samedi 28 avril 2012
Du fond de ma cellule, le 10 mai 1981...
Par Jean-Baptiste Placca

Au-delà de la surabondance des insinuations sur les étrangers, vécues sur le continent comme autant d’attaques blessantes, c’est la promesse de rupture avec la Françafrique, faite par le candidat socialiste, qui retient l’attention des Africains dans la campagne du second tour de la présidentielle en France. Il assure que s’il était élu, il ne cautionnerait pas des élections frauduleuses. Mieux, qu’il veillerait à ce que les relations avec l’Afrique ne reposent plus sur… « des usages inacceptables ». Ce sont ses mots.

Sans doute l’aurait-on cru sur parole, si l’Afrique, en matière de promesses de rupture, n’avait dû si souvent déchanter. Cet espace temps n’a pas vocation à recueillir mes histoires personnelles. Mais comment résister à l’envie de vous imposer celle-ci ?

Le 10 mai 1981, je croupissais dans une cellule de la gendarmerie nationale, siège de la police politique dans mon pays. Suspecté d’avoir lu un journal d’opposition, je partageais une petite cellule avec une trentaine de personnes : des détenus politiques, mais aussi des prévenus de droit commun, en attente d’être déférés devant des juges, pour grand banditisme ou même crime de sang.

Pour le second tour de la présidentielle, en France, l’un de nos geôliers nous avait loué, très cher, sa petite radio. Pour suivre les résultats, en ondes courtes, sur RFI, nous étions agglutinés autour du transistor. Volume très faible. Question de prudence…

A l’annonce de la victoire de François Mitterrand, nous avons tous bondi de joie. Tout excité et sautillant comme un petit garçon, un ancien ministre du Commerce ne cessait de me répéter : « C’est la chance de notre vie ! Nous allons sortir d’ici ! Avec Mitterrand à l’Elysée, c’en est fini des violations des droits de l’homme dans le pré-carré français ! ».

Je m’efforçais de ne pas trop étaler mon enthousiasme, de peur de dévoiler un secret. Cinq jours plus tôt, une amie m’avait apporté un message verbal de Robert LaGamma, directeur du Centre culturel américain de Lomé, qui me faisait dire que mon cas était désormais connu de la Division des droits de l’homme, au Département d’Etat américain, et qu’il avait par ailleurs demandé au correspondant de l’Agence France Presse au Togo, rentré depuis peu à Paris, de sensibiliser son père sur ma situation, en cas de victoire. Ce correspondant s’appelait Jean-Christophe Mitterrand.

Je ne serai libéré qu’après six mois de détention, et l’élection de François Mitterrand n’y aura été pour rien. Pire, j’apprendrai, en sortant, que Jean-Christophe Mitterrand était, entretemps, devenu le nouveau meilleur ami du général. Et vive la Françafrique !


Lire dans les commentaires le droit de réponse de Jean-Christophe Mitterrand ainsi que les explications de Jean-Baptiste Placca.

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(6) Réactions

Tristesse absolue.....

Est-ce que c'est cette "bataille" entre Placca et Mitterand, barre de fer contre calebasse de terre, qui a eu le mot final sur l'Edito de Placca, car il nous a annoncé que celui du 12 Mai serait la derniere ???
Si c'en est le cas, alors Tristesse absolue a vous messieurs et dames de la francafrique, appelle a mourir, tot ou tard. Que vous le voulez ou non.

Mr Placca, je suis un fidèle

Mr Placca, je suis un fidèle auditeur et lecteur de vos chroniques.
J’apprécie grandement votre style.
Je ne suis pas surpris des trous de mémoires de M. Mitterrand, comme on dit en Afrique, le sorcier oublie toujours, mais la victime n'oublie jamais.
Un de vos fans.

Droit de réponse.

Pourquoi écrire de telles absurdités sans vérification. Curieux pour un journaliste....
Je n'ai jamais été informe par le directeur du centre culturel américain de Lomé, un certain Robert LaGamma, que je n'ai pas le souvenir d'avoir connu, de la détention a Lome de M. J.B. Placca. Ce dernier affirme avoir été libère de prison six mois après l'élection du 10 mai....tant mieux pour lui même si le temps lui a surement paru long. Je n'ai commence a travailler comme adjoint de M. Guy Penne, aux affaires africaines, que mi 1982 soit un an plus tard Auparavant j'etais encore journaliste a l'AFP et je n'etais pas affecte au service Afrique. Je n'avais pas de de raison a cette époque d'avoir des contacts particuliers avec les autorités togolaises pendant cette période. Je n'avais, je le répète jamais été informe de son cas. M. Placca peut, peut être, mettre en doute le sérieux du "message oral" de son amie.....ou mettre un peu d'ordre dans sa mémoire..... Choses fréquentes a faire sous ces latitudes.
Utiliser des faux arguments pour justifier un attaque contre un systeme que l'on pretend combattre ne grandit pas son auteur !
Encore une fois de la désinformation grossière. Dans quel but....
Jean Christophe Mitterrand

Absurdités, dites-vous ?

Absurdités, dites-vous ? Vous ne connaissez vraiment pas Robert LaGamma ? Il officiait, ces dernières années, au Centre Carter, à Atlanta, et il doit être encore vivant. Comme directeur du Centre culturel américain, il était le conseiller culturel de l'ambassade des Etats-Unis. Peut-être que cela vous parle un peu plus...

Mais bon, je peux comprendre que vous ne vous souveniez pas de lui, puisque vos relations, après mai 81, se situaient à un niveau autrement plus important.
Ne vous souvenant même pas de lui, comment auriez-vous pu faire quoi que ce soit pour me sortir des profondeurs des geôles de... votre ami ? Après tout, le sort d'un jeune journaliste de 25 ans, inconnu, comptait moins que l'amitié, ardente, avec un chef d'Etat au pouvoir absolu. Même si, autant que je me souvienne, le général n'a pas toujours été très commode avec le correspondant de l'AFP que vous étiez.

Pourquoi donc douter de ma rigueur de journaliste, lorsque, sur un texte aussi court, vous-mêmes êtes capable de comprendre de travers des phrases écrites dans un français que je crois à peu près assez clair ?
Il n'est écrit nulle part dans cette chronique que c'est en votre qualité d'adjoint aux Affaires africaines que Robert LaGamma vous a dit de sensibiliser votre père sur ma situation. Lorsqu'il vous a parlé de moi, vous n'étiez "que" journaliste et fils de votre père, qui lui-même n'était pas encore chef d'Etat.

Par ailleurs, tout en faisant silence sur votre amitié soudaine avec le général, vous laissez croire que vous n'avez eu aucun contact avec lui, entre mai 1981 et "mi-1982". Voulez-vous que nous creusions cet aspect des choses ? Il se trouve que deux de mes camarades – je n'ose les appeler amis, de peur de créer des problèmes à celui d'entre les deux qui est encore vivant – étaient au cabinet du chef de l'Etat. Je n'affirme rien sans vérification. Et c’est pour que les auditeurs (et les lecteurs) ne croient pas qu'il s'agit là d'un conte que je cite, nommément, les personnes qui ne risquent aucune mesure de rétorsion.
Je suis étonné et, pour tout dire, un peu agacé de vous voir, chaque fois, faire mine de n'avoir jamais été au courant de rien me concernant, de n'avoir jamais entendu parler de moi, et même de ne m'avoir jamais rencontré. En 1984, en présence de deux amis sénégalais et de quelques-unes de nos amies, je vous ai croisé – il faut que jeunesse se passe – dans un night-club parisien, le Rubis. Ne me dites pas que vous n'avez jamais mis les pieds dans cette "boîte". Lorsque je vous ai dit qui j'étais, vous m'avez dit que vous pouviez obtenir "la parole d'honneur du "général", pour que je retourne au Togo, sans que rien ne m'arrive. Ce à quoi j'ai répondu que je vous enviais de croire à la parole d'honneur du général.

Nous en avons brièvement reparlé, en 1997 ou 98, au Quai d'Orsay, lors de la remise de la légion d'honneur à Hervé Bourges, par Hubert Védrine. Je suis tombé sur vous en m'avançant pour saluer votre ami Jean-Pierre Fleury. La conversation est partie du fait que vous étiez dans l'actualité, par rapport au Rwanda (n'était-ce pas, d'ailleurs, la période de la Commission Quilès ?).

Il me revient à l'esprit que, pour vous justifier des accusations qui déferlaient sur votre personne, vous m'avez renvoyé à mon propre éditorial, dans le dernier numéro de L'Autre Afrique. J’y écrivais, notamment, que l'on ne devait pas oublier qu'au bout du compte, c'étaient des Rwandais qui avaient tué d'autres Rwandais. Je n'oublie rien, voyez-vous, cher Monsieur ? Je suis journaliste. Comme vous. Et si l'on retrouvait la date de la remise de la légion d'honneur à Hervé Bourges par Hubert Védrine, nous retrouverions exactement l'édito dont vous m'avez alors parlé, puisque c'était celui de la dernière livraison du newsmagazine. Et je suis certain que nous découvririons aussi que les travaux de la Commission Quilès étaient alors dans l'actualité.

En 2001 ou 2002, nous avons pris rendez-vous, et vous êtes venu, de vous-même, seul, au siège de mon journal, L'Autre Afrique, boulevard Pasteur, pour être interviewé par moi. En marge de cette interview, nous avons encore parlé de cette suggestion de LaGamma me concernant, et vous sembliez toujours ne pas vous en souvenir. On peut aisément retrouver cette interview, puisqu'elle a été publiée.

Malgré tout, et c'est cela qui m'intrigue, vous êtes encore capable, peut-être même de bonne foi, de dire que vous ne m'avez jamais rencontré, jamais entendu parler de moi. Ne croyez pas, s'il vous plaît, que je cherche à avoir droit à la moindre ligne dans vos mémoires. J'illustre simplement, à la lumière d'une situation vécue personnellement, les illusions et les espoirs qui peuvent naître en Afrique dans la perspective d'une alternance au pouvoir en France.
Pour le reste, je crois qu'il y a nécessité de mettre un peu d'ordre dans certaines mémoires, en effet, et vous avez tort de penser que ce peut ne pas être nécessaire « sous les latitudes » qui sont les vôtres.
Il n'est écrit nulle part dans cette chronique que c'est en votre qualité d'adjoint aux Affaires africaines que Robert LaGamma vous a dit de sensibiliser votre père sur ma situation. Lorsqu'il vous a parlé de moi, vous n'étiez "que" journaliste et fils de votre père, qui lui-même n'était pas encore chef d'Etat.

Par ailleurs, tout en faisant silence sur votre amitié soudaine avec le général, vous laissez croire que vous n'avez eu aucun contact avec le pouvoir togolais, entre mai 1981 et "mi-1982". Voulez-vous que nous creusions cet aspect des choses ? Il se trouve que deux de mes camarades – je n'ose les appeler amis, de peur de créer des problèmes à celui d'entre les deux qui est encore vivant – étaient au cabinet du chef de l'Etat. Je n'affirme rien sans vérification. Et pour que les auditeurs (et les lecteurs) ne croient pas qu'il s'agit là d'un conte, je cite nommément les personnes qui ne risquent aucune mesure de rétorsion.
Mon propos n'est pas de vous reprocher de n'avoir rien fait pour moi, mais de bien dire que pour espérer voir changer, en France, certains "mauvais usages" nocifs pour l'Afrique, il vaut mieux ne pas trop miser sur ceux qui arrivent au pouvoir en France.

L'Afrique corrompt aisément, et vite. Je conçois qu'il n'y ait pas une toute petite place sur votre disque dur pour mon négligeable sort, au regard de la multitude d'interventions, de dossiers et d'affaires dans lesquels vous avez dû vous impliquer. De grâce, ne m'accusez pas d'user de "faux arguments". Dites donc que vous ne vous souvenez de rien. Ce serait bien plus crédible.

Pour ce qui est des "mauvais usages" de la Françafrique, personne n'a eu besoin de ma chronique pour savoir qu'ils ont prospéré sous Mitterrand. Et je vous avoue que nous avons réellement sauté de joie à l'annonce de la victoire de Monsieur votre père. Il est vrai que lorsque l’on est dans une situation comme celle qui était la nôtre, on s’accroche à tout ce qui peut nous aider à ne pas sombrer. Savez-vous que la seule expérience démocratique que l’on pouvait considérer comme résultant du discours de La Baule de François Mitterrand vient de voler en éclats ? C’était le Mali. A part ça, il ne reste rien à l’Afrique de ses deux septennats. Je trouve cela triste. On pourrait en discuter des mois et des mois.

Sans regrets.
Jean-Baptiste Placca

Bravo Placca!

vous êtes un fervent défenseur de l'Afrique. Votre réaction au fils Mitterrand me va droit au cœur. Que Dieu vous garde!

temoignage

Je peux confirmer que je suis l'un des deux journalistes amis de Placca qui ont rencontres Jean Christophe Mitterand, alors que nous etions avec Placca, dans une boite de nuit parisienne, en 1984. L'autre ami journaliste senegalais se reconnaitra aussi. Nous etions, Placca, DN et moi, etudiants a l'institut francais de presse de l'universite paris 2.
Etait-ce au Rubys ou plutot a l'autre boite ephemere situee vers la Bastille que la rencontre avec Jean Christophe s'est produite ? Je ne m'en souviens plus exactement. Je crois qu'il s'agissait de celle de la Bastille...
Je n'ai pas suivi la conversation privee cette nuit la entre Placca et J Christophe Mitterand. Je ne peux donc dire de quoi cela retournait. J'ai revu Jean Christophe a Dakar lors du mariage d'un ami commun, un nigerian avec une senegalaise.
Adama GAYE, journaliste senegalais.

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