Bizarrement, cela ne fait pas vraiment la Une, ce lundi, de la presse sud-africaine, mais de nombreuses Unes ailleurs sur le continent, surtout en Afrique de l’Ouest. Par exemple, celle de La Nouvelle Tribune au Bénin, pour qui c’est « une victoire triplement historique ». D’abord, parce que c’est une femme. Une « bucheuse », comme l’écrit Jeune Afrique, qui « ne doit rien – ou si peu - à son “ex”, Jacob Zuma ». Et ça compte, pense le journal béninois, « dans un continent où les pesanteurs sociologiques freinent l’émergence des femmes à de grands postes de responsabilité, surtout politiques ».
C’est une première aussi, car cette élue sud-africaine est anglophone. Elle aura d’ailleurs « la lourde tâche de faire taire les clivages entre francophones et anglophones », pense Les Afriques. L’hebdomadaire consent que cette élection a mis en opposition « deux Afrique, deux visions du monde et des relations internationales ». Une élection historique aussi, écrit encore La Nouvelle Tribune, car elle « vient mettre fin à une vieille tradition » selon laquelle la présidence de l’Union revient à un ressortissant des pays « les moins puissants du continent ». Sans compter la victoire diplomatique pour le président sud-africain Jacob Zuma, qui pourrait basculer à son avantage lors des prochaines élections à l’ANC dans cinq mois, pense le journal béninois.
Les Africains, incapables de s’unir ?
Beaucoup regrettent que ce bras de fer entre la ministre sud-africaine et son adversaire, le Gabonais Jean Ping, n’ait que trop duré. Certains comme Le Pays appellent d’ailleurs à une refonte de la procédure d’élection. Car en traînant en longueur, elle a fini par mettre « à nu l’existence de clans rivaux au sein d’une institution qui a pourtant vocation à rassembler », regrette le journal burkinabé. Francophones/anglophones, Afrique centrale/Afrique australe : des luttes de clans où se « cache [aussi] sans doute une querelle de leadership continentale entre les deux géants de l’Afrique que sont le Nigeria et l’Afrique du Sud ». Mais « l’image que donne l’UA, écrit Burkina24, le message envoyé au reste du monde restent les mêmes : les Africains sont (...) incapables de s’unir et de s’attaquer à leurs problèmes essentiels. (...) De cette guerre que se sont livrés les deux candidats, et deux principaux blocs régionaux, c’est l’Union africaine qui est sortie perdante et affaiblie ».
Une solution « africaine » aux conflits ?
La presse se demande ensuite si cette élection suppose un changement de cap pour l’organisation. Pour Les Afriques, « l’Angola, l’Afrique du Sud et le Zimbabwe (...) veulent rompre avec la vision internationaliste de l’Union africaine pour une vision “spécifiste” qui promeut la solution africaine aux crises à une solution dite onusienne. (...) En un mot, il fallait sortir la commission d’une vision jugée proche des anciennes puissances coloniales pour l’ancrer dans l’alternative incarnée par les pays émergents. »
« Reste à savoir si la commission aura plus de pouvoirs. Et plus de poids dans les crises majeures, avance l’hebdomadaire. Pour l’heure, il ne s’agit ni plus ni moins que d’un secrétariat de l’Union africaine ». A noter aussi que pour GuinéeConakryInfo, l’institution échoue à remplir sa deuxième vocation, peut-être sa mission la plus importante pour l’Afrique, à savoir ne pas simplement tenter de résoudre les crises politiques, mais aussi aider au développement socio-économique du continent.
Journée sans presse demain au Mali
On termine cette revue au Mali, où la presse s’insurge contre les atteintes à la liberté d’informer. « Trop c’est trop ! Plus jamais ça », s’insurge 22 septembre, qui publie une photo du visage tuméfié de Saouti Labass Haidara. Dans Le Républicain, ce dernier apparaît le bras dans le plâtre. Le directeur, entre autres, du journal L’Indépendant a été « molesté le 12 juillet dernier à Bamako par des hommes armés et cagoulés qui ont tiré dans la salle de rédaction. Puis, il a été arrêté, emmené, frappé et abandonné sur le bas côté de la route », précise le journal. Quelques jours avant, c’est le directeur de la rédaction du bi-hebdo Aurore qui avait été agressé, avec plus ou moins les mêmes méthodes.
« Depuis le début de la crise malienne, plusieurs journalistes ont été agressés ou interpellés et une radio appartenant à un parti politique pro-putsch a été incendiée dans le centre », rappelle Le Républicain. « A qui le tour demain ? » se demande Le Prétoire, dont le directeur de publication avait lui été interpellé en mai dernier. « Tous les regards sont braqués sur le capitaine Sanogo qui avait promis plus de sécurité ». Des agressions qui pourraient avoir pour objectif, pense Le Prétoire, de déstabiliser l’homme clé du coup d’Etat. En tout cas, « une marche de protestation est fixée à demain mardi 17 juillet, indique Le Républicain. Marche dont le point de départ sera le siège du journal L’Indépendant, à destination de la Primature. » Et puis pas de journaux ce jour-là, « une journée sans presse », pour « interpeller tous les Maliens sur les dangers qui pèsent sur la profession ».

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