Les islamistes font toujours la loi dans le nord du Mali, et la presse malienne s’impatiente de plus en plus. Les politiques et les militaires de Bamako en prennent pour leur grade. « Trop de discours, aucune action concrète », s’exclame Le Zénith Balé. « Les nouveaux maîtres du Sud sont devenus de célèbres théoriciens du maintien en situation de non-guerre, non-paix. Quand le Saint des Saints appelle au secours, le sage des sages dit n’en avoir pas besoin. (…) Le gouvernement ne négocie pas et ne fait pas la guerre sous prétexte qu’il faut se préparer. Entre temps, l’ennemi renforce ses rangs et son armement. Où va-t-on ? », soupire encore Le Zénith Balé.
Même constat pour Le Combat : « en voilà assez ! », s’exclame-t-il. « Assez de cette humiliation qui fait que nos militaires renoncent au front et accordent des interviews dans des bureaux climatisés ! Assez de certains politiciens qui profitent de l’occasion pour assouvir leurs appétits politiques. (…) Assez de voir les populations maliennes se débattre pour survivre dans la souffrance et la dégradation ! Si jamais nous n’avons pas le courage et la volonté d’entrer dans cette guerre avec décence et avec toutes nos forces, si nous ne changeons pas, alors nous connaîtrons la défaite, estime Le Combat. Une défaite qui ne pourra pas et ne devra pas être. Une défaite qui ne sera surtout pas pardonnée. »
« Plus on implore Dieu, plus le pays s’enfonce », soupire pour sa part Le Républicain. Le Républicain qui estime que le Mali ne s’en sortira pas seul : « en ces temps d’incertitude, l’entente à Bamako est le préalable nécessaire, surtout sur l’arrivée prochaine des forces de la Cédéao. Aujourd’hui, il faut être suffisamment humble pour reconnaître que nous n’avons ni les hommes, ni les moyens militaires nécessaires pour faire face à cette invasion de notre pays. »
Une bavure qui en dit long ?
Alors que la presse malienne souligne donc l’impasse dans laquelle se trouve le pays, les médias de la sous-région s’inquiètent de la tuerie de Diabali, samedi soir, dans la région de Ségou : 16 prédicateurs musulmans, des maliens et des mauritaniens, abattus par l’armée malienne. Pour les médias ouest-africains, il est clair qu’il s’agit d’une bavure. « Une bavure qui en dit long… » : c’est le titre qu’on retrouve un peu partout ce matin. Pour Guinée Conakry Infos, « que les autorités maliennes s’abritent derrière le fait que les auteurs de cet assassinat collectif aient pris les victimes pour des islamistes et qu’ils n’aient pas pris le temps de vérifier cette information, est en effet illustratif de la légèreté et même de la fébrilité qui caractérisent les troupes régulières maliennes. Toutes choses qui ne favorisent pas les prétentions souverainistes de certains gros bonnets de cette même armée, dans l’optique de la reconquête du nord du pays. »
En effet, renchérit Fasozine, « en perdant aussi facilement leur sang-froid dans cette affaire aux contours encore flous, les soldats de l’armée malienne montrent leur manque de confiance et de sérénité dans la perspective d’une éventuelle confrontation avec les troupes surarmées d’Ansar Dine et du Mujao, qui les attendent de pieds fermes. »
Même sentiment pour Le Pays, toujours au Burkina, « on peut penser que les militaires ont eu la gâchette facile. L’armée malienne, qui a subi de lourdes pertes en vies humaines au cours de l’offensive armée des Touaregs et autres islamistes dans le nord du pays, a probablement été traumatisée », explique le quotidien ouagalais. « Cet incident prouve, si besoin en était, poursuit-il, que la situation des soldats est critique comme l’est celle du pays tout entier. Contrairement à ce que certaines personnes à Bamako disent à qui veut les entendre, l’armée malienne n’est pas au mieux de sa forme et a besoin d’un appui extérieur multidimensionnel pour espérer restaurer l’autorité de l’Etat sur tout le territoire et ce, de la façon la plus professionnelle possible. »
Certes, reconnaît également L’Observateur, « si d’aventure l’enquête retenait l’hypothèse d’une simple bavure, l’histoire retiendrait que le massacre de Diabali traduit une fébrilité certaine des militaires impliqués et à tout le moins un manque de sang-froid, pour ne pas dire de professionnalisme. Seulement, tempère le quotidien burkinabé, peut-on garder son sang-froid et ses réflexes professionnels par ces temps qui courent, dans cette zone charnière entre le sud, loyaliste, et le nord, où hier soir encore, des amputations sur la place publique ont été opérées ? »
En tout cas, relève L’Observateur, cette affaire « est venue quelque peu ternir les relations entre la Mauritanie et le Mali à un moment où, plus que jamais, Bamako a besoin de la solidarité de tous les pays dits "du champ" (Algérie, Niger, Mauritanie) pour vaincre l’hydre islamiste. Par ailleurs, l’on peut légitimement se demander quel sera l’impact de cet événement sur le moral de l’armée malienne qui serait sur le point de partir à la reconquête du nord. »

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