Avancée, sur-place ou reculade ? La reconduction de Cheik Modibo Diarra au poste de Premier ministre au Mali n’en finit plus d’alimenter la chronique dans les journaux de la sous-région. CMD, comme on le surnomme, entame ses dernières consultations pour former son nouveau gouvernement. Pourtant, l’homme revient de loin, constate Le Républicain à Bamako : « personne depuis quelques semaines ne donnait cher de sa peau. (…) Porté donc aux nues au lieu d’être défénestré comme surenchérissaient ses adversaires, le Premier ministre a eu deux alliés, explique le quotidien malien : d’abord, le président intérimaire, Dioncounda Traoré chez lequel la volonté d’éviter que son retour réalimente la crise, et ensuite la sympathie populaire, suscitée ou non, réelle ou surestimée et que le peuple du Stade 26 mars, ce dimanche dernier de manifestation géante, a converti pour lui en ovation. » Reste maintenant à savoir, relève Le Républicain, ce que CMD « fera de sa seconde victoire. »
Le Combat, autre journal malien, s’interroge lui sur les intentions du président Traoré : « Dioncounda aura-t-il le remède la fracture malienne ? (…) Au moment où le Mali semble sur le point d’une rupture, le président par intérim entre dans la danse après deux mois d’absence. Alors pour la survie du pays, Dioncounda sera-t-il capable de mettre tous les Maliens dans le même bateau, ce même bateau qui, avec toutes ses variétés possibles, est celui du peuple ? Avec la crise qui perdure, les Maliens, déçus, n’ont qu’une seule priorité : chercher de quoi faire nourrir leurs familles car la précarité est à son comble. Ils perdent donc espoir et se disent que ce qui doit arriver arrivera. »
Et Le Combat de s’interroger à nouveau : « pourrait-on rêver de voir à nouveau le drapeau malien (vert-jaune-rouge) sur toute l’étendue du territoire ? Quoi qu’il en soit, viendra le jour de la véritable bataille où chaque Malien, qu’il soit du Nord ou du Sud, se lèvera pour aller voter pour son candidat. »
En attendant, l’appel à candidatures pour les membres du gouvernement provoque l’effervescence au sein de la classe politique malienne. C’est ce que constate, entre autres, Infos-Matin : « la tâche pour le PM ne sera pas du tout repos, assure le journal. On connaît le Mali, c’est le pays où tout le monde veut devenir ministre. Dès que l’on parle de remaniement ministériel, c’est la grande agitation sur la scène publique ; le ballet des CV qui affluent à la présidence ou à la Primature. Cette fois encore, c’est la même agitation au sein des états-majors politiques où la guerre des CV est ouverte entre les différents cadres. »
Place à l’action !
Alors, avancée, sur-place ou reculade ? La confirmation de CMD au poste de Premier ministre et l’appel à candidatures pour les ministres du futur gouvernement laissent les journaux de la sous-région plutôt perplexes… « Le moins que l’on puisse dire de la situation politique au Mali est qu’elle est des plus cocasses, estime L’Observateur au Burkina. Voici un président par intérim qui, après un exil médical français par suite de l’agression dont il a été victime le 21 mai dernier, reprend les choses en main et entreprend, dès son retour, des consultations pour la formation d’un gouvernement d’union nationale sous l’ultimatum de la Cédéao. A peine la boucle des consultations bouclée qu’il confirme son Premier ministre à son poste, le chargeant de lui faire des propositions pour former un gouvernement d’union nationale. (…) Plus que jamais, on tergiverse dans la résolution de la crise au Mali, s’exclame le quotidien burkinabé. Pendant ce temps, le septentrion s’“ansar-dine” de plus en plus. Vendredi dernier, à Accra en marge des obsèques du président ghanéen Atta-Mills, les chefs d’Etats de la Cédéao ont rappelé qu’“il y avait urgence”. Place donc à l’action, et le plus tôt sera le mieux. »
Vers une véritable légitimité ?
Pour le site d’information Guinée Conakry Infos, pas sûr que ce gouvernement en formation fasse avancer les choses… « La situation actuelle au Mali requiert un leadership fort, estime-t-il, qui permette de s’affranchir des intérêts égoïstes que les uns et les autres défendent. En l’absence d’une telle qualité chez Dioncounda Traoré, il n’est donc pas exclu que les antagonismes, qui se sont jusqu’ici exprimés en dehors de la sphère gouvernementale, se transportent en son sein. Ce qui serait hautement préjudiciable au travail de reconquête du nord du pays, et à la stabilité même de la sous région. »
« On n’est pas sorti de l’auberge, renchérit Fasozine. Car la solution du “gouvernement d’union nationale” est loin d’être une recette miracle qui résoudra tout comme par enchantement. (…) Le “gouvernement d’union nationale” version Diarra II risque de tourner en rond sans pouvoir régler les vrais problèmes que sont la réunification du Mali et l’organisation de l’élection présidentielle. Au surplus, Cheick Modibo Diarra apparaît désormais comme un Premier ministre par défaut. »
Et Fasozine de s’interroger : « saura-t-il enfin arracher une véritable légitimité à travers sa capacité à remplir plus efficacement sa mission ? (…) Il faut espérer vivement, conclut-il, que les actions prennent le pas sur les discours et autres calculs politiciens. »

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