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« Quand on vit un tel drame [le naufrage du Joola], quand il y a aussi peu de rescapés, quand on voit tout le monde mourir autour de soi et qu'on a cette chance de survivre, on est forcément porteur d'un témoignage. J'ai suivi degré par degré, j'ai perçu très exactement le moment où il ne reviendrait pas, où c'était foutu. J'étais convaincu que j'allais mourir ».
C'est la plus grande catastrophe de l'histoire de la marine civile. Il y a dix ans, jour pour jour, entre 1 863 et 2 133 personnes - on ne saura jamais le chiffre exact - sont mortes dans le naufrage du Joola, au large du Sénégal.
Deux témoignages bouleversants. Celui du ministre sénégalais de l'Ecologie, Haïdar el Ali. A l'époque, avec son bateau et son matériel de plongée, il a tenté de sauver des vies. Mais d'abord, celui de l'un des 64 rescapés. Il est Français. Il s'appelle Patrice Auvray et publie « Souviens-toi du Joola », aux éditions Globophile.
![]() Couverture du livre - "Souviens du Joola" de Patrice Auvray globophile.com |

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(10) Réactions
Le Joola : un accident prévisible...
Peut-on invoquer la fatalité dans cet accident maritime ? Oui, quant on connait la culture sénégalaise...la négligence dixit Wade(un des rares moments de clairvoyance du président Wade concernant les causes du naufrage). A la négligence, on rajoutera l'indiscipline, mais également l'incompétence. La malhonnêteté et la corruption peuvent aussi être incriminées sans oublier la prétention et l'orgueil. Enfin, l'avilité, la médiocrité, l'irresponsabilité et l'insensibilité peuvent se présenter à la barre du tribunal.
Est ce que cela a changé depuis ? Non. Cela changera t'il a l'avenir ? Inch allah...
Cette simple énumération
Cette simple énumération désigne les obstacles à éviter sur le chemin d'un monde vraiment humain, suivons ce chemin, le Tao, nous ne pourrons plus nous tromper.
On se souviendra pour toujours
LE NAUFRAGE DU BATEAU ‘’LE JOOLA’’ : Du laxisme à l’indifférence.
« Dans des temps de tromperie généralisée, le seul fait de dire la vérité est révolutionnaire ». ORWELL
Jamais de mémoire de l’Humanité, une catastrophe maritime n’a été aussi dramatique, tragique que le naufrage du bateau le ‘’Joola’’ aux larges des côtes gambiennes, à 170 KM de Dakar. Le bilan est macabre : 1863 morts issus de 13 nationalités, dont plus de 400 étudiants ; des familles entières décimées ; une école de football engloutie ; des artistes partis pour toujours et ZERO coupable…Quell horreur ! Serait-ce la lutte éternelle entre les deux « frères implacables » dont parle Charles Baudelaire dans « L’Homme et la Mer » ? Nous ne serons répondre par l’affirmative, mais toujours est-il que dans la nuit du 26 au 27 septembre 2002, cet océan était impitoyable, insensible face à l’irresponsabilité- le mot n’est pas de trop- de ceux qui avaient la responsabilité historique de protéger ces innocents victimes dont le seul tort est d’avoir emprunter la voie maritime pour rejoindre Dakar et du coup échapper à la furie meurtrière des coupeurs de route ou des éléments supposés appartenir au MFDC. Mais hélàs ! La nuit fut longue et le périple fatal plongeant au même moment un peuple, venant juste de vivre sa première alternance démocratique, dans l’émoi, la consternation, la résignation, le fatalisme voltairien.
Cette année correspond au 10e anniversaire du bateau le ‘’JOOLA’’.Une décennie déjà, moult commentaires surgissent sur un drame dont on peine encore à percer le secret.
Je dois à la vérité de dire que pendant ces dix longues années ma conscience est le siège de débats impardonnables. Et leur conclusion est la volonté de lister les causes d’une tragédie au bilan plus pesant que le titanic. L’on m’a toujours enseigné que la fonction d’une structure sociale est de mettre en place des institutions traversées par le souci de l’Homme. Une société qui accule ses membres à des solutions de désespoir est une société non viable, une société à remplacer. Partant de cette analyse, il appert que notre société a besoin de changement en profondeur à défaut d’être subroger. Sinon, comment comprendre qu’un ferry ayant la capacité de transporter 550 passagers puisse se retrouver avec quasiment 2000 âmes à bord ? Pourquoi une telle ruée vers un navire maritime moribond ? Quelle est la responsabilité du gouvernement libéral ? Quel avenir ce gouvernement actuel réserve-t-il aux victimes et parents des victimes?
Voilà autant d’interrogations qui me taraudent l’esprit. Et mon devoir est de dire la vérité. Aucune morale professionnelle, aucune solidarté de classe, nulle mystification pseudo-nationale ne trouve grâce devant l’exigence d’une pensée autonome.
De prime abord, il n’est point exigé d’être historien pour deviner que la crise casamançaise est la cause principale du drame. Puisque cette situation de ni paix ni guerre avec son corollaire de violences aveugles a généré une psychose obligeant ces victimes à emprunter bon grè mal grè le bateau. Leurs vies seraient sauves si des mesures hardies avaient été prises par le gouvernement d’alors. Mais il a fallu attendre que le sort s’acharne sur ce peuple, pour voir le gouvernement d’alors s’ériger en d’Artagnan ou Zorro par la construction d’une université, par la signature des accords de paix avec feu Diamacoune, par l’indemnisation des victimes à hauteur de 10millions chacun. D’ailleurs, cette indemnisation a disloqué des familles. Et le Professeur Sérigne Mor Mbaye de dire qu’elle ne saurait « effacer ni la douleur ni la souffrance des familles ». Et que dire des autres promesses électoralistes visant à renflouer l’épave, à faire des orphelins des pupilles de la Nation ? Et bien, les promesses n’engagent que ceux qui y croient.
L’autre fait est d’origine politique et technique. Venant d’être nouvellement élu par un peuple soif d’une alternance démocratique, Wade se trouve dans l’obligation de tenir l’une des promesses, celle de rendre le Joola opérationnel au mépris des règles basiques de navigation.Malheureusement le bateau sombre ! Les rapports pleuvent pour désigner un bouc émissaire ! Le peuple pleure ses morts ! A qui doit-on imputer la responsabilité ? Certains esprits mal éclairés insultent notre intelligence en trouvant en la personne du capitaine Issa Diarra, autre victime, d’être l’unique responsable. Quel faux-fuyant devant Dame Justice ? Quel sacrilège vis-à-vis des êtres dont les cris de désespoirs sonnaient encore comme des échos sonores inaccessibles à la marine nationale aphone, à l’armée impuissante, à un gouvernement politique confondant sureté et sécurité, à un président entre deux avions.
Du reste, examinons L’autre chaine de responsabilté qui est d’ordre social. La société sénégalaise, osons l’avouer, est coupable d’avoir inculqué à ses fils des contrevaleurs telles l’indispline, le laxisme, l’absence de civisme. En effet, cette société connue pour son intelligence ignore les rudiments de la discipline : le surcharge dans les transports en commun en est une parfaite illustration. Pourtant quelques jours après le naufrage du ‘’Joola’’, le discours de Wade invitait chaque citoyen à un examen de conscience qui malheureusement tombe dans l’oreille des sourds. Comme on le dit de façon prosaÏque : « chassez l’imaginaire, il revient au galop ». Bref, cette société se doit de se libérer en bousculant la léthargie à laquelle désordre et négligence les avaient condamnés.
Enfin, cette targédie, assimilable, à bien des égards, à la Shoah au regard de son caractère indicible, laisse voir une autre dimension celle de l’indifférence ou de la volonté de manipuler la mémoire pour parler comme Paul Ricoeur. Notre mémoire historique serait-elle malade au dixième anniversaire du ‘’JOOLA’’ ? L’on est tenté de le dire. Puisque hier vers 23 heures, au moment où dix années en arrière, les victimes se débattaient pour trouver désespérément les rares issues de secours ou les rescapés s’accrochaient sur des cadavres comme des bouées de sauvetage, quelques rares radios faisaient de ce drame un impératif de mémoire. C’est un véritable parodoxe de la transgression.
De même, il est vrai que notre époque actuelle est minée, de part en part, par de profondes crises existentielles dont l’islamisme, le terrorisme, le péril climatique, entre autres, exigeant une union sacrée de tous les chefs d’etat du monde ayant en commun les mêmes valeurs démocratiques lors de la 67e assemblée des nations unies. Certes la présence du président est plus que souhaitable, mais face à un tel drame la fibre patriotique devrait l’emporter sur celle internationale où les grands dictent leur loi.Une délégation symbolique dirigée par le ministre des forces armées à Ziguinchor pour représenter Monsieur Macky Sall est perçue comme une indifférence, une tentative de minorer cette tragédie. Bref, espérons que dès son retour, il prendra à bras le corps les vœux de l’association nationale des victimes et rescapés du JOOLA : le renflouement du bateau, la construction d’un mémorial de son nom, la prise en charge des orphelins, la réouverture du dossier judiciaire…En attendant que la vérité triomphe, prions pour le repos de leurs âmes. Amen !
Doudou CAMARA
Que peut-on attendre des
Que peut-on attendre des "grands" ? Qu'ils trouvent des solutions à ces drames ? N'est-ce pas rester aveugle ne oubliant que ce genre de drame est justement la résultante des réponses de ces "grands" à leurs propres problèmes ! Depuis dix ans, lequel de ces "grands" a utilisé le souvenir du naufrage pour améliorer la décadence sociale dénoncée ? Lequel de ces "grands" s'est penché sur un souci de vérité ? Macky Sall lui-même s'est prononcé contre la réouverture du dossier en justice ! L'opposition elle-même n'a que très peu utilisé au moment de élections ce souvenir pour incriminer le gouvernement défaillant de Wade. Les profondes crises existentielles évoquées servent elles-mêmes à alimenter l'ambition des grands, sans qu'ils y trouvent de réponses.
Ces réponses, c'est à chacun de nous de les trouver, et de les appliquer dans notre vie propre en nous écartant du chemin obscur de ces "grands" palabreurs de vide, et carrément responsables de ces drames par le simple poids de leur ambition. Par pitié, ne les imitons pas...
On se souviens du Joola
Quelle force il a fallu à Patrice Auvray ! Nous avons été touchés de près par ce naufrage, Christine infirmière qui chaque année allait à Affiniam prodiguer des soins et rencontrer ses "frères" était membre de notre association de Jumelage Allonnes-Affiniam, de nombreux Affinamois 34 ! sont restés dans ce naufrage.
Ce livre poignant nous a remis en présence de ces faits que nous n'oublierons jamais.
Je me suis déjà insurgé de nombreuses fois sur le journal local et dernièrement sur La Vie et quelques personnes ont réagit, mais l'oubli semble se faire et nous devons continuer à dire que de telles "erreurs" sont des crimes et empêcher les auteurs de dormir tranquille... en sont-ils capables ?
Mrci Patrice, on reste profondément unis à ton courage pour lutter contre l'oubli
Merci André et Thérèse,
Merci André et Thérèse, parents de Christine, de m'avoir autant aidé par leur gentillesse et leur propre dévouement dans cette association de jumelage. Ce souvenir, nous le partageons volontiers pour qu'il ne disparaisse pas. Ce devoir de témoignage, nous l'exerçons de concert chacun à sa manière, et restons disponibles pour que l'omerta chapeautant ce drame ne le fasse pas oublier totalement.
un drame qui n'est pas une fatalité
Bonjour à Patrice, bonjour à tous les rescapés qui témoignent dans l'émission de France Culture en hommage aux victimes et pour le déshonneur des fonctionnaires corrompus et irresponsables qui sont la première cause du naufrage. J'étais le directeur de l'Alliance Franco-Sénégalaise à l'époque, moi-même usager fréquent du Diola. J'ai partagé la douleur de celles et ceux qui ont perdu leurs enfants, leurs époux (ses), leurs frères et sœurs... Il ne faut pas que ce drame soit oublié, ni pour ceux qui y ont perdu la vie, ni pour les vivants qui pourraient être à nouveau victimes de l'irresponsabilité et de l'appât du gain. L'armée sénégalaise est en grande partie responsable de ce naufrage. Pour avoir embarqué maintes et maintes fois, j'ai été témoin, à chaque fois, des ventes de billets illégales, des marchandises embarquées par des militaires et dont le transport leur était directement (et si peu discrètement) payé sans reçu et en toute impunité. Le jour du naufrage, ils ont dépassé toutes les limites et le commandant a laissé faire (il recevait certainement son pourcentage). Ma colère contre eux ne baisse pas depuis des années.
HOMMAGE à ceux qui ont disparu et qui sont victimes d’un naufrage dont la fatalité n’est pas responsable, merci à ceux qui témoignent avec force et persévérance jusqu'à ce jour. Ne pardonnez jamais ceux qui sont responsables de ce naufrage, certains sont encore en vie et devraient répondre de leurs actes.
Que pourrais-je faire pour aider ceux qui luttent pour que justice et vérité soient faites ?...
Bonjour Patrick, et merci de
Bonjour Patrick, et merci de participer au souvenir en témoignant de cette manière. Je n'oublie pas le soutien que tu m'as donné au lendemain du naufrage, et je vois que ce soutien est toujours là. Depuis dix ans, je cherche et ne trouve toujours pas autre chose à faire pour la vérité et la justice que de témoigner en ce sens, comme tu le fais aussi. Soyons humains, et vivons notre humanisme pour que l'inhumanité des responsables de tels drames n'ait plus de prise sur des innocents. Regardons l'imbécillité des responsables et refusons systématiquement de les imiter, c'est déjà pas mal... Patrice
Souviens-toi du JOOLA, à lire absoluement!
Ce livre est un témoignage boulversant et trés instructif. Il faut absoluement le lire et le faire connaître. Merci à Patrice Auvray, merci aux éditions Globophiles! Cette oeuvre de mémoire ne doit pas sombrer dans l'oubli... Espérons que la "sortie" de ce livre coïncide avec une véritable relance des procédures judiciaires, afin de ne pas vivre un second naufrage pour les rescapés et les familles de victimes, celui de la justice!
Merci pour votre lecture.
Merci pour votre lecture. Mais n'oublions pas que le second naufrage que vous évoquez existe déjà depuis le lendemain du naufrage. La désaffection de la justice sénégalaise en fait partie depuis la première année, et si la justice française refuse de se prononcer, à l'image du Sénégal, cela représenterait effectivement un naufrage de plus, mais personne ne peut plus dire son numéro tant les rescapés et les familles de victimes les cumulent.
Qui peut encore faire un méa-culpa permettant aux victimes de tous ces naufrages de sortir du drame ?
Rescapés, familles de victimes, même combat.
Justice, politique, armée, même dégâts !