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Ça n’est pas du sang et des larmes, mais cela y ressemble fort. Plus de 24 heures après l’intervention télévisée de François Hollande, les commentaires vont bon train dans les journaux ce mardi, après les hausses d’impôts et les mesures de rigueur annoncées par le chef de l’Etat. « Hollande assume un choc budgétaire sans précédent », s’exclame Le Monde en Une. Le Monde pour qui, avec sa feuille de route, « François Hollande s’inspire très explicitement du chancelier social-démocrate Gerhard Schröder. Au début des années 2000, rappelle le journal, le dirigeant allemand avait lancé son fameux “Agenda 2010”, un programme de réformes radicales du marché du travail et de la protection sociale, avec pour objectif une amélioration de la compétitivité du pays. Avec un chômage en baisse et une croissance qui résiste mieux qu’ailleurs, l’Allemagne tire aujourd’hui les bénéfices de cette stratégie. »

Analyse divergente pour Les Echos qui estiment qu’il n’y a « rien de vraiment comparable entre l’Agenda 2014 de François Hollande et l’Agenda 2010 de Gerhard Schröder. » En effet, relève le quotidien économique : « taxer plutôt qu’économiser plus : c’est le contraire de la pratique allemande, laquelle consiste depuis dix ans à réduire les budgets publics pour alléger la pression fiscale. »
 
D’ailleurs, soulignent encore Les Echos, de nombreux économistes « redoutent l’effet récessif des hausses d’impôts et des économies. »
 
Des hausses d’impôts qui vont viser en premier lieu… les classes moyennes, s’insurge Le Figaro. « Ce que François Hollande ne dit pas, dénonce le journal, c’est que, derrière l’arbre de la taxe à 75 % sur les hauts revenus, se cache la forêt des ponctions promises aux classes moyennes. Entre la suppression des heures supplémentaires exonérées de charges, la taxation de la participation, le gel du barème de l’impôt sur le revenu et le plafonnement du quotient familial, le laminoir fiscal n’épargnera personne. »
 
« Où l’Etat peut-il économiser 10 milliards ? », s’interroge pour sa part Le Parisien. Le Parisien que relève que 10 milliards, finalement, c’est peu, au regard des 360 milliards par an que dépense l’Etat, mais c’est aussi beaucoup, quand il s’agit de trouver dans quelles dépenses il faut tailler… Certains ministères seront donc « mis à la diète », constate le journal. L’Etat va aussi de défaire d’une partie de son patrimoine immobilier. Et « les collectivités seront priées aussi de se serrer la ceinture. »
 
De toutes façons, « l’austérité est un désastre » lance L’Humanité en Une. L’Humanité qui reprend les propos de Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, ancien directeur de la Banque mondiale. Dans un long entretien accordé au quotidien communiste, Joseph Stiglitz affirme que « l’Europe court à sa perte en menant des politiques d’extrême rigueur qui conduisent chaque fois, dit-il, à l’échec. »
 
« Bernard, si tu reviens… »
 
En marge de ce débat sur la rigueur : la polémique à propos de Bernard Arnault se poursuit… Après son « Casse-toi, riche con ! » hier, qui lui a valu une assignation pour injures publiques, Libération remet le couvert ce matin, en lançant au milliardaire : « Bernard, si tu reviens, on annule tout ! », référence implicite au fameux SMS que Sarkozy aurait envoyé à son ex-femme Cécilia une semaine avant qu’il n’épouse Carla Bruni… Pour couronner le tout, ce grand titre de Libération est flanqué d’un encart de pub vantant l’une des marques du grand rival de Bernard Arnault, François Pinault… De quoi faire enrager encore plus le milliardaire.
 
Et Libération dans son éditorial de dénoncer le « putsch salarial », pour reprendre le terme utilisé par l’économiste Daniel Cohen dans son dernier livre, Homo economicus. Une expression utilisée, explique Libération, « pour décrire un phénomène récent, historiquement lié à la financiarisation de l’économie mondiale : l’enrichissement exponentiel des riches, devenus une “hyperclasse”. Et, en parallèle, l’appauvrissement des pauvres et le grippage des mécanismes vertueux qui permettaient aux classes moyennes de s’élever socialement. »
 
En tout cas, cette passe d’armes, entre Libération et l’homme le plus riche de France, est diversement appréciée par les commentateurs de la presse régionale. « Bernard Arnault, le “pape du luxe”, méritait-il cette Une insultante de Libération ? », s’interroge La République du Centre. « La sacro-sainte liberté éditoriale n’interdit pas de fixer quelques limites aux provocations gratuites. »
 
« Cependant, reconnait le journal, la démarche de Bernard Arnault est apparue difficilement compréhensible. (…) Et, à coup sûr, il a prêté le flanc à la critique en évoquant sa “tentation de Bruxelles” à la veille d’une intervention présidentielle. Ainsi a-t-il donné une signification politique à son geste. »
 
Pour La République des Pyrénées, « Bernard Arnault aurait voulu attiser un certain ressentiment populaire contre les riches “sans patrie, ni frontières”, qu’il ne s’y serait pas pris autrement. »
 
Enfin, ce « raz-de-marée médiatique est démesuré », estime pour sa part La Voix du Nord. « On manipule un symbole car il n’est pas nécessaire de prendre un passeport pour payer ses impôts dans un pays étranger, relève le quotidien nordiste. (…) S’il est indubitablement riche, conclut-il, on serait très surpris que Bernard Arnault soit con. Parodier la vulgarité de la “célèbre” formule de Nicolas Sarkozy revient à se mettre au niveau de l’ancien président. »

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