« L’extradition de Bagdadi Mahmoudi provoque le foutoir au sommet de l’Etat » : constatation triviale mais sans appel établie par le site internet du quotidien Tunis Tribune. L’extradition par Tunis dimanche de l’ancien Premier ministre libyen entraîne en effet de fortes tensions entre la présidence et le gouvernement, entre le président Marzouki et son Premier ministre, l’islamiste Jebali, lequel a pris l’initiative de cette extradition malgré le désaccord du chef de l’Etat.

Il s’agit là « d’une crise institutionnelle inédite, depuis les élections du 23 octobre 2011, relève le site Tunisie Numérique. Une guerre de communiqués s’est instaurée entre la présidence de la République et le gouvernement tunisien. En effet, précise le site, Marzouki estime que la remise de Mahmoudi aux autorités libyennes relève de la politique étrangère donc des prérogatives de la présidence de la République. » Ce que conteste le Premier ministre. Et Tunisie Numérique de s’interroger : « quelle image Moncef Marzouki va-t-il présenter dans ses rencontres futures avec des chefs d’États et de gouvernements étrangers après ce scandale qui fait perdre au président sa crédibilité et ridiculise l’image de la Tunisie sur le plan international ? »
 
D’ailleurs, relève le site d’information tunisien, sur les réseaux sociaux, les moqueries fusent contre le président Marzouki, surnommé « tartour », qui veut dire « personnage insignifiant », ou encore l’équivalent de « polichinelle » en langage occidental.
 
Solidarité révolutionnaire ?
 
Commentaire du quotidien Le Pays au Burkina : « en Tunisie, ce n’est pas la parfaite symbiose entre les deux têtes de l’exécutif. Le chef de l’Etat, Moncef Marzouki, et le Premier ministre, Hamadi Jebali, ne pédalent ni au même rythme, ni dans le même sens comme devait le faire un tandem. »
 
Et le quotidien burkinabè d’expliquer que « les pouvoirs du chef de l’Etat ont été considérablement réduits et ceux du chef du gouvernement renforcés. C’est pourquoi le secrétaire général du parti islamiste Ennahda et Premier ministre en fait pratiquement à sa tête. Ainsi, au lieu de se conformer à l’opposition de Moncef Marzouki, Hamadi Jebali a préféré exécuter la demande d’extradition des nouvelles autorités libyennes issues, elles aussi, du printemps arabe. On pourrait voir dans cette extradition du dernier chef de gouvernement de Mouammar Kadhafi, estime Le Pays, une solidarité révolutionnaire bien plus forte que les considérations “droit-de-l’hommistes” de Marzouki. Hamad Jebali a visiblement opté pour un bras de fer en interne et la préservation des liens d’amitié avec le voisin libyen. »
 
L’Observateur, toujours au Burkina, prend fait et cause pour le président tunisien… « Jebali sable le couscous de Marzouki », s’exclame-t-il. (…) Sous nos tropiques, on ne livre jamais pieds et poings liés à ses ennemis un homme qui a trouvé refuge sous votre aile protectrice ; un geste d’autant condamnable que la Libye est coutumière de la peine de mort pour la moindre peccadille. Alors qu’en sera-t-il, s’interroge L’Observateur, d’un gros poisson tel cet ex-Premier ministre de 67 ans, à qui on reproche d’avoir soustrait du Trésor public de son pays quelque 250 milliards de nos francs ?
 
« C’est exactement la préoccupation du président tunisien, Moncef Marzouki, estime le quotidien burkinabè, qui, déjà aux premières lueurs de ce mois de juin, ne faisait pas mystère de son refus de faire extrader l’ancien bras droit du guide de la Révolution libyenne sans, en retour, avoir obtenu de réelles garanties de respect de ses droits et la promesse d’un procès équitable. » Et L’Observateur de s’interroger : « justement, quelles garanties des droits de la personne humaine peuvent donner les dirigeants de la Libye, et quel procès équitable peuvent-ils promettre, de nos jours, concernant cet ancien dignitaire aux abois dans une Libye où la pagaille est reine ? »
 
Marzouki lâché ?
 
Quelques commentaires également dans la presse française sur cette crise au sommet de l’Etat tunisien. Pour Le Figaro, « cette crise est un nouveau coup dur pour la troïka, l’alliance à la tête de l’État entre islamistes d’Ennahda et partis centre gauche CPR et Ettakatol, qui n’arrivent pas à s’entendre sur de nombreux points. Un coup dur surtout pour Moncef Marzouki dont le sobriquet “Tartour” est en passe d’être adopté par beaucoup de Tunisiens. Le président qui ne semble pas non plus vraiment soutenu par les siens, relève Le Figaro. Abdelwahab Maatar, élu de son parti, le CPR, parle d’un “malentendu qu’il ne faut pas exagérer. Le président a raison d’être en colère, mais il faut encaisser cette fois-ci et préserver la troïka”. »

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