« Le Mali est foutu ! », ce sont les premiers mots du papier de GuinéeConakryInfo qui cite un observateur guinéen. Le site d'information où s'affiche, comme dans beaucoup d'autres journaux africains, une photo des mausolées de Tombouctou détruits par le groupe islamiste Ansar Dine au Nord-Mali.
Ansar Dine, écrit El Watan, à Alger, « vient ainsi de renvoyer l’écho dans l’ignominie et la bêtise aux talibans et à leurs jeunes «frères» shebab de Somalie qui s’étaient, eux aussi, distingués de manière minable en détruisant de nombreux mausolées de mystiques soufis ».
Au Burkina Faso, Le Pays explique que le groupe islamiste « a franchi le Rubicon ». « La culture, explique L'Observateur , c’est ce qu'il reste lorsque l’on vous a tout enlevé. Les islamistes d’Ansar Dine entendent-ils pousser cette population [malienne] si meurtrie dans ses derniers retranchements ? »
« Talibans version Afrique »
La presse africaine regrette que personne ne prend ses responsabilités. « Onze ans après la chute du régime des Mollahs en Afghanistan, le monde entier regarde, médusé, la résurgence de talibans « version Afrique » au Mali », explique l'éditorialiste du site burkinabé Sidwaya regrette pour sa part qu'il ait fallu que les islamistes « s’en prennent à des monuments marqués du prestigieux sceau de (...) l’UNESCO pour que les langues se délient » -enfin-, après « un mutisme inacceptable devant des atteintes flagrantes et impardonnables aux droits humains comme la flagellation publique et médiatisée d’un couple que l’on a marié de force ».
L'indignation a bon dos car le monde ne fait rien : c'est l'essence des éditos aujourd'hui de la presse africaine. Car avec le Mali, les islamistes s’acheminent « vers l’établissement d’un État d’intégrisme islamiste de plus de 800 000 km2 sur le continent africain. Et tout le monde trouve le luxe de s’amuser avec une telle menace », estime le site d'information GuineeConakryInfo.
« Faut-il attendre qu’ils détruisent tous les biens culturels avant d’agir ? se demande encore le site burkinabé Sidwaya, qui file jusqu'au bout la comparaison avec l'Afghanistan des talibans. Faut-il attendre des attentats dans un pays africain ou occidental avant de se décider à intervenir (...) ? Les attentats quotidiens de Boko Haram au Nigeria ne sont-ils pas suffisants pour trouver une solution au péril malien ? »
Rien de concret côté Cédéao
Justement, ce lundi, de nombreux éditorialistes africains critiquent l'inaction de la communauté internationale, Cédéao en tête. La Cédéao qui doit intervenir « immédiatement au Mali », de l'avis de Soumaila Cissé, candidat à la présidentielle en avril sous la bannière de l'URD, qui lance, depuis Paris, un cri dans le journal Le Républicain à Bamako.
Mais pour L'Observateur , au Burkina, « le dernier sommet de la CEDEAO est la parfaite illustration de cette incapacité de cette communauté internationale à traiter au plus vite le mal qui gangrène le septentrion malien ». Rien de concret, rappelle L’Observateur à part cette « mission technique d'évaluation » envoyée sur le terrain. « Rien de plus, excepté une promesse, pour la énième fois depuis l’éclatement de la crise », renchérit Le Pays, toujours à Ouagadougou.
Alors pourquoi ça bloque ? Un élément de réponse, dans Le Pays: on se sait pas qui pourrait envoyer des troupes. Les États-Unis ne sont pas favorables pour l'instant à une intervention. « Ces Occidentaux qui ont déployé un impressionnant arsenal pour chasser Mouammar Kadhafi du pouvoir [libyen] semblent laisser l’Afrique de l’Ouest seule s’occuper des conséquences de leurs actions », commente Sidwaya.
Et puis « des pays voisins au Mali comme le Burkina et la Côte d’Ivoire auront aussi du mal à fournir des ressources humaines militaires conséquentes, étant donné les remous que leurs Grandes muettes ont connus et qui nécessitent une restructuration non encore achevée en leur sein ».
Intervention militaire ou dialogue ?
Pourquoi cette lenteur de la Cédéao ? Un autre élément de réponse est à lire dans la presse béninoise. « Les pays membres du Conseil de sécurité (...) ne sont pas dupes, écrit La Nouvelle Tribune. Ils savent que toute demande d’intervention doit être faite d’abord par le gouvernement du pays bénéficiaire ».
Pour cela il faudrait un pouvoir fort, et ce n'est comme on le sait pas le cas à Bamako: « On ne sait pas qui détient la réalité du pouvoir ». Avant une intervention de la Cédéao, écrit le journal béninois, il faudra battre le rappel: Algérie, Mauritanie, Libye, Nigéria, « tant il est vrai que [ces pays] constituent des bases naturelles de repli tactiques pour les islamistes ».
Il faudrait avant tout convaincre les rebelles touaregs du MNLA de l'intérêt qu'ils ont de retourner leur veste, clé de la réussite d'une éventuelle intervention militaire pour Le Pays : [le MNLA] pourrait « servir de guide éclairé aux troupes de la CEDEAO pour se déplacer sans trop de risques dans le vaste désert ».
Mais finalement, « une incursion armée serait une aventure », écrit l'éditorialiste de Liberté en Algérie. Alors, renchérit Sidwaya, au Burkina, « tant que (...) le plus militarisé et le plus puissant mouvement islamiste » semble prêts à discuter, « mieux vaut donner sa chance au dialogue plutôt que mener une guerre dont personne ne peut présager de la durée et de l’issue. Engluée dans le bourbier de la maladie, du chômage, et de la pauvreté, l’Afrique de l’Ouest (...) n’a vraiment pas besoin de s’afghaniser ».

Delicious
Digg
Facebook
Twitter
Yahoo!
Technorati














Réagissez à cet article
(0) Réaction