc. Donc que ça a largement contribué effectivement, à la démoralisation qui s’en est suivie.

      RFI : Sur le terrain aujourd’hui, à Gao et à Tombouctou, qui dominent des indépendantistes du MNLA et des islamistes d’Ansar Dine ?

      P.B. : Il y a des islamistes d’Ansar Dine qui sont présents à Gao et à Tombouctou, qui n’étaient pas présents lors de l’attaque de Tombouctou, puisque ça a été essentiellement le fait du MNLA. En revanche, à Gao ils étaient présents. Ils ont rejoint donc, Tombouctou. Donc il y a actuellement, selon mes sources, des éléments d’Ansar Dine qui sont présents et Iyad Ag Ghaly, leur chef lui-même, présent à Tombouctou. Mais ceux qui dominent de fait, numériquement, ce sont toujours les gens du MNLA. D’ailleurs le rapport de force en général est extrêmement différent, puisqu’on estime le groupe d’Ansar Dine à 250, 300, peut-être 400 personnes au maximum, alors que du côté du MNLA, avec tous les ralliements qui se sont surajoutés les uns après les autres ces derniers temps, on estime qu’ils arrivent assez facilement à un total de 3 000.

      RFI : Mais comment se fait-il alors que le leader islamiste touareg, Iyad Ag Ghaly ait paradé ce lundi 2 avril dans Tombouctou et ait reçu les imams de la ville ?

      P.B. : Iyad Ag Ghaly est quelqu’un qui cherche aussi à se positionner dans cette affaire. Il n’a pas du tout les mêmes buts que le MNLA, puisque le MNLA a toujours prôné ce qu’il appelle la libération de l’Azawad. Donc un côté indépendantiste et, par ailleurs, l’établissement d’une république sur l’Azawad qui serait laïque. Alors que Iyad Ag Ghaly, lui, poursuit d’autres buts très différents qui seraient l’établissement de la charia, l’établissement d’un Etat islamique. Et d’ailleurs, en fait, il dépasse très largement l’Azawad, puisque il l’annonce pour l’ensemble du Mali. Donc s’il parade, c’est pour essayer de montrer qu’il est présent et qu’il a une force importante, qui d’ailleurs finalement lui accorde beaucoup plus d’importance qu’elle n’en a à mon avis, et pour prendre des points par rapport au MNLA. Mais j’ai un peu peur que ça finisse, effectivement, par des affrontements, car évidemment les positions sont malgré tout un petit peu différentes.

      RFI : Des affrontements entre les hommes de Iyad Ag Ghaly et les hommes du colonel Ag Najim du MNLA.

      P.B. : Absolument. Je pense que notamment le MNLA fera tout pour l’éviter, puisque, évidemment, ce n’est pas son intérêt, en sachant que les alliances sont complexes dans la région et que c’est aussi un peu difficile de se lancer dans un combat contre Ansar Dine, qui manifestement a des liens aussi avec certaines milices arabes.

      RFI : A propos de milices arabes, Mokhtar Ben Mokhtar, l’un des chefs al-Qaïda au Maghreb islamique a été signalé ce lundi à Tombouctou. Est-ce que c’est possible ? Est-ce qu’Aqmi peut renforcer Iyad Ag Ghaly et Ansar Dine ?

      P.B. : Alors Mokhtar Ben Mokhtar a effectivement été signalé. Moi je l’ai entendu une seule fois. Et donc, je n’ai pas de preuve, je n’ai pas pu recouper cette information. J’ai entendu dire en revanche, qu’un adjoint de Mokhatar Ben, Mokhtar aurait été vu aussi. Donc il est très possible qu’il y ait des éléments venus des Katibas d’Aqmi qui accompagnaient – enfin, un ou deux éléments – qui accompagnaient Iyad. Alors c’est possible. En même temps, je pense que Iyad a un lien évident. Même s’il n’est pas Aqmi, il a un lien avec ces gens-là, il les connaît bien, il a servi d’intermédiaire.

      RFI : Intermédiaire au moment de la libération de plusieurs otages pris à Arlit.

      P.B. : Absolument. Il a servi d’intermédiaire entre Aqmi et l’Etat malien pour tenter de libérer les otages et puis pour faire passer des rançons, pour lesquelles d’ailleurs, il a touché manifestement des pourcentages assez importants et s’est enrichi à ce moment-là. Et donc, je suppose qu’il peut avoir de l’aide, trouver en partie de l’aide ponctuelle, avec Aqmi.

      RFI : Est-ce que les rebelles peuvent descendre plus au sud aujourd’hui ?

      P.B. : Oui, je pense qu’ils peuvent descendre plus au sud. Ils en ont les capacités, mais je n’ai pas le sentiment qu’ils le veuillent vraiment. Je pense qu’ils tiennent là, maintenant, tout le territoire qui est considéré comme l’Azawad. Ils ont annoncé depuis le début qu’ils n’avaient pas d’ambition territoriale autre que celle de l’Azawad. Il est possible qu’ils dépassent Tombouctou et Gao, pour se créer une espèce de protection au sud du fleuve Niger. Mais une simple attaque de Mopti ne m’apparaît pas évidente, et en tout cas, si au pire ils vont jusque là, ils n’iront certainement pas au-delà. Il n’y a aucun intérêt à le faire. Ils rentrent dans un pays qu’ils considèrent comme différent du leur, et je ne crois pas qu’ils le feront.
       

       

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