
Avec le retrait de la major américaine, le gouvernement de Varsovie subit un nouveau revers dans le développement de ce gaz non conventionnel, sur lequel il misait beaucoup.
ExxonMobil avait six permis d'exploration en Pologne. Après des tests sur deux puits, dans le sud-est du pays, le géant américain a estimé que la production de gaz de schiste y était décevante et qu'elle ne serait pas rentable. Il est bien trop tôt pour en conclure quoique ce soit sur le potentiel réel de la Pologne en gaz de schiste, il faudrait effectuer bien plus de forages, insiste Roland Vially, chercheur à l'IFPen ; de plus petites compagnies étrangères assurent même que de leur côté, leurs forages sont encourageants. Mais le départ d'ExxonMobil est un très mauvais signal pour cette industrie naissante, qui a besoin de la technologie étrangère, et sur laquelle le gouvernement polonais basait tout un tas d'espoirs, en particulier pouvoir se passer de la Russie pour son propre approvisionnement gazier. Chevron, l'autre géant américain songerait aussi à geler, voire abandonner ses projets en Pologne : il rencontre une opposition croissante de la population à ses propres forages.
Au mois de mars, les réserves de gaz de schiste du pays ont été divisées au moins par 10 par l'Institut polonais de géologie (350 à 800 millions de m3 contre 5000 milliards de m3 estimées par l'Agence américaine de l'Energie). Enfin l'environnement réglementaire est encore très mouvant en Pologne : les compagnies étrangères qui explorent ne sont pas assurées d'être celles qui produiront le gaz, puisque les permis sont différents ; elles ne savent pas non plus quelle taxation leur sera imposée lors de l'entrée en production, d'ici 2015, année électorale. Peut-être jusqu'à 50 %.
L'eldorado gazier polonais semble disparaître aux yeux des majors, qui ont en outre des opportunités ailleurs : ExxonMobil vient de s'associer à Rosneft dans le pétrole non conventionnel en Sibérie ; et Chevron vient de remporter un permis d'exploration et de production en Ukraine ; un pays dont le potentiel en gaz de schiste est également très important, qui cherche lui aussi à se passer du gaz russe, mais qui fait peser beaucoup moins de contraintes sur les investisseurs étrangers.

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