samedi 21 avril 2012
Une mesure de la vitalité démocratique
Par Jean-Baptiste Placca

Ces images comptent parmi les moins glorieuses que l’Afrique sait offrir d’elle-même : au cœur de la nuit profonde, ce jeudi 18 avril 2012, le président Amadou Toumani Touré a quitté son pays, pour un exil que l’on imagine triste. Dans un premier temps, c’est au Sénégal que séjournera celui qui, il y a à peine un mois, était encore le chef de l’Etat malien, et même une célébrité continentale pour son apport décisif à l’instauration de la démocratie au Mali.

Cette situation, que Amadou Toumani Touré lui-même ne peut vivre autrement que comme une déchéance, nous rappelle que la perte du pouvoir politique, particulièrement dans notre Afrique francophone, se solde encore trop souvent par la prison, l’exil ou la mort.

Cette Afrique-là n’a pas eu tort de savourer goulûment la toute récente alternance au Sénégal. Certains, paraît-il, ont même essuyé une petite larme, lorsque Abdoulaye Wade, prenant congé de son successeur, a esquissé un petit geste, que les initiés en Islam interprètent comme une bénédiction donnée à Macky Sall. Le vaincu, implorant la bénédiction divine sur le vainqueur, l’Afrique, dans ses rêves les plus fous, n’aurait jamais espéré autant !
 
Faites donc, en mémoire, le tour du continent, pour dresser la liste des pays où un ancien chef de l’Etat vit en liberté, chez lui, pendant que son successeur est aux affaires. Sur une quinzaine de pays francophones en Afrique centrale et de l’Ouest, outre le Sénégal, vous ne trouverez que le Bénin, où les deux prédécesseurs du président en place vont et viennent en toute liberté. A quelques petites nuances près, le Niger aussi peut intégrer la liste, en sachant que le seul prédécesseur élu de Mahamadou Issoufou est tout de même brièvement passé par la case prison.
 
Pour ne pas fausser les statistiques, oublions les pays où plus personne ne se souvient du nom du précédent chef de l’Etat, tellement cela remonte à loin ! En prison, mort ou en exil… L’Ivoirien Laurent Gbagbo, lui, connaît et la prison et l’exil, et ce n’est pas banal.
 
Si vous recherchez un ratio moins désespérant, intéressez-vous donc aux pays lusophones ! Les anglophones aussi font bonne figure, et deviennent tout simplement impressionnants lorsque l’on y ajoute l’Est et le Sud du continent.
 
Que n’y a-t-on donc pensé plus tôt ? Le nombre d’anciens chefs d’Etat vivant au pays peut aussi être un instrument de mesure de la vitalité démocratique d’un pays. Et si l’on vous dit qu’ils sont morts, surtout, n’oubliez pas de demander de quoi ils ont trépassé.

tags : Bénin - Niger - Sénégal
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(4) Réactions

Omission

Je suis tout à fait d'accord avec vous Mr J B Placca,étant malien, je meurs de honte et d'amertume mais il est tout de même à signaler que les anciens présidents Moussa Traoré bien que passé par la case de prison et Alpha Oumar KOnaré vivent au pays et en toute liberté.

J'ai un faible pour les Par

J'ai un faible pour les

Par Anonyme (non vérifié), le dim, 2012-04-29 21:50.

J'ai un faible pour les chroniques de Jean Baptiste Placca qui ont tendance à présenter les réalités de notre continent dans leur nudité. La présente chronique pose au moins deux problèmes. Le premier a trait à la notion même de démocratie. Telle qu'elle est pratiquée par l'occident, peut-on arriver à l'adopter en Afrique noire? Les années 90 ont semblé nous inciter à répondre par l'affirmative à cette question. Mais avec la résurgence des coups d'Etat, des rébellions et autres guerres même dans une logique démocratique engagée, on est en droit de poser le second problème. N'est-il pas utile pour notre continent, dans ses spécifités psycho-culturelles, dans sa diversité sociale voire sociétale, d'initier une vraie réflexion, avec les yeux rivés sur les finalités de la démocratie, en vue de se dessiner un itinéraire propre à même d'atteindre les mêmes résultats? Dans la mesure où, croyons nous, il est bien plus difficile de réussir le dévéloppement avec la psychologie d'un autre.

Le Sénégal nous fait rêver

Le Sénégal nous fait rêver. Ce pays est également la terre d’exil de l’ancien président Ahidjo vivant et mort.

Le déficit démocratique existe

Le modèle sénégalais peut-il resister aux intempéries des appetis instiables pour le pouvoir? Au premier tour des dernières éclections présidentielles, les choses se sont terriblement grippées. Même si au second tour les choses se sont quelque peu redressées rien ne nous dit que de tels risques et pièges n'existeront pas pour les futures élections et même avoir raison de la dynamique démocratique amorcée par le pays et qui fait palir de tant d'envie. Au regard des autres modèles africains fortement mis à mal ces derniers temps (Benin, Mali)la question de la recherche d'une voie originale devrait être une préoccupation majeure pour le continent.

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